Une fois de plus, je m'avançais, le long de ces couloirs où les tapis épais étouffaient les bruits de pas dirigés tantôt vers des miroirs, tantôt vers des fenêtres ouvrant des perspectives inconnues sur les statues impassibles des jardins de Marienbad.
(Li brement inspiré d'Alain Robbe-Grillet)
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Publié le 04/09/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
On parle souvent de l'Age d'Or de la science-fiction à propos des Asimov, Bradbury, etc. du début du dernier demi-sciècle du XX° sicèle (les années 50, en clair). Pour moi, l'âge d'or est aussi celui des Herbert, Gibson, Moebius (oui, le dessinateur) et K Dick.
Autant Gibson a apporté beaucoup sur le plan des notions de personne humaine, d'entité virtuelle, d'interaction, autant son écriture poétique reste dans les limites du "talenteux". Mais K Dick apporte chaque année la fécondité de sa vision, qui se traduit très exactement dans la richesse de son écriture. Parmi ses ouvrages, je souhaitais en choisir un pour l'emmener sur mon île déserte. Il y a tant de variété dans Ubik, tant de force émotionnelle dans Do Androïds dream of electonic sheep ? (qui donna à l'écran Blade Runner), tant de virtuosité dans Total Recall, tant de désenchantement dans la nouvelle Minority Report ou dans Running Man...
Finalement c'est Le Maître du haut château qui retient toute mon attention. D'abord parce que c'est un titre splendide, égal en qualité à La Chartreuse de Parme (et tout aussi surprenant par rapport au contenu). Ensuite parce que l'uchronie est la plus belle des luttes contre le fil du temps et développe toute la puissance de l'acte de lire. Enfin parce que ces histoires croisées, ces destins profondément humains sont traités avec juste ce qu'il faut d'allusif pour que le lecteur prenne une place prépondérante dans l'écriture de cette histoire doublement imaginaire.
K Dick était sans doute un illuminé, mais de ce fait il reflétait à merveille le passé, le présent de son écriture, l'avenir de son écriture (donc notre présent de lecteur et notre avenir). Il avait un côté ésotérique, mais de ce fait nous avons une agréable responsabilité dans le puzzle de ces histoires. Il a laissé volontiers des béances dans ses univers, mais de ce fait nos esprits sont tout à coup aspirés et notre imagination, tant bridée par nos existences "fonctionnelles", prend le pouvoir.
Publié le 29/08/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
L'Encyclopaedia Universalis, quelle oeuvre formidable ! Jamais on n'a traité avec autant de maturité les articles d'un ouvrage de référence. Pour tout lire, c'est bien plus d'un an qu'il faut, c'est presque une vie ! La densité fait qu'un article sur l'entropie amène à feuilleter aussi les articles thermodynamique, Poincaré, astrophysique, Big Bang, Planck, calcul intégral, mécanique des fluides, Leibnitz, et ainsi de suite... Le reproche qui pointe peut-être en vous est : peut-on mettre sur le même plan l'art de l'Odyssée avec l'intérêt d'une encyclopédie, si encyclopédique soit-elle? Mais ne pouvait-on pas mettre sur un même plan Les Essais de Montaigne, Les Regrets de Du Bellay et Histoire d'un voyage fait en terre du Brésil de Jean de Léry ? L'humanisme recommande de dépasser les clivages de genre, et dans l'Encyclopaedia Universalis il y a l' "instruire", mais aussi le "plaire", et même le "toucher" de la littérature antique et de la Renaissance (je pense aux articles sur Rousseau ou sur la démocratie athénienne). Plaire, instruire, toucher, quel beau programme pour un ouvrage de référence, recevoir plaisir, informations et émotions, quel beau programme pour un lecteur ouvert !
Publié le 22/08/2007
Par fxboffy
Humeur : Souriante
D'épopée en épopée, je suis contraint de conseiller la plus épique et la plus archétypique des épopées, L'Odyssée du purement mythique Homère. Il y a tant à en dire, mais je suis à chaque fois étonné par les métamorphoses du héros, Ulysse / Personne (face aux cyclopes) / le sourd (face aux sirènes) / le vagabond vengeur (à la cour d'Ithaque) / la tisseuse (il doit tisser à un moment de son aventure, chez Circé je crois, alors que c'est un travail réservé aux femmes dans la machiste antiquité grecque athénienne).
