Par-delà le côté souvent raccoleur, un valeureux reportage de M6 sur la crise du Darfour m'oblige à la réflexion.Sur un territoire grand comme la France, une poignée de résistants lutte contre les raids incessants des Janjawids (les miliciens à cheval proches du pouvoir central de Khartoum d'Omar Béchir), sans se rendre compte des scandaleuses tractations en haut lieu entre Chine, Etats-Unis et Union Européenne. C'est un scandale parce que discuter intérêts financiers, zone d'influence et gestion de matières premières alors que les massacres succèdent aux pillages, aux viols et aux bombardements secrets de l'aviation soudanaise est écoeurant de cynisme ou d'aveuglement.
Cette guerre est exemplaire de la mondialisation de la politique, où il n'est plus possible de faire l'économie d'un ingérence sur les crises internes d'un pays. Puisque les Janjawids franchissent de plus en plus la frontière entre le Soudan et le Tchad, et réactivent les Tchadiens rebelles au pouvoir en place, la communauté internationale ne doit pas laisser les Toro-toros (miliciens pro-tchadiens) contenir seuls l'embrasement progressif du Sahel. Adré, au Tchad, est déjà un lieu de guerre larvée. Vous voyez le tableau.
La politique nationale n'a plus de sens, ou tout au moins elle n'a de sens que prise dans une gestion politique à plusieurs échelles : or ce qui devrait permettre une meilleure résolution des conflit civils, c'est une juste information et une mesure correcte des causes, des dangers et des implications pour les autres régions du monde comme pour les populations elles-mêmes. Dans le cas du Darfour, on l'a dit, les relations internationales freinent la résolution de certains pays à endiguer cette violence. Mais si l'on projette différents scénarios d'extension des luttes à toute l'Afrique subsaharienne, si l'on évoque le Nigéria, La Côte d'Ivoire, la Libye, l'Egypte, si l'on considère le rôle joué par l'intervention des forces occidentales en Somalie et en Irak (Ben Laden a largement profité de l'aide du régime de Khartoum), si l'on souligne que cette crise prend une ampleur particulière à cause de la désertification liée à une gestion catastrophique des ressources en énergie (rejets de CO2 réchauffant l'atmosphère, exploitation de gisements de pétrole et surexploitation du bois en Afrique), on pourrait considérer que le Darfour est la première de nos priorités en matière de politique intérieure, en matière de politique migratoire, en matière d'environnement, en matière de lutte contre les pandémies, en matière de politique agricole européenne, etc.
On trouve sur le site de MSF une excellente interview qui contredit ma position , mais c'est intéressant de comparer les deux optiques possibles face à ce genre de crise, ingérence ou intervention humanitaire, politique ou action non gourvenementale. Pour moi l'ingérence est nécessaire car elle utilise des leviers puissants qui, une fois en mouvement, peuvent vaincre les obstacles liés à l'aspect purement local d'une crise. Là où les ONG doivent agir seules, en toute pertinence, c'est lorsque les humains ne sont pas les uniques responsables de la situation (catastrophes naturelles, épidémie non provoquée).
Au Darfour, le temps de l'humanitaire n'est plus ou n'est pas encore venu. Mais le temps d'agir, lui, oui !







