Une fois de plus, je m'avançais, le long de ces couloirs où les tapis épais étouffaient les bruits de pas dirigés tantôt vers des miroirs, tantôt vers des fenêtres ouvrant des perspectives inconnues sur les statues impassibles des jardins de Marienbad.
(Li brement inspiré d'Alain Robbe-Grillet)
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Publié le 02/09/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
Un mot tout petit pour dire que, tandis que la télévision sur le cable aime rediffuser les événements de l'époque "comme en vrai", 10 ans de Diana, 20 ans de coupe du monde de Rugby, elle oublie de faire son travail de mise en perspective de ces événements. La rétrospective sans perspective, ça n'est que la moitié du chemin effectué par un documentaliste, un bibliothécaire ou un conservateur...
Publié le 27/08/2007
Par fxboffy
Humeur : Gaie
La chronique hebdomadaire de Jean-Claude Guillebaud dans le supplément TéléObs du Nouvel Observateur est souvent un moment amusant, intéressant et atypique.Jean-Claude Guillebaud riant - RadioFrance
Une des ritournelles de notre ami Jean-Claude, c'est la plainte contre l'aspect vain et mercantile des grands médias audiovisuels (et je lui donne globalement raison), opposé à la saine et sainte humanité vivante de certaines petites cases animées par certaines personnalités ironiques sur certaines petites radios... Je force un peu le trait, mais c'est un peu toujours David adversus Goliath, le village gaulois contre l'envahisseur romain, le vin de pays dans un pot en terre contre le Coca-Cola dans un pot de fer.
J'ai été frappé par sa chronique pour la semaine passée, dans laquelle le rire était stigmatisé parce qu'il "prenait du temps" sur les développements plus sérieux (donc, dans l'esprit de M. Guillebaud, plus intéressants, plus moraux). Je ne l'accuse pas d'être triste ou non-rigolot, son portrait officiel est là pour prouver le contraire; je pense juste qu'avec tout le respect que je lui dois et que j'ai pour lui, il me semble dériver souvent vers le ronchonnisme passéiste.
Je partage son criticisme vis-à-vis des grosses machines médiatiques, c'est pourquoi je conseille la lecture régulière de sa chronique "Ecouter Voir". Mais je ne partage pas sa tendance à l'amalgame facile, qui masque souvent un manque d'attention et d'intérêt pour une partie de sa matière première; je conseille donc de lire sa chronique avec un brin de recul critique... on en finit plus !
Un petit exemple simple : depuis que l'ADSL est entré dans mon modeste foyer, c'est l'explosion du nombre de chaînes. 9 chaînes pour la Chine, par exemple, c'est énorme (bon, je compte un Objet Emettant Non Identifié, une chaîne pour Chinois et Asiatiques hispanophones, CCTV E&F : j'aurai tout vu, je peux mourrir l'esprit en paix ). Bien qu'ayant de ce fait des chaînes nunuches en quantité (Jeux Et Télévision, Luxe, M6 boutique, Foxlife, Astro, NT1, W9, etc.), je m'estime largement plus heureux sur le plan des informations et des loisirs de qualité.
Tout simplement parce que dans le bouquet, même si on est allergique on peut choisir la fleur de son secret, et surtout, incomparable bénéfice de la globalisation médiatique, on a accès aux éclairages nationaux pour une même actualité. On peut faire le mélange des cultures dans sa petite lucarne en enchaînant clips chinois occidentalisés et festival de musique traditionnelle maroccaine, en passant par un édifiant reportage sud-africain où la survie d'un centaine de charmantes vipères du Gabon est mise dans un débat anecdotiquement virulent entre occupants de bidonvilles et protecteurs de la nature (7 morts... humains). Vivent les médias à foison, et le Darwinisme culturel fera son oeuvre de distinction.
Publié le 14/08/2007
Par fxboffy
Humeur : Au secours !
Ayant eu l'occasion de discuter il y a longtemps avec le directeur du musée d'automobiles de La Rochetaillée sur Saône, près de Lyon, j'ai conçu la certitude que toutes les grandes agglomérations devraient employer une ou plusieurs personnes dédiées à mutualiser, numériser et classer les collections et archives souvent très spécialisées des différents musées de l'aire géographique.
Ainsi les documents d'époque sur Cottereau et Terrot, à Dijon, pourraient-ils être durablement sauvegardés, ne serait-ce que grâce à une accessibilité nouvelle...
