Avec du retard, je réagis à la disparition de l’émission de Daniel Schneidermann, Arrêt sur image . De façon symptomatique, en arrêtant cette émission les responsables de France 5, les responsables d’une chaîne publique, ont en quelque sorte souhaité que l’image soit sans arrêt. Il y a une réaction très saine, lorsque de façon trop continue et trop longtemps, on est abreuvé d’image : on coupe, on « zappe » ou on change d’activité. Sinon, c’est la lobotomie assurée, avec grignotage de pizzas commandées, le sourire sur commande, le « la réponse est simple, madame Chabod, dans les usines, vous travaillez dur, vous êtes en droit d’attendre un peu de récompense, c’est tout de même formidable ».
Cette dernière phrase dérive vers la critique politique pour deux raisons : d’une part alors que j’écris ce message j’écoute l’extraordinaire discours programmatique de Nicolas Sarkozy déroulé lors de l’interview donnée aux journalistes de TF1, avec des « c’est bien simple », « c’est tout de même extraordinaire » et des « si les gens veulent ne rien faire ou ont peur, c’est leur choix, mais moi ma responsabilité est d’agir, selon mes convictions » à tout bout de champ. D’autre part, cette décision d’interdire tout « arrêt sur image » est clairement stratégique, pour ne pas dire politique.
Autant je reconnaissais jusqu’alors à Patrick de Carolis un professionnalisme allant au-delà de ses convictions personnelles, autant désormais son choix ou son laisser-aller dans cette affaire est détestable. Les informations constituent une masse de plus en plus énorme pour les citoyens, impossible à gérer ou digérer sans mettre le flux continu en pause. Analyser les responsabilités, les erreurs et les incorrections déontologiques ne peut pas se faire sans un temps de digestion et avec l’aide de quelques personnes habituées à cet exercice.
Si on peut espérer que la démarche d’Arrêt sur image sera poursuivie au travers de sites de partage de vidéos tels que Dailymotion , Kewego , Google , ou Youtube , ou même au travers du Big Bang Blog , en tant que citoyen on doit regretter qu’il ne soit plus possible au téléspectateur « traditionnel » de prendre du recul par rapport aux images qui lui sont imposées par des rédactions de plus en plus suspectes (je l’avoue, je n’avale pas la pseudo-clarification de Jean-Pierre Pernaut au 13 heures de TF1 , le 3 mai, après le vif échange du débat sur l’accueil des handicapés : « Pour information, le nombre d’enfants handicapés accueillis à l’école a plus que doublé depuis 2002 » - encore heureux que depuis que ce sujet douloureux est régulièrement évoqué, il a été pris en compte par les gouvernements en place ; mais la quantité n’est pas la qualité, or c’est la qualité qui était en jeu lors du débat -). Une phrase telle que celle que je viens d’écrire, par exemple, endormirait tout citoyen normal. Grâce à Daniel Schneidermann, le même citoyen pouvait comprendre que c’est un risque de plus de tomber dans la pensée unique (que notre très saint président combat avec force, monsieur D’Arvor, au nom de l’intérêt supérieur, unique, des français).
Il faudra des années pour que toute la population ait des notions élaborées de montage, de cadrage et de rapport entre son et image. Avant cela, une émission de décryptage est indispensable. Alors signez la pétition pour le maintien de cette émission , car dans le pire des cas vous ne regardez jamais la Cinquième, donc vous ne serez pas dérangé, et si au contraire vous la regardez souvent, vous êtes sensible à la pluralité des opinions, des points de vue et des analyses, donc il vous paraît normal qu’un programme de valeur reconnue soit maintenu à l’antenne.







