
Seul sur le sable... c'est l'incipit de la chanson sucrée Hélène de Roch Voisine; mais c'est aussi une image qui traverse l'imaginaire du lecteur de Dune. Au risque de me répéter, Dune est (presque) une Bible, avec ses enseignements, ses guerres métaphoriques, son prophète, son altermondialisme à la Hobbes (
). Ce livre de Frank Herbert ne vous laissera plus jamais regarder les hommes du désert de la même façon : il y a du freemen en eux, et à l'instant par exemple je repense aux résistants du Darfour qui se terrent dans les régions arides et attaquent, avec leur violent instinct de défense du sol comme seul avantage, les Janjawids surarmés.Les théories de Frank Herbert, l'auteur d'un livre unique aux multiples tomes, ne sont pas toujours sans danger, flirtant parfois avec l'eugénisme et la vision scientologique d'un Lou Ron Hubbard. Mais le propos est souvent plus complexe que lorsqu'on lit un résumé bâclé : le Bene Gesserit est certes une société eugénique, mais Jessica Atréides, en s'affranchissant des règles, crée l'inattendu (Paul) et donc dépasse le projet d'origine, la vie reprend le dessus.
Certaines personnes pourraient être rebutées par l'étiquette de science-fiction, mais peu d'oeuvres interrogent aussi profondément les rapports de l'individu et du collectif, qui sera toujours en question tant qu'il y aura des hommes sur Terre. Quiconque s'est intéressé à La Condition humaine de Malraux par exemple, peut se plonger avec confiance dans les deux premiers tomes de la saga. Les arbres généalogiques sont bien plus simples que ceux des Rougon de Zola, la technologie est au fond très allusive et ne constitue vraiment pas le coeur de l'oeuvre, la psychologie des personnages est intéressante, l'intrigue cohérente et réserve pourtant quelques surprises, la dimension réflexive sur la portée des paroles n'est pas absente, vous n'avez donc aucune raison de ne pas (re)lire ce titan de la littérature, par exemple sur le sable, seul(e).
En revanche, je déconseille vraiment aux personnes qui ont un léger complexe d'infériorité et/ou de supériorité d'enchaîner la lecture d'Ainsi parlait Zarathoustra avec cette sorte de "Ainsi parlait Muad'Dib" (Dune), tout en écoutant O Fortuna de Karl Orff ou Seventh Son of a Seventh Son d'Iron Maiden; le concept du surhomme + celui du Kwizatz Haderach = l'image très pesante d'une quête de dépassement des limites humaines, à l'aura nettement mégalomaniaque. C'est sans doute pour cela que tant d'adolescents sont zinzins de ces deux livres très différents, mais n'en tirent pas le meilleur profit par une adhésion trop primaire au contenu littéral... Je dois l'avouer, j'ai été adolescent un peu zinzin, mais le temps a passé... et ces écrits magnifiques et riches restent.