Thomas Degeorge (disciple de David), Ulysse et Telemaque poursuivant les prétendants de Pénélope, huile sur toile, 1812
Je n'ai pas honte de l'écrire, je n'ai jamais lu L'Odyssée; je l'ai simplement abordé au travers de mes études littéraires, par le biais des palimpsestes ou en histoire antique. Mais rien que de loin, quelle richesse du détail, quelle aventure unique ! Raison de plus pour le lire, et le relire encore, en grec peut-être pour en entendre la prosodie qu'on dit inquiétante et splendide.
Dans ma recherche iconographique sur cette oeuvre, je suis tombé par un heureux hasard sur le splendide site de Jean-Philippe Marin Iliade-Odyssée (http://www.iliadeodyssee.com/) ; embarquez, vous ne serez pas déçus ! Le voyage dans cette oeuvre fondatrice ne fait que commencer...
Publié le 04/08/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Le chemin qui m'a mené jusqu'à L'Incal mérite un paragraphe, avant que je laisse parler les images de cette épopée ( encore !) dessinée.Quand un pauvre péon met le doigt dans un engrenage qui l'emmènera loin...
On m'a offert, à l'occasion d'un Noël, la bande dessinée - reportage Les Mystères de l'Incal. C'est un peu comme découvrir l'oeuvre de Shakespeare en entrant par les coulisses d'une de ses pièces, c'est assez déroutant mais forcément attirant. Au passage, un germe d'intérêt est également apparu pour Dune et ses adaptations cinématographiques, puisque Dali a failli être empereur de la galaxie, dans un projet entraînant O'Bannon, Giger, Foss, Moebius, Pink Floyd, bref du beau monde... Les mystères s'épaississant avec leur élucidation, j'ai décidé d'acquérir l'édition complète de ce cycle en 6 albums.L'Incal, avec en couverture une représentation de l'Incal, étoile de David en 3D formée par la fusion de 2 pyramides en tous points opposées (cela vous pose déjà sur quel degré de symbolisme se place parfois cette grande oeuvre littéraire et graphique).
Et j'ai découvert le génie de Moebius, celui de Jodorowsky. Puisque l'histoire s'intitule fort à propos le "cycle" de l'Incal, la relecture est toute naturelle, et même nécessaire étant donnée la forte dose ésotérique et symbolique contenue dans cet OVNI des bandes dessinées pour adultes. La mention pour adulte, je l'applique non à cause des quelques rares touches de sensualité, mais pour une raison que je vous laisse deviner au travers des couvertures publiées pour les 6 tomes de l'histoire.   La vie sans angoisse métaphysique de John Difool 
Publié le 02/08/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Le Seigneur des Anneaux de JRR Tolkien.
Une épopée aussi grande que la vie - montage tiré du film La Communauté de l'Anneau
Les films de Peter Jackson ont contribué à faire connaître cette œuvre magistrale du siècle dernier, en particulier auprès des rares adultes qui n’en avaient jamais entendu parler. Pourtant c’est à la source des livres écrits par John Ronald Reuel Tolkien que je conseille de puiser le plaisir et l’émerveillement.
On considère à tort que Saturne est le seigneur des anneaux... Les anglophones considèrent à tort que seul Mohamed Ali était le "Lord of the rings"... Sauron le maître ténébreux a plus d'envergure encore !
Les Deux tours, le meilleur film de la trilogie de Peter Jackson, et sans doute le plus réussi parce qu'il s'éloigne légèrement de la translittération du roman.
Ces livres immenses forment une épopée, à la fois intime et mythologique, humaine et fantastique. Et dans ces ouvrages toujours plus complexes que l'image simplifiée qu'ont pu en donner les médias de masse, il y a un travail sur le style, un travail sur la langue, que montre simplement l'origine du projet de Tolkien : rédiger un récit visant à illustrer une langue elfique inventée au cours de ses recherches en philologie.
Entre les émerveillements jamais infantiles devant les lieux et les personnages, et la gravité jamais lourde des événements, le lecteur est pris dans la palpitation d'un monde qui meurt en beauté.
On se laisse habiter par ce monde, et on le garde en soi tel un "précieux" trésor. Je rêverai toujours en entendant s'ouvrir "des lacs d'étoiles entre les rives des nuages". En automne, je pense aux feuilles d'or du Malorne. Même les tempêtes de neige ont une saveur nouvelle depuis que la Communauté de l'Anneau a rebroussé chemin dans le Caradhras. Finalement, le tour de force de ce roman-fleuve est de nous arracher au monde puis de nous y faire revenir en y percevant plus d'enchantement.