Publié le 21/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Maussade
Je le signale juste en passant, la pétition de soutien d'Arrêt sur Image (ASI pour les intimes) a été close et envoyée à qui de droit. Sans espoir à court terme sans doute, mais les évolutions de l'audimat à long terme vengeront, je pense, Daniel Schneiderman et son équipe. Et les yeux des dirigeants de la quatrième chaîne publique (France 2, 3 et 4 étant les 3 premières numériquement) s'ouvriront, et il verront que cela n'était pas bon. Alors ils auront des noeuds dans le ventre et se repentiront amèrement en se frappant la poitrine.
Le style employé à la fin du paragraphe précédent : (c) Saint Jérôme - La Vulgate. Librement inspiré de Monty Python Sacrée Graal.
Cela explique la disparition du bandeau en haut de ma page, ce qui ne signifie pas que l'existence d'une telle émission télévisée d'analyse critique de la télévision soit devenue sans intérêt !
J'ai eu l'occasion d'y penser très fort hier soir, devant le dernier Harry Potter (version film, je le précise pour éviter d'être cité dans les recherches sur le dernier roman de JK Rowlins ). La Gazette du Sorcier, organe de presse théoriquement indépendant mais en fait totalement tributaire du ministère de la magie, aurait bien eu besoin de sa chronique "Arrêt sur article" pour mettre en lumière la méthodologie lamentable des journalistes à propos du sort Patronus d'Harry Potter et des manoeuvres belliqueuses de Dumbledor. D'ailleurs, je le remarque en passant, la plupart des transitions d'une séquence à l'autre se faisait par le biais de ces "faits" falsifiés, comme si le spectateur n'était qu'un lecteur de journal, et non un témoin direct de l'intrigue. L'histoire, la vraie, reste soumise à l'analyse critique du lecteur-spectateur et au recoupement des sources (roman / film par exemple...). A ce titre, j'ai trouvé Harry Potter et l'Ordre du Phoenix certes répétitif par rapport aux épisodes précédents, mais aussi intéressant au travers de certaines thématiques (le rôle de la presse, le volonté de puissance, la meilleure défense c'est l'attaque).
Publié le 13/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Souriante
Alors que la pétition pour le maintien de l'émission Arrêt sur image va prendre fin (plus que 6 jours pour signer, avant envoi, sans assurance de résultat à court terme mais avec la certitude d'avoir marqué le microcosme médiatique), une rumeur m'a surpris en parcourrant le Big Bang Blog de l'équipe d'ASI : une proposition de production par le biais des régions !
 Dans cet article , Daniel Schneiderman s'interroge sur la possibilité d'indépendance vis à vis de Ségolène Royal si une telle éventualité se produisait. Il prône l'ouverture aux deux région UMP (Alsace et Corse) pour garantir l'équité et la probité de l'émission. Je me permettrais une remarque dans cette affaire : comme il le dit lui-même, le service public est dépendant du budget voté par une majorité politique, et le fait d'être indépendant au sens strict dans de domaine de la télévision semble impensable actuellement, tant les coûts de production sont élevés si on souhaite toucher un large public.
Ce qu'il faut viser, en télévision comme en presse (je rappelle à votre mémoire la grêve des journalistes des Echos contre l'acquisition du titre par Bernard Arnault), ce n'est pas l'indépendance mais l'autonomie. Se donner à soi-même sa propre loi en la rendant la plus universelle possible, voilà un objectif à la foi fou et raisonnable pour tous les producteurs innovants. C'est un jugement personnel, mais il me semble que Canal +, malgré une évidente proximité de ses instances dirigeantes avec le pouvoir en place, a su préserver son statut de franc-tireur et de pamphlétaire. Peut-être parce qu'il s'agit de l'image de marque de la chaîne, et rien ne serait plus destructeur pour cette chaîne que de devenir falotte vis-à-vis du pouvoir et des autres médias.
Publié le 08/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Maussade
 Les bibliothèques actuelles sont de beaux lieux, avec des rangées très mathématiques, rassurantes, et l'écriture littéraire dans certains livres, porteuse de folies et de vie. Elles ont des couleurs codées, l'odeur des moquettes rénovées ou du revêtement de granulés plastifiés, le son des murmures, des pas, des pages et des machines à code-barre. On a des espaces très pensés, très riches en informations et en méta-infromations. Les panneaux de classement font penser aux panneaux plantés devant les simples dans les jardins botaniques médiévaux.
(Par parenthèse, je suis à chaque fois attendri par l'origine du double sens de scrupule, à la fois source de gène morale et très petite unité de mesure de masse : le petit caillou scrupulus sous le pied qui gênait les Romains en sandales était aussi utile comme contrepoids sur une balance à poudres.)
Les bibliothèques numériques, à quoi ressembleront-elles ? Une part de moi, nostalgique, regrette déjà, avant qu'il ait été muséifié, l'objet livre. Il cachait son contenu, semblait comme une fleur qui s'ouvre à mesure qu'on la découvre. Il ressemblait un peu à un oiseau, ce que nombre de dessinateurs avaient utilisé pour dire toute la vie portée par les livres : la librairie ésotérique L'Oiseau livre porte même cette image en enseigne. Un livre numérique est souvent d'abord une icône en forme de A script rouge sur fond blanc, le symbole d'un document PDF.
Ou alors, dans le meilleur des cas, un livre numérique est la page de couverture du livre réel. Et si le livre n'est jamais réel ? Il faudra bien inventer des couvertures fictives pour vendre sur Amazon, Barnes & Noble et le site de la FNAC. Les rangées des bibliothèques se croisent et s'interpénètrent comme dans un tableau de Maurits Cornelis Escher : un livre peut appartenir à 2 ou 3 ou 10 rangées à la fois, son existence est juste une probabilité actualisée par la recherche des internautes.
MC Escher
Lorsqu'on effectuera une recherche, ce ne sera plus (jamais ?) une recherche de document, mais une recherche d'information, organisée et triée par la main invisible, impartiale et incapable de la loi d'indexation automatique. En tapant le mot "je" on saura ainsi, grâce à un algorithme puissant, quelles sont les pages de Corinne ou l'Italie dans lesquelles madame de Staël utilise un discours narratif à la première personne. Il sera donc possible d'en étudier les occurrences sans avaler les il/elle/on, les nous, les vous, les ils/elles, les tu par milliers, mais aussi sans pouvoir mesurer la formidable incongruité de ces occurrences dans les centaines de pages du roman.
Dans ces cousines, les librairies numériques, on ne commandera pas une botte de carotte et 6 pommes, on demandera la pelure de carotte et le trognon des 6 pommes; c'est à dire, je ne voudrai pas acheter Le Seigneur des Anneaux tome 1 - La Communauté de l'Anneau et Histoires de Demain, pour 8 €, mais le chapitre "Un raccourci vers les champignons " et la nouvelle Les Pieds et les Roues, pour 0,55 €.
Devant la lassitude de certains de n'interagir qu'avec des icônes et des zones de texte et des boutons, certaines cyberbibliothèques proposeront la convivialité d'une navigation en 3D. Les avatars de bibliothécaires seront de plus en plus fouillés, ils ne ressembleront plus aux premières générations dignes de l'anthropomorphie d'Archimboldo (voir ci- dessous).
 Le bibliothécaire - Arcimboldo (c) 1995 François Almaleh
Certains internautes proposeront leurs MySpace livres, mélanges de partages de livres d'autres et de livres écrits par soi, parfois sans distinction. Les bibliothèques de Second Life² seront en lien direct avec les stocks numérisés de la Bibliothèque du Congrès Américain. Et dans les livres des auteurs modernes un outil très pratique permettra de créer automatiquement un hyperlien vers les oeuvres nommément citées ou évoquées par le biais d'une citation. Certains faux-monnayeurs, Gide ou Robbe-Grillet du XXI° siècle, retrouneront le palimpseste en faisant visiter une bibliothèque dont l'histoire, le fond et les extraits disponibles créent une oeuvre de pure fiction où le lecteur perd la limite entre l'écriture d'une aventure et l'aventure d'une écriture.
Les Reptiles de MC Escher
Je dois le reconnaître, il y a dans les boulversements dus à la bibliothèque numérique des aspects très séduisants. Mais alors que le naturel n'en finit pas de revenir au galop, l'incroyable densité du réel, les belles difficultés des introuvables et des recherches limitées par un fond rendent la présence de bibliothèques matérielles nécessaires. Que de découvertes n'auraient pas eu lieu si tout le monde avait trouvé d'emblée l'information recherchée ! Pas de Colomb en Amérique, pas de 100 jours de Napoléon, pas de pasteurisation, pas de radiographie des poumons ! Pas de curiosité possible, pas d'envie ou de désir de savoir.
