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Suite à une discussion des plus intéressantes, j'ai saisi plus précisément la différence faite par Kant entre la valeur et le prix. Cette distinction peut en effet intéresser toute personne amenée à réfléchir sur l'économie des médias, puisque les diffuseurs gratuits se sont multipliés ces dernières années. On rencontre des quotidiens gratuits , des sources gratuites de vidéos , des sites de partage de musique , et même des services juridiques , techniques, proposés sans contrepartie financière. Est-ce à dire que leurs informations n'ont aucune valeur ? Sans doute pas !Le web 2.0 , qui consiste je le rappelle en une structure participative de création de contenu et de prise de décision, montre clairement que les contributions, bien qu'accessibles gratuitement, ont un intérêt pour de nombreux autres consommateurs. Je parle d'intérêt, car cette notion d'intérêt doit être intégrée à la réflexion pour comprendre le mécanisme de partage gratuit des informations. Il est clair que le prix de l'information dans les médias de masse tend vers zéro; l'économie de l'information ne se fonde plus tellement sur le prix, mais sur l'intérêt que recèlent les informations pour telle personne, tel groupe ou pour une majorité de consommateurs.
Evidemment, on pourra dire que les monographies publiées en librairie, le succès croissant des sites payants en ligne démontre que la notion de prix fait de la résistance, en particulier pour les documents ou informations susceptibles d'intéresser un très grand nombre. Ce "susceptible d'intéresser un très grand nombre" imprécis, recouvre soit du pur intérêt, qui s'épuise avec le temps (par exemple, le nom du buteur du match Ecosse-France, ou le coût d'une action Veolia à une date précise), soit la valeur de l'objet-information, qui reste présente quelles que soient les conditions de consommation (par exemple, un roman de Balzac, la vidéo du match France-Brésil de la coupe du monde 2006, ou l'analyse de l'évolution de l'action Veolia en 2006). Le prix de l'information est de toute façon déconnecté de sa valeur, même si à long terme la valeur d'une information ou d'un document génère intérêt et prix.
La massification de la diffusion, au lieu de dévaloriser l'information, la déprécie. C'est au contraire une chance pour les documents de valeur, parce qu'ils sont mieux respectés que les autres et à terme peuvent prétendre s'échanger contre un prix non modique (voir l'exemple des chanteuses issues du buzz de Myspace). Les créateurs méritants sont-ils pourtant condamnés à se faire piller, et à ne tirer aucun bénéfice des informations qu'ils proposent ? S'ils sont méritants, ils attirent un intérêt durable; et s'ils attirent sur leur nom un durable intérêt, à eux de monnayer leurs contributions ultérieures et de faire monter les prix !
La notion d'auteur de document, jusqu'à l'apparition des fils RSS en tout cas (et encore, d'après moi cela ne change pas profondément la donne), est indissociable de la notion d'oeuvre. Suivant en cela les thèses de José Luis Diaz, je constate chaque jour l'autorité conférée à un article par son auteur (cf. Jean-Michel Apathie ou Guy Birenbaum sur Agoravox), et réciproquement (la valeur générale des articles de Wikipedia amène à accorder une certaine confiance à cet "auteur" collectif).