Publié le 20/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Rebelle
 Seul sur le sable... c'est l'incipit de la chanson sucrée Hélène de Roch Voisine; mais c'est aussi une image qui traverse l'imaginaire du lecteur de Dune. Au risque de me répéter, Dune est (presque) une Bible, avec ses enseignements, ses guerres métaphoriques, son prophète, son altermondialisme à la Hobbes ( ). Ce livre de Frank Herbert ne vous laissera plus jamais regarder les hommes du désert de la même façon : il y a du freemen en eux, et à l'instant par exemple je repense aux résistants du Darfour qui se terrent dans les régions arides et attaquent, avec leur violent instinct de défense du sol comme seul avantage, les Janjawids surarmés.
 Les théories de Frank Herbert, l'auteur d'un livre unique aux multiples tomes, ne sont pas toujours sans danger, flirtant parfois avec l'eugénisme et la vision scientologique d'un Lou Ron Hubbard. Mais le propos est souvent plus complexe que lorsqu'on lit un résumé bâclé : le Bene Gesserit est certes une société eugénique, mais Jessica Atréides, en s'affranchissant des règles, crée l'inattendu (Paul) et donc dépasse le projet d'origine, la vie reprend le dessus.
Certaines personnes pourraient être rebutées par l'étiquette de science-fiction, mais peu d'oeuvres interrogent aussi profondément les rapports de l'individu et du collectif, qui sera toujours en question tant qu'il y aura des hommes sur Terre. Quiconque s'est intéressé à La Condition humaine de Malraux par exemple, peut se plonger avec confiance dans les deux premiers tomes de la saga. Les arbres généalogiques sont bien plus simples que ceux des Rougon de Zola, la technologie est au fond très allusive et ne constitue vraiment pas le coeur de l'oeuvre, la psychologie des personnages est intéressante, l'intrigue cohérente et réserve pourtant quelques surprises, la dimension réflexive sur la portée des paroles n'est pas absente, vous n'avez donc aucune raison de ne pas (re)lire ce titan de la littérature, par exemple sur le sable, seul(e).
En revanche, je déconseille vraiment aux personnes qui ont un léger complexe d'infériorité et/ou de supériorité d'enchaîner la lecture d'Ainsi parlait Zarathoustra avec cette sorte de "Ainsi parlait Muad'Dib" (Dune), tout en écoutant O Fortuna de Karl Orff ou Seventh Son of a Seventh Son d'Iron Maiden; le concept du surhomme + celui du Kwizatz Haderach = l'image très pesante d'une quête de dépassement des limites humaines, à l'aura nettement mégalomaniaque. C'est sans doute pour cela que tant d'adolescents sont zinzins de ces deux livres très différents, mais n'en tirent pas le meilleur profit par une adhésion trop primaire au contenu littéral... Je dois l'avouer, j'ai été adolescent un peu zinzin, mais le temps a passé... et ces écrits magnifiques et riches restent.
Publié le 17/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
 La Bible. Un ensemble de livres qui fait le livre des anciens et des modernes. Les histoires sans fin, mais aussi les histoires si fines, les incompréhensibles cruautés du dieu hébraïque, le destin incompréhensible du nazaréen Jésus, fils de Marie et frère de Jacques.
Le nombre de relectures ne fait rien à l'affaire : le texte reste rétif à l'épuisement, sa valeur perdure au travers des siècles, au travers des différentes interprétations. Les anglo-saxons en ont plus conscience que nous francophones, à cause des lectures qu'exigeait et autorisait le protestantisme, la bible est une pépinière pour tout le reste de la littérature. Sans bible, Shakespeare n'aurait pas été aussi riche. Sans bible, Rousseau, Voltaire, Hugo, Joyce, Proust, Nietzsche et Le Clézio n'auraient pas écrit comme ils l'ont fait.
Je ne peux malheureusement pas juger de la valeur littéraire du Coran, à cause d'une pratique et d'une culture versées dans le christianisme. Je n'ai que survolé les Prophécies de Saint Jean D'Acre, le grand livre de la foi Ba'hai, je ne peux donc pas non plus dire si je les lirais des années durant. Le Brahmasutra (c'est comme cela qu'on dit?), livre de la sagesse hindouiste, mérite-t-il aussi la rumination sans fin?
