Une fois de plus, je m'avançais, le long de ces couloirs où les tapis épais étouffaient les bruits de pas dirigés tantôt vers des miroirs, tantôt vers des fenêtres ouvrant des perspectives inconnues sur les statues impassibles des jardins de Marienbad.
(Li brement inspiré d'Alain Robbe-Grillet)
Terrible et pourtant relevant du vivant et de l'humain, l'humour noir est un piment de mon existence. Quand je vais assez bien, confronté aux drames humains proches et lointains, je ne peux m'empêcher de trouver moyen d'en rire. je m'en cache souvent, parce que cela ne serait pas compris, mais c'est une façon d'explorer l'événement tragique, d'en faire le tour pour essayer de le comprendre.
Ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas le seul à rire de l'horreur portée à son paroxisme inhumain : en discutant avec mon épouse et une amie, nous évoquions le fait que de nombreuses personnes, même en France, se doutaient que les convois de déportés juifs n'étaient pas dirigés vers des lieux enchanteurs. Un des grands-pères, habitant vers une gare importante, racontait ainsi que tout cela était fort louche... "ça sentait le roussi" commente notre amie. Je n'ai pu m'empêcher de faire le lien avec l'holocauste en ironisant "ah bravo, c'est du joli de se moquer de la shoah comme ça, dans les camps ça sentait le roussi, c'est très fin comme humour". Evidemment, cette amie avait fait un lapsus, mais le fait de le souligner nous a plongé dans un rire jaune, où se mèlent le malaise et les manifestations extérieures de la joie (rire, paupières supérieures étrécies, agitation du haut du corps).
J'avoue avoir déjà demandé, faussement innocemment, "pourquoi les Serbes causent aux veaux ?" alors que les massacres faisaient rage dans la patrie de Rugova, le Kossovo. J'admets avoir cueilli des cassis en comptant le nombre d'Ethiopiens qui auraient ainsi pu être nourris. Je reconnais avoir aussi ri avec le clip de Kamini J'suis blanc, très "humour juif noir". C'est un fait, les malheurs ne me laissent jamais de marbre, et tantôt j'en pleure tantôt j'en ricane de désespoir.
Ne sommes-nous pourtant pas tous ainsi, devant les déboires des personnages de dessin animé (le coyote éternelle victime du bip-bip, le chasseur chassé par Bugs Bunny ou plus récemment l'espèce d'écureuil de L'Age de glace s'agrippant à sa noisette), devant les cérémonies pompeuses qui sont ruinées (4 Mariages et 1 enterrement), devant les accidents sans fin de Pierre Richard dans La Chèvre ?
L'avantage de se moquer des malheureux, c'est qu'on ne peut raisonnablement pas nous prendre au premier degré. Caricaturer les "méchants" et les "forts", comme Dieudonné prétend le faire, laisse toujours incertain : premier degré ou pas? C'est plus intéressant littérairement, mais voilà longtemps qu'on ne peut plus se comporter en société comme on se comporte dans les livres.
L'un des plus grands personnages de la littérature et des arts est apparu cett année : c'est Spider-Cochon (alias Harry Crotter). A mémorialiser d'urgence, on en parlera encore devant la cheminée dans les années 2090...
Ayant eu l’occasion de participer à une excellente semaine sous le signe de Cana, organisation vénérable liée au mouvement chantant, laudatif, oecuménique et charismatique La Communauté du Chemin Neuf, je souhaitais vous faire part de quelques associations de mots amusantes que j’ai collecté, entre deux temps de partage en famille ou en groupes très fraternels.
Quand on fait cette « session », on fait Cana. Mais si on est accro, on peut toujours demander à la refaire l’année suivante, c’est Cana bis (cannabis, psychotrope dont je déconseille fortement l'usage régulier) !
La semaine se déroule au bord du lac du Bourget (celui sur lequel Lamartine se torturait de passion), mais il est impossible de taquiner le goujon ; c’est par là que Cana pèche (canne à pêche).
Il est beaucoup question de réglages plus ou moins grands dans la vie de couple. Mais si le torchon brûle trop entre les conjoints, ils sont tentés de tout arrêter, même s’il s’agit sans doute d’un dernier recours pour stopper l’incendie : c’est Cana der des ders (Canadair, marque d'avion bombardier d'eau).
Le séjour commence par un petit rappel de l’histoire vieille de plus de 20 ans de ce rassemblement rituel. Il paraît que les indépendantistes basques aiment beaucoup cette partie du programme, car c’est Cana l’historique (canal historique, partie de l'ETA et d'autres organisations terroristes).
