La fatalité horrible des foeticides en Inde est d'une cruauté abjecte. Les intérêts des hommes et des femmes se liguent pour priver cet immense pays d'une dignité de la condition féminine. J'avais déjà beaucoup entendu parler des "accidents de sari" qui permettaient aux maris d'éliminer leur épouse et de se remarier pour engranger une nouvelle dot, je sais la sélection implacable faite en Chine pour avoir le garçon unique plutôt que la fille unique, mais je ne connaissais pas l'engrenage exterminateur des dots et des échographies.
Le prix d'une dot est si exorbitante que des avortements au nom du genre de l'enfant se multiplient, depuis que l'échographie permet de l'anticiper. On pourrait se dire que les femmes offrent une résistance, mais elles préfèrent ne pas faire naître des femmes promises à des mariages douloureux, à une existence inique (privations, risques d'"accidents" provoqués par le mari, avortements nécessités par des raisons financières et prohibés par la religion...). Des pères se suicident à cause de la ruine due à la dot. et des maris, des millions de maris, préfèrent garder intacte cette coutume ancestrale qui maintien intacte leur hégémonie sur le genre féminin.
Le résultat, un déséquilibre énorme entre le nombre de filles et le nombre de garçons (un peu plus de 900 pour 1000, voire même moins de 750 pour 1000 dans certaines provinces du nord) qui ne semble pas près de s'autoréguler : plutôt que de refavoriser le nombre de naissance des filles, les célibataires souffrant de cette inanité culturelle préfèreraient "importer" des Russes ou des Thaïlandaises, qui sont elles majoritaires dans leur pays. Finies les actrices de Bollywood, finies les descendantes d'Indira Gandhi et de Poolan Devi, finies les espérances d'une égalisation des conditions entre hommes et femmes en Inde à cause d'un poids démographique insuffisant... finie la plus grande démocratie du monde, car le peuple, c'est l'ensemble des hommes, des vieux, des jeunes, et des femmes !
Ricardo marche sur la tête et se retourne dans sa tombe si la division internationale du travail devient division internationale des genres...