Mais je suis certain que la bible, si religieuse soit-elle, est une oeuvre littéraire sans égal dans l'histoire des hommes, par-delà son aspect composite.
Publié le 16/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Ironique
 Relativement indigeste pour certains, monumental et merveilleux pour d'autres, je lis et je relis avec toujours autant de stupéfaction les chapitres poétiques et brillants d' Ainsi parlait Zarathoustra. Friedrich Nietzsche est mort fou, ce n'est pas une raison pour considérer que cet objet écrit non-identifié a été écrit par un auteur fou.
Au risque de paraître sacrilège, ce livre est une bible, avec sa mythologie, avec ses paraboles, avec son prophète et ses commandements étranges. Les mystères de cet ouvrage dense reviennent en mémoire, avec leur opacité et pourtant des éclairs d'évidence. Quand on scanne les actualités du monde, le "il faut décliner" reste d'actualité. Toute personne qui se sent proche des questions de la lecture et de l'écriture garde en esprit le chapitre "Du lire et de l'écrire", où l'on enjambe les montagnes et les vallées.
Fontaine de Triton, inspiratrice de Nietzsche. Tirée du blog de J.M. Bellot.
Devenir lion, devenir chameau, devenir enfant, c'est étrange et simple et pourtant c'est évident; l'homme comparé à l'acrobate qui fait le beau, qui tombe et grimace de douleur sous le regard des passants, c'est cruel mais si pertinent. Inlassablement, très simplement, malgré la barrière de la traduction, l'écriture de Nietzsche tourne autour du lecteur et le marque, en bien ou en mal, irrémédiablement.
Pour ma part, je considère avoir eu l'heur de rencontrer ce livre-monde.
Publié le 15/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
 Lire est une chose formidable, mais c'est la relecture qui permet de juger une oeuvre, au-delà de la première impression, de la première émotion ou du premier intérêt. Je ne voudrais pas me répéter, autant une oeuvre peut être intéressante en première lecture, autant il faut qu'elle soit de grande valeur pour procurer plaisir et intérêt au cours d'une relecture, quelques mois ou quelques années après.
Dans le désordre, semaine après semaine, je décrirai rapidement un des livres dont je pense que la relecture, que les relectures n'épuisent pas et qui me touchent. Premier ouvrage précieux à mes yeux.
Mydriase est un essai poétique de Jean-Marie Gustave Le Clézio, qui prend pour thème l'écarquillement des yeux de l'enfant lorsqu'il arrive au monde. Geste primitif mais geste premier, fondateur de la relation de l'humain à son environnement, porteur de tant d'implications sur nos vies, ici décomposé millième de seconde par millième de seconde quasiment, mis en valeur et mis en relief, re-présenté aux yeux ébahis de ses lecteurs. C'est un opus très court mais inoubliable, qui impressionne par sa densité et sa richesse et laisse songeur... de la naissance à la mort.
Je ne peux d'ailleurs que conseiller l'oeuvre de JMG Le Clézio, du fait de sa diversité, du fait de sa pertinence dans les mondes dans lesquels il a vécu, du fait de cette alliance très fine entre des contraires, l'émotion et la méditation, le silence et la parole, l'humain et la nature, l'avant et l'après, le proche et le lointain...
Pour tout vous dire, je réfléchis sérieusement à adhérer à l'association des amis de Le Clézio, créée à Chambéry il y a quelques années.
Publié le 10/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Quand la beauté et la peur se mêlent, on peut à raison parler de beauté fatale. Dans mes errances sur les toiles numériques de la toile, j'ai eu la chance de tomber dans le piège de Mélanie Delon . On se laisse volontiers piéger par la beauté de ces personnages, d'autant que ce sentiment de beauté se double d'un autre sentiment, l'inquiétude ou même la peur. On est donc doublement interpelé, sur deux plans émotionnels différents.
 La vengeance de la mariée (beauté) en noir (inquiétude) - All My Hate (c) Mélanie Delon
C'est la séduction que peut avoir sur ces dames la figure de Batman, le personnage du Captaine Jack Sparrow ou l'acteur Jude Law.
Jude Law joue de son côté "outlaw"
Trop de beauté, pas assez d'étrangeté ou de peur... Keira n'est pas aussi intéressante...
tandis que Keira nous effraie et nous ravit.
Sans être dangereuse, Catwoman serait-elle aussi belle?
