Il est sans doute l'un des plus grands attaquants que la France ait connu, et pourtant le seul moment où il fut titulaire indiscutable fut une catastrophe nationale pour cause de silence offensif (Coupe du Monde 2002, 0 buts marqués, et deux frappes sur les montants pour David Trezeguet). Avec seulement 69 sélections, il compte déjà 34 buts, soit près d'un but tous les deux matches. Plus encore, en nombre de minutes passées sur le terrain, il a été très peu présent même dans les grands rendez-vous (remplaçant lors de la finale de l'Euro 2000 où il marque le but en or, remplaçant, remplaçant, remplaçant presque à chaque fois qu'il a été efficace, comme lors que ce France-Îles Feroë où, entré à la 61° minute, il marque 2 buts, ou comme dans cet étonnant France-Slovénie où il marque le but victorieux en fin de match alors que la France était menée 2-0 au bout de 10 minutes).
Avec donc une efficacité hors normes, David Trezeguet reste impossible à titulariser sérieusement. Quel paradoxe ! C'est sans doute dû à la qualité de son comparse Thierry Henry, équivalente mais reposant sur un physique plus consistant. Ce qui joue également, c'est le manque de bons passeurs longs dans les récentes équipes de France (ce n'était pas vraiment le cas de Zidane, et l'excellent Willy Sagnol n'a pas eu la possibilité de disputer beaucoup de matches avec Trezguet en pointe). Il y a aussi chez ce renard des surfaces une lacune dans le domaine de la percussion, très sensible en comparaison d'Henry, Anelka, Cissé et même Govou ou Saha, pourtant moins talentueux dans les 20 derniers mètres. Enfin les systèmes de jeux s'accommodent mal d'un duo d'attaquant globalement si peu mobiles (l'activité d'Henry, compensatrice de la posture statique de Trezeguet, a pu faire illusion contre la Suède, contre l'Ecosse lors du splendide 5-0 au SdF ou contre l'Allemagne à Gelsenkirchen).
Tout ceci fait qu'El Flaco (le maigre, tel qu'on l'appelait à Platense lors de ses premiers éclats) est aussi insatisfaisant au coup d'envoi d'un match de l'Equipe de France que nécessaire sur son banc. Et combien d'histoires pourra-t-on raconter sur la différence entre Henry et Trezeguet, comme entre Pelé et Garrincha en 1958, comme entre Papin et Cantona en 92, comme entre Viera et Makelele en 2006, comme entre Blanc et Desailly en 98... c'est cela qui me semble important et heureux de dire : Trezeguet fait partie du panthéon sportif français, et personne ne regrette qu'il ait choisi de défendre les couleurs de la France vers l'âge de 18 ans. Pas comme Gonzalo Higuain...