Chaque matin avant même que ne résonne la cloche de l’abbaye de Hautecombe, un âne fait vibrer la vallée de ses cris puissants. Cet équidé est devenu cette année le symbole de Cana, c’est le Cana son (canasson). Une personne de l’assemblée soulignait avec malice combien le côté très imparfait des ânes de Hautecombe, dans ces lieux et avec ces gens (les membres de la Communauté du Chemin Neuf) si saints, constituait le « supplément d’âne » de la semaine.
C'est une histoire caustique classique à laquelle j'ai eu envie de rajouter un petit jeu de mots de mon cru.
Il était une fois en Asie du sud-est un vieux sage, très très sage. Il avait des disciples, des serviteurs, dont l'un était, accessoirement, spectateur passionné du tennis français. Le vieux sage demanda à ce serviteur d'aller lui chercher du riz dans le village, auprès de son ami expert en riz Ber-Song. En échange de ce grand service, il aurait le droit de manger la moitié du riz.
Ni une ni deux, le serviteur très très serviable se rend au village. A peine la première maison passée, il entendit le rire de Ber-Song, très connu dans ce pays. La quantité de riz était importante, le serviteur se réjouit alors; il remercia l'honorable Ber-Song et pris le chemin du retour. La route était longue, sinueuse et escarpée, et le jeune serviteur avait faim. Lui revinrent en mémoire les paroles de son maître : "tu auras le droit de manger la moitié du riz". Il s'assit sur une pierre et mangea la moitié du riz. Un peu plus loin, alors que la demeure du maître n'était pas encore en vue, il eut encore faim. Il avait le droit de manger la moitié du riz, il mangea donc la moitié de ce qui restait.
De pause en pause, il mangeait à chaque fois la moitié du riz, si bien qu'arrivé chez son maître il apporta une grande vasque avec dedans une simple bouchée de riz. Le vieux sage demanda : "Mais pourquoi y a-t-il si peu de riz?" Le disciple lui expliqua qu'il en avait mangé la moitié, comme le maître le lui avait dit. Puis la moitié, puis la moitié, puis la moitié, etc.
Alors le maître, stupéfait, demanda : "Mais comment as-tu fait pour manger tant de riz?" Le disciple répondit : "Comme ça !" et jeta la dernière bouchée de riz dans sa bouche.
Moralité : Quand on se sert en riz, le compte est bon !
(Henri Leconte; on peut aussi reconnaître au détour de l'histoire, un peu déformé, le nom d'Henri Bergson).
PS : Bonne fête nationale à tous les européens qui défilent sur les Champs Elysée !
Par ce film inaugural, sans doute le meilleur de son auteur, je souhaitais rendre un vibrant hommage à Mozinor, détourneur d'images de films, et personnage habité par la puissance de la Funk (prononcez "Fonk"). Quelques lourdeur et quelques langueurs, mais des répliques énormes ("chez les guerriers Massaï, au Kenya, en Amérique", "Vous avez un de nos prisonniers, un certain Richard Bohringueur", "Depuis cette époque j'adore m'ouvrir la poitrine", "Et mes Chocapics, Fatou ?", "C'est une boîte à Lambert, ça imite le rire de Christophe Lambert et ça fait peur aux chiens"), des clins d'oeils à la pelle (si vous aimez les films de Tarantino, ce monteur est votre homme), une bande-son que les fans du jeu Interstate'76 vont adorer, et un énorme boulot de montage.
A titre personnel, j'ai une grande affection pour "Toto story", le détournement d'un concours de Mister Univers à Pretoria avec Schwarzeneger et le futur M. Hulk de la télévision. Mais chacun peut y trouver des pépites, en fonction de sa propre mythologie.
Son site est une porte d'entrée sur le merveilleux monde du détournement, à explorer quand vous avez quelques jours de vacances : http://www.mozinor.com Son univers est aussi l'occasion de découvrir des genres musicaux tournant autour de la soul, de la funk, du bebop, etc. Ainsi on se laisse embarquer sur la "Galère de la Fonk" avec notre cher Benny.
D'autre part, il y a de l'absurde très réjouissant dans son humour, digne de "la différence entre un rhinocéros" (pour ceux qui ne connaissent pas la réponse, c'est "il ne sait ni voler"). A ce titre "007 Tu peux pas test" est remarquable. Au fait, qui sait ce que signifie "tu peux pas test"? Je n'en sais absolument rien et c'est la première fois que j'entends cette expression, qui évidemment n'est pas encore dans les pages roses du Larousse...
Alors que les résultats du baccalauréat sont tombés, il est d’usage de collectionner les perles produites durant les épreuves. On en trouve par exemple un joli digest dans L'Intégrale des Perles , sorti aux éditions City Editions début juin.