Brume (c) Mélanie Delon
Eros et Thanatos réunis, comme dans cette superbe Brume de Mélanie Delon, sont en tout cas assurés de faire de l'effet, et de ne laisser personne indifférent ! C'est l'exact contraire des photos de personnes barbisées, plastifiées et neutralisées par la retouche photo. Le travail de cette artiste consiste justement à mettre des reliefs, des contrastes au coeur même de l'impression donnée par ses peintures.
Platon, qui démontrait déjà en son temps que le beau est sans concept, ne définissait-il pas l'oeuvre d'art comme unité dans la diversité et diversité dans l'unité? Dans l'unité de ses toiles, la dame surnommée Eskarina nous propose une diversité qui fait toute leur valeur. Je ne peux donc que vous conseiller des visites régulières sur son blog ou sur dans ses galleries .
Publié le 04/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Rebelle
En empruntant le sous-marin jaune des Beatles, que l'armée américaine a rebaptisé USS-Art, je me suis trouvé sur un lieu de conflit sans merci ni adieu, la lutte des anti (qui parlaient beaucoup) et des pro (qui se taisaient dubitativement) tags. Soyons honnêtes, un tag n'est en général pas très beau, surtout lorsqu'il proclame:
Nike la police
Souhaitant ainsi dans un mélange de grec et de français la victoire (Nikè) de la police. Si vous avez déjà vécu à proximité d'une ville, d'une rame de métro, d'un établissement scolaire, d'un abribus, d'un pont routier ou de bancs en pierres, vous avez des exemples en tête de traits plus dégradants que valorisants.
Mais je fais partie de ceux qui ne s'interdisent pas de reconnaître la créativité, le talent voire même le génie sous prétexte qu'un art est secondaire, mineur, etc. Un exemple de transition possible entre l'art de la rue et l'art des galeries est proposé par Astekz, un grapheur - peintre aux inspirations très "piquantes". Ce qui est intéressant chez cet artiste, c'est qu'il n'a pas un seul mode d'expression, le graffiti; mais le graffiti est une part non négligeable et non inférieure de son travail. Disponibles et empruntés sur son site, voici 3 spécimens intéressants.
   Par ailleurs, le graffiti d'art n'est qu'un sous-genre de la peinture murale, qui n'a plus de difficultés à être reconnue : des trompe-l'oeil de Lyon et Chambéry aux immenses et magistrales fresques de Diego Rivera, ou aux plus récentes scènes peintes par Xavier Cortada, il y a de la valeur potentielle.  Xavier Cortada, Discover Biscayne Bay, 60" x 115", acrylique sur canvas, 2003 Le maître des tags, celui qui amène l'écrit au plus haut point de l'image, c'est Jean-Michel Basquiat . Doté d'un talent honnête (ce qui fait naître l'intérêt) mais surtout d'un génie profond (ce qui fait naître la valeur). En conclusion, vivent les tags, surtout lorsqu'ils sont mis en oeuvre par l'artiste.
Publié le 27/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Tendre
 N'ayant que peu de temps, et me rendant compte des insuffisantes explications concernant les oeuvres que j'ai emmenées sur mon île privée, je vous écris le petit papier que vous trouveriez dans une bouteille jetée à la mer...
La Conversion de Saint Paul, à cause de la lumière, ici avec un double sens : la lumière divine qui éblouit Saint Paul sur le chemin de Damas, et la divine lumière à la fois douce et forte, qui éclaire la scène pour le spectateur.
Le Basquiat est une impression fugace et pourtant inoubliable, d'un choix de couleur remarquable, d'un trait violent, précis et émouvant. L'ordre du désordre, et le désordre des catégories picturales.
Du mythe de Laocon un peu oublié, il ressort la fatalité de la punition pour ce père avec ses enfants. Les bras sont violemment tordus, et ressemblent aux serpents puissants qui l'enchaînent. Pour une oeuvre immobile, le mouvement, les expressions, les sons même sont suggérés avec beaucoup de force.
Le Sauteur de taureau a un bleu étourdissant de vie, une stylisation étonnante qui arrachent cette peinture à une époque pour la rendre belle éternellement.
Dans les statues des Cyclades, j'aime l'art de quitter le naïf pour le pur. Quelle sérénité, quel absolu dans ces lignes claires ! Et ces visages sans yeux pour juger, sans bouche pour médire, sans rien d'autre que la forme humaine et le reflet de nos idéaux...
