La littérature changera le monde, disait-on autrefois, plein d'espoir. Elle joue en tout cas un rôle croissant dans la vie politique française.Les livres historiques des hommes politiques avaient déjà servi à élargir leur autorité. Les livres politiques deviennent des pions stratégiques essentiels. En particulier lorsque les personnalités politiques se targuent d'indépendance vis-à-vis des médias, comme c'est le cas pour Ségolène Royal. En effet, agir contre La Femme fatale eût été fatal à son image de marque, alors que les pressions de Nicolas Sarkozy pour empêcher la fuite d'informations concernant son couple est plus cohérent vis-à-vis de ses discours passés. Maintenant qu'il est président, de toute façon, on sait que le personnage ne rend que les comptes qu'il veut rendre, et aucune volonté de clarté et de justice n'est plus forte que cette raison d'état (cf. les cadeaux de Giscard, la maladie et les écoutes pour Mitterand, les affaires de la mairie de Paris pour Chirac, alors même qu'ils proclamaient ouvertement leur honnêteté et la fausseté des accusations).
C'est à cause d'un livre (La Femme fatale ) qu'un autre livre s'est "renforcé" d'une annonce choc (Les Coulisses d'une défaite ), et c'est à cause de ce deuxième livre que le parti socialiste s'est déjà lancé dans une remise en question des personnes, avant la remise en question des idées, comme il l'avait souhaité. Pourquoi des livres, pourquoi pas des moyens modernes, comme des discours sur internet, des sites web 2.0, des documentaires commandités, ou des nouveaux logos idéologiquement connotés ? Parce que d'après moi le livre est un moyen de dialogue entre les "élites intellectuelles" : quand les journalistes ont quelque chose de massif à dire aux CSP supérieures, ils le font par le biais des livres. Quand les personnalités politiques ont besoin de faire une réponse longue et sans contradicteur aux journalistes, elles font un livre. Le "peuple", lui, tout ça lui passe par-dessus la tête, et c'est aussi bien pour tout le monde. L'information people, ce sont les destinataires qui vont la relayer voire la faire "fuiter" : les journalistes, dont le métier est au fond souvent de vulgariser l'information politique (je distingue ici journalistes et analystes, tels que Apathie, Barbier, Reynié, Cayrol) !
Le livre politique c'est la guerre politique continuée par d'autres moyens. C'est un extrême, mais comme l'est aussi la chanson populaire, promue de plus en plus sous une étiquette politique (Faudel chantant Mon Pays face à Diams chantant Ma France à moi, Noah contre Hallyday, le rap enragé de Sniper contre la techno clean de Jean Roch ou Martin Solveig...).
Sur l'histoire de la vie privée de Ségolène Royal, honnêtement, si cela a vraiment de l'intérêt, cela n'a pas de valeur, si je me réfère à un article précédent . Quelle conséquence pour nous ? Des questions moins pesantes sur les rapports entre Ségolène Royal, candidate déjà à la présidentielle 2012, et le parti, dirigé par François Hollande (tout conflit serait justifié, aux yeux des Sainte-Beuve de la politique - Mesdames Chemin et Bacqué, etc. - par les rapports personnels, tout comme le rapport politique de Sarkozy à Chirac serait marqué par son rapport personnel à son père Pal Sarkozy). Une personnalité peut-être décomplexée par son positionnement à la fois PS, MRC et MoDem (oui, je parle bien de Ségolène Royal). Plus de politique des idées, en fait, ce qui serait un progrès à gauche. D'ailleurs, ce progrès, la gauche de la gauche ferait bien de le faire également, parce qu'on parle de refondation du PS, mais rien ne vient troubler les stupides divisions qui minent une situation des altermondialistes anticapitalistes déjà difficile.
Etat tout de même étonnant du PS : il devait perdre, mais finalement gagne relativement du terrain par rapport à ce qui précédait la séquence présidentielle / législatives. Et pourtant ce gain relatif a montré combien la défaite a tenu à peu de choses, et combien il est nécessaire, tel Lyon dans sa reconquête d'un 7ème titre de champion de France, de se débarasser des mauvaises cartes et de bien reprendre en main les bonnes. Au risque de surprendre, d'après moi, et au regard d'une doxa économique de moins en moins bornée dans son Friedman libéralissime, la gauche devrait jouer la carte de l'économie contre la carte du social. On ne peut pas mettre tout le monde d'accord sur le plan social, surtout à l'échelle de l'Europe. On peut parvenir à des objectifs nationaux communs en matière d'économie.