Mais certaines figures des perles sont récurrentes, et pourraient donner lieu à une production industrielle, par opposition à l’artisanat qui caractérise ces amateurs d’élèves Voici quelques exemples de perles de culture :
-Jeanne d’Arc a été fusillée par les nazis
- Gutenberg a été guillotiné pour avoir affirmé que la Terre était ronde
-César a été tué par son fils, Césarion
-Victor Hugo était en exil à Sainte-Hélène à cause de Napoléon
-X a été tué de façon Y par Z (ou parce qu’il faisait Z’)
On le voit, de nombreuses combinaisons sont possibles, mais quelques-unes seulement font sourire. Et surtout cela s’use au bout de la troisième ou quatrième erreur du genre. Il y a aussi l’expression mal retranscrite qui donne un sens absurde à la situation :
-Le feu du palais n’a pas pu être circoncis (encore heureux !)
-Le médecin pourrait voir la mygale du patient
-Le poète Michel Ciment fait ici une bétonymie
-Les Aryens vivaient en Nazie d’après Hilter.
Il suffit de trouver deux mots suffisamment proches phonétiquement et éloignés sémantiquement pour provoquer un effet cocasse.
En physique et en maths, on apprécie aussi l’erreur d’échelle, de l’infiniment grand à l’infiniment petit :
Il faudrait 1830 ans pour que le train A arrive à Marseille
Le terrain de Monsieur Paul mesure donc 1250 millimètres de long
La masse volumique de l'eau est donc deux fois supérieure à la masse volumique de l'hydrogène à l'état gazeux
Donc sin (x) = 235
Là encore, cela lasse assez vite. Les ruptures de niveau de langue sont elles aussi très savoureuses. Cela donne par exemple des citations très audacieuses, du genre "César dit à Vercingétorix : "ta situation est foutue, les mains en l'air, ren-toi !"" ou "Gallilée avait tellement tort qu'on est toujours pas tombé dans le trou au bout". C'est riche, mais sorti du contexte ça perd de son piquant.
Un dernière manière d'élever les perles artificielles consiste à attribuer une citation à une personne qui n'en est pas l'auteur. César, Napoléon, De Gaulle sont interchangeables facilement, mais c'est surtout en philo qu'on peut se régaler : Platon faisant du Descartes, Kant écrivant que "toutes nos connaissances nous viennent de nos sens", Rousseau s'exclamant que "L'homme est un loup pour l'homme", Adam Smith converti au marxisme, Jacques Chirac disant "on ne se baigne jamais deux fois dans la même rivière", tout est possible ! Même le recours à la splendide expression "un philosophe" est possible lorsqu'on n'est pas sûr de l'auteur d'une pensée : "un philospohe disait récemment que l'homme est un animal politique" (on est pas à 2350 ans près), "un philosophe soulignait que Dieu reconnaissait les siens dans les morts d'une guerre" (quelle belle philosophie que celle de l'abbé Amalric), "Comme l'a écrit un philosophe, chassez le naturel, il revient au galop".
Il faut le reconnaître, toutes ces perles artificielles ne valent pas l'ingénuité des amateurs. Il faudrait supprimer le bac, mais il faudrait garder des épreuves stressantes, pour que ne disparaissent pas les perles !
En l'honneur de la fête de la musique, fête du soleil, en l'honneur de la reverdie et retour des hormones estivales, une petite citation de Djack Lang :
Jack Lang en Guitar hero, lieu, temps et auteur indéfinis.
"Je veux que chaque Français sorte son instrument, le prenne en main, et descende dans la rue pour montrer à ses voisins ce dont il est capable".
Les jeunes descendent dans la rue pour montrer ce dont ils sont capables; sachant qu'il y en a, jeunes ou pas jeunes, qui veulent se montrer capables de tout, on risque d'avoir des surprises ce soir...
Nicolas Sarkozy, seul président de la république fan de Maltosh ! (un groupe à écouter d'urgence s'il passe près de chez vous, indépendamment de toute conviction politique)
A ce propos et à la suite de mon dernier message, savez-vous pourquoi les amateurs se réjouissent toujours de voir des tableaux de maîtres de l'abstrait ? Parce que ces peintres représentent souvent des mondes riants (Mondrian, dont j'ai parlé au message précédent).
PS: Heureusement qu'on peut éditer ses messages ! La première version, réalisée en nocture, comportait un gros lot de n'importe quoi (quelle est cette histoire "d'oeuvre dans le fleuve"?).
Contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre de ce court article, il n'y sera pas question de Nicolas Sarkozy (actuel président), ni de Lionel Jospin (en référence à son ancien slogan de campagne "Présider Autrement"). Il est question de Jacques Chirac et de Valéry Giscard d'Estaing. Ils sont en effet membres de droit du conseil constitutionnel. En cas de présence effective, et de repas avec leurs collègues, on se dit qu'il est logique que des anciens présidents dînent aux ors de la République ! (Ce sont des dinosaures de la république)
Aux passionnés du traité constitutionnel européen : Savez-vous pourquoi une grosse part des profs ont voté contre le traité constitutionnel au référendum ? Parce qu'ils ont eu l'impression que l'Europe les laissait choir (Chouard Etienne , professeur de SES qui a beaucoup fait parler de son "non" au référendum).
Seuls les fans les plus acharnés de la série Desperate housewives le savent, mais lors de son premier mariage, Eddie était une chanteuse renommée, sous son nom de jeune fille, "Spears". Mais elle a mal tourné.. Mais si, vous avez sans doute déjà entendu parler d' Eddie Brit née Spears (Britney Spears)!
En parlant chanson, Patricia Kaas n'a plus vraiment la cote en France. Alors pour garder des moyens de subsistance, elle a varié ses activités: en hiver, quand il fait froid, Patricia Kaas chante dans les salles, et en été, quand le soleil tape fort, Patricia Kaas quête (casquette)
J’avoue un faible pour les jeux de mots tortueux et réservés à quelques initiés. Les stations de métro, par exemple, qui sont surtout connues par les habitants de la ville concernée, c’est un terrain d’exercice de grande qualité, même si on tire parfois par les cheveux. Une petite histoire introduit le jeu de mots, et ce calembour sert en quelque sort de conclusion, parfois de morale, à cette histoire.
Quelques exemples, à Paris :
« Pendant la période communiste, en URSS, c’était absolument interdit de représenter des symboles religieux en public, c’était passible du goulag, dans les régions loin au nord de la Sibérie. Or un jour un koulak du nom de Sebast dessina sur un mur du Kremlin un disque solaire avec un œil et des rayons, symbole du dieu du soleil chez les Egyptiens. Très logiquement, Ré au mur, Sebast au pôle (Réaumur – Sebastopol). »
« Une jeune femme se faisait très très souvent de multiples fractures ; ses parents s’inquiétaient, et ne comprenaient pas pourquoi en rentrant chez eux le soir ils la trouvaient si souvent avec un bras, une jambe ou une côte brisés. Désespérés, ils appelèrent un médecin italien, avec un fort accent mais très réputé dans son expertise du squelette. Le médecin passa une journée à observer la jeune fille, et constata qu’elle se jetait du haut des escaliers, qu’elle plongeait la tête la première sur le carrelage, etc. A leur retour, les parents demandèrent, affolés : « alors, alors, pourquoi elle a un problème aux os, docteur ? ». Et lui de répondre : « Ma ! c’i pas les os, c’est la tête qui va pas ! » (Massy – Palaiseau). »
Georges Perec et quelques collègues de l’Oulipo ont porté cet art à un haut sommet, avec entre autres les variations sur la chanteuse lyrique Monserra Cabalié (je ne suis plus sûr de l’orthographe de son nom). Les références au capitaine Achab ou à Munch sont fines et savoureuses comme des pizzas, mais en plus elles nourrissent la réflexion. M’inspirant de ce modèle, je garde toujours quelques temps de réflexions pour mettre en histoire les noms que je rencontre. Exemples en exclusivité pour la toile :
« Vous connaissez tous l’histoire du Golem, cet être fait de terre évoqué dans l’ancien testament. Mais vous ne savez pas que plusieurs grades existent, du plus faible au plus puissant. Si vous souhaitez faire peur à un chat, invoquez Golem citadin. Pour le déminage d’un champ de 4 hectares, ayez recours à Golem provincial. Enfin pour vous aider à accéder aux plus hautes responsabilités, c’est Golem royal qu’il vous faut ! (Ségolène Royal) »
« Que le futur président désire un peu de repos après cette longue campagne, c’est normal. Qu’un riche homme d’affaire invite depuis de nombreuses années un homme politique à venir sur son yacht, c’est normal également. Mais que la réponse à l’invitation dans un lieu cosy tombe juste à ce moment là, pardon de faire un anglicisme, c’est ce qu’on appelle un « hasard cosy » ! (Sarkozy) »
« Pourquoi le Front National est-il verrouillé par la famille de Jean-Marie ? Tout simplement parce que c’est très difficile de forcer le pêne à s’ouvrir ! (Le Pen ; pour mémoire, le pêne est la partie métallique qui sert à fermer une serrure) »
J’essaierai de présenter, de temps à autre, un ou deux calembours du même genre, voire de relayer ceux qui me seront indiqués par des proches ou des moins proches.