A propos de Néfertiti, son visage est plutôt commun, malgré des traits fins, quoi qu'on ait pu en dire. Peu de charme surtout. Mais quel port de tête, mais quelle classe ! Son visage tendu vers l'avant et la masse imaginaire de sa couronne rendent la finesse de son cou incroyable.
La Vierge au chancelier Rolin, à cause des petits personnages sur le pont au loin, et à cause de l'époustouflante restitution des tissus. Un tableau où les couleurs, les décorations, les flous et les contrastes sont remarquables.
Le Radeau de la Méduse : longtemps je n'y ai vu qu'une masse de naufragés, longtemps j'ai cru que le peintre s'appelait Jéricho, comme la ville de Palestine. Et puis j'ai compris. Et j'ai vu. Fascinant, dégoûtant, terrifiant et humanisant.
Van Gogh, c'est l'histoire d'une heureuse déception. D'abord le tableau, que je ne connaissais pas mais que j'ai découvert au musée d'Orsay, splendide. Puis les reproductions, plein de reproductions toutes plus plates les unes que les autres. Comment montrer ces points si lumineux, dans un ciel aux ténèbres bleutées si enveloppantes ? C'est le miracle de l'oeuvre d'artiste, absolument inimitable et traduisible dans tous les langages et de toutes façons.
Revoir Van Gogh, ou Picasso, ou Caravage, ou Bruneleschi, ou Basquiat, ou Michel-Ange, ou De Vinci, ou Renoir, ou Ingres, et mourir.
Publié le 26/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Tendre
Absent demain, j'anticipe mon message du 27/06/07. S'il fallait aller sur une île déserte, s'il était possible d'emporter 10 oeuvres d'art pictural, je choisirais:
- La conversion de Saint Paul, par Caravage (peinture)
- Une oeuvre dont le titre m'est inconnu, avec un crocodile représenté, montré dans le film de Julian Schnabel, de Basquiat (peinture)
- Laocon de Michelange (statue)
- Le Sauteur de taureau sur fond bleu turquoise, anonyme de l'époque minoenne (Crète) (peinture)
- Le Radeau de la Méduse de Géricault (peinture)
- Une statue des Cyclades (sculpture)
- Le buste de Néfertiti (sculpture)
- La Vierge au Chancelier Rolin de Jan Van Eyck (peinture)
 - La Nuit étoilée de Van Gogh (peinture)
(Les explications seront ajoutées ultérieurement.)
Publié le 21/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Au secours !
Un court message pour me révolter contre une pratique qui n'a d'autre but que de s'épuiser elle-même : la retouche photo pour des photos de mannequin. Embellir les belles, c'est aussi navrant d'après moi que d'enlaidir les mannequins, de customiser les Porsche, de mettre des moustaches d'Hitler à toutes les affiches politiques.
Je suis contre la barbisation, parce qu'elle rend artificiels des êtres humains déjà très déformés par notre culture (c'est un peu la goutte d'eau qui fait déborder le miroir)Je suis contre la glaciation, parce qu'elle accentue la division, purement imaginaire, entre les "beaux, riches, célèbres qui rêvent de vivre libres et tranquilles" et les "normaux, laids et modestes qui rêvent d'être beaux, riches et célèbres".
 Je suis enfin contre la plastification, parce qu'il serait vain d'en chercher la fin (toujours plus de perfection de la peau, des cheveux, du blanc d'oeil, de la pulpe du doigt, des reflets des sourcils supérieurs, des grains de beauté bien placés, des lobes d'oreille piercingués, etc.). Et surtout, cela fait naître un désir contraire, d'humanisation des clichés de mode, avec des filles plus "normales", dans des situations plus "communes", des effets de flou et d'imperfection parfaitement gérés. On voit là l'impasse, c'est une poursuite dialoguée entre le naturel et l'artificiel, entre la nature et la culture qui stérilise les postures des photographes, les compétences des mannequins, les goûts des magazines et détourne les recherches artistiques de toute une palette de questions : le hors-cadre, les textures, le statut du lecteur-consommateur, la création textile en perpétuel renouvellement, les échelles de taille, la profondeur de champ, le rapport photographié / dessiné / peint, l'image en mouvement, etc. Toutes ces photos avant / après sont l'oeuvre de Pierrick Chancrin, alias Mr Piopio, présentées actuellement sur le site de L'Internaute .
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