Publié le 02/07/2007
Par fxboffy
Humeur : Ironique
Les questions, intimement liées, ne semblent pas être suffisamment réglées par la loi sur les Droits d'Auteurs et Droits Voisins dans la Société de l'Information (DADVSI ). Et les deux vidéos de la semaine du zapping (du 25 au 30 juin 2007) le montrent, au travers de l'exemple du journaliste anglais prisonnier à Gaza comme au travers du cas de fraude sur les gains d'un jeu de hasard .
Doit-on flouter les images d'un prisonnier, sachant qu'il peut être aisement identifié au travers de son nom ? Le meilleur moyen de protéger les opérations en faveur de la libération, est-ce de faire connaître cette captivité par tous les moyens ou de n'en montrer que le minimum ? La question se pose au sein de la même chaîne, ce qui est d'autant plus révélateur des précautions à prendre. La question fondamentale restant : comment protéger la vie de celui qui est filmé, au détriment du message proposé par le réalisateur du film donc par-delà les usages en matière de droit de regard sur l'image ? Le journaliste n'est pas libre, donc il ne donne pas librement son accord pour être filmé. Le réalisateur ne respecte pas les droits de l'homme, donc il est exclu du droit d'auteur, de fait, par les Etats démocratiques. Mais à qui le droit et les modalités de diffusion appartiennent-ils alors ? Je serais tenté de dire qu'en France c'est le CSA, mais en l'occurrence cet organisme a bien d'autres chats à fouetter et n'a pas les moyens de ses ambitions croissantes et de champs d'investigation en expansion.
On retrouve cette incertitude sur le droit de regard sur l'image à propos de personnes inculpées pour fraude, des buralistes ayant donné une interview à l'époque d'un tirage au sort gagnant. Partant du principe que l'extrait était disponible dans les archives de l'INA, une rédaction a jugé bon de la diffuser en l'état. Une autre rédaction, ayant pourtant à l'esprit les mêmes réglementations en matière de protection de la vie privée, a préféré flouter le visage d'un personne incriminée. Il s'agit sans doute là d'une anticipation sur une éventuelle plainte (un inculpé a droit à la présomption d'innocence), mais il faut dire que le plaignant serait mal venu de refuser la diffusion d'un reportage pour lequel il avait donné son accord quelques mois auparavant. Un accord de diffusion vaut-il pour toute la vie ? Si l'on ne veut pas que le droit à l'image, déjà extrêmement confus, ne devienne une jungle inextricable, je crois qu'il faut le considérer ainsi.
Publié le 26/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Souriante
 Souligné particulièrement en période de campagne, et dévoilé partiellement par les ouvrages parus ces derniers jours dans le camp des perdants, l'aspect "off" de certains propos est une caractéristique très particulière. Qu'est-ce que le "off", au fond ? Quelque chose qui est dit à des journalistes ou à un appareil médiatique, mais qui n'est pas destiné à publication. On parle parfois de "off - off", mais ce n'est qu'une façon de désigner du "vrai off" par rapport au "off publiable", qui n'est rien d'autre que des propos officiels.
Les personnalités politiques ont évidemment intérêt, à première vue, à maintenir cette différence entre le "on" et "off"; il ne peuvent pas rester continuellement sur le qui-vive pour maîtriser leur parole, leur discours et leurs émotions personnelles. C'est vrai aussi pour les personnes exercant une profession de représentation moins exposée, artistes, enseignants, commerciaux, avocats, journalistes, etc. Toutefois, dans le champ politique, une éthique de la transparence est de plus en plus mise en avant, à droite comme à gauche. Le "je ferais ce que j'ai dit, je m'y engage, et ceux qui me connaissent savent que je n'ai qu'une parole" de Sarkozy trouvant par exemple réponse dans le "mentir aux gens, leur faire croire des choses qui ne sont pas, ce n'est pas ma façon de faire de la pôlitique" de Royal.
Voilà pourquoi je me suis posé la question de l'existence, légitime ou pas, du "off". Au fond, quel est le métier des journalistes? Informer le plus précisément et le plus objectivement possible les citoyens. Les commentaires officieux doivent-ils être relayés dans les médias au nom du devoir d'information? Pouquoi pas, puisqu'il existe toujours (et dès lors il faut y veiller plus attentivement) des temps durant lesquels les personnages politiques ne sont plus entourés d'envoyés journalistiques. Le dilemme des