Terrible et pourtant relevant du vivant et de l'humain, l'humour noir est un piment de mon existence. Quand je vais assez bien, confronté aux drames humains proches et lointains, je ne peux m'empêcher de trouver moyen d'en rire. je m'en cache souvent, parce que cela ne serait pas compris, mais c'est une façon d'explorer l'événement tragique, d'en faire le tour pour essayer de le comprendre.Ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas le seul à rire de l'horreur portée à son paroxisme inhumain : en discutant avec mon épouse et une amie, nous évoquions le fait que de nombreuses personnes, même en France, se doutaient que les convois de déportés juifs n'étaient pas dirigés vers des lieux enchanteurs. Un des grands-pères, habitant vers une gare importante, racontait ainsi que tout cela était fort louche... "ça sentait le roussi" commente notre amie. Je n'ai pu m'empêcher de faire le lien avec l'holocauste en ironisant "ah bravo, c'est du joli de se moquer de la shoah comme ça, dans les camps ça sentait le roussi, c'est très fin comme humour". Evidemment, cette amie avait fait un lapsus, mais le fait de le souligner nous a plongé dans un rire jaune, où se mèlent le malaise et les manifestations extérieures de la joie (rire, paupières supérieures étrécies, agitation du haut du corps).
J'avoue avoir déjà demandé, faussement innocemment, "pourquoi les Serbes causent aux veaux ?" alors que les massacres faisaient rage dans la patrie de Rugova, le Kossovo. J'admets avoir cueilli des cassis en comptant le nombre d'Ethiopiens qui auraient ainsi pu être nourris. Je reconnais avoir aussi ri avec le clip de Kamini J'suis blanc, très "humour juif noir". C'est un fait, les malheurs ne me laissent jamais de marbre, et tantôt j'en pleure tantôt j'en ricane de désespoir.
Ne sommes-nous pourtant pas tous ainsi, devant les déboires des personnages de dessin animé (le coyote éternelle victime du bip-bip, le chasseur chassé par Bugs Bunny ou plus récemment l'espèce d'écureuil de L'Age de glace s'agrippant à sa noisette), devant les cérémonies pompeuses qui sont ruinées (4 Mariages et 1 enterrement), devant les accidents sans fin de Pierre Richard dans La Chèvre ?
L'avantage de se moquer des malheureux, c'est qu'on ne peut raisonnablement pas nous prendre au premier degré. Caricaturer les "méchants" et les "forts", comme Dieudonné prétend le faire, laisse toujours incertain : premier degré ou pas? C'est plus intéressant littérairement, mais voilà longtemps qu'on ne peut plus se comporter en société comme on se comporte dans les livres.







