Je suis trop saisi par l'imminence du choix politique pour ne pas réagir avec empressement au débat splendide qui opposait hier soir (le 2 mai 2007) Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. De la tension dans les mâchoires lors des premières prises de parole, des interruptions tout autant idéologiques que tactiques, une kyrielle de chiffres tantôt exacts tantôt erronés destinés à montrer la compétence technique de toute façon élevée des deux candidats, des piques incessantes, des affrontements de posture, des lapsus, des mots qui se heurtent, de l'émotion... quel grand débat !
Je ne tire pas de conséquence générale sur les forces en présence, car comme le disent certains le résultat de ce débat sera plus net dimanche soir... Mais à titre personnel, voici ce que je retiens.
- Les journalistes, PPDA et Arlette Chabot, ont été écrasés par ces combattants politiques exceptionnels : le timing qu'ils avaient prévu a été réduit en miette, et j'ai beaucoup aimé leurs mines déconfites lorsqu'ils comprenaient la difficulté de leur mission régulatrice.
- Un lapsus qui m'a fait éclater de rire de la part de Nicolas Sarkozy: à Ségolène Royal qui l'attaquait sur la légitimité du bouclier fiscal à 60 %, il a dit "ce que je veux faire [...] c'est pire" (sous entendu, ce n'est pas illégitime, et nous ferons mieux) !
- J'ai été scandalisé par les fautes de français de la part des deux protagoniste, et dans le même temps je suis résigné à voir la France présidée par une personne grammaticalement incorrecte...
- Il paraît que Nicolas Sarkozy arrive très bien à affirmer des choses fausses et les faire passer pour vrai. Sur ce plan, il a montré l'étendue de son talent, et Ségolène Royal (que je soutiens activement, vous le devinez) n'a rien à lui envier. J'hurlais lorsque Sarkozy prétendait que l'EPR est un REACTEUR de 4ème Génération, ou trouvait comme un progrès pour l'accueil des enfants de moins de 3 ans de pouvoir traîner l'état en justice (la tarte à la crème du "droit opposable", autrement dit "merci d'avoir inscrit en maternelle mon enfant qui a désormais 8 ans"). Je grommelais quand Ségolène affirmait que toutes les femmes policières devaient être raccompagnées la nuit, que les 35 heures avaient créé 1 million d'emploi, ou que la part du nucléaire dans l'électricité consommée est de 17 % (alors que c'est 78 %, les 17 % correspondant à la part du nucléaire dans l'ENERGIE consommée en France).
- Un grand moment d'hésitation, Ségolène disant "... je vais vous le dire... je vais vous le dire...". Elle peut le dire
! - J'ai partagé pleinement l'indignation révoltée de Ségolène Royal sur la manoeuvre du président de l'UMP, qui restera comme LE grand moment. Rappel des faits : il est question du service de la petite enfance, que Ségolène souhaite développer. Sarkozy dit en substance qu'il trouve que c'est important d'accueillir les enfants, les enfants handicapés en particulier. Le débat dérive sur le sujet, au grand dam de Ségolène qui y voit une manoeuvre d'évitement. Or elle contre-attaque en soulignant que c'est l'UMP qui a retiré le plan Handiscol (favorisant l'intégration des handicapés par des moyens dédiés). Alors, recréer ce qu'on a détruit, comme la police de proximité par exemple, c'est la marque d'une grande inconséquence politique.
Vivement les résultats, pour se réjouir ou se lamenter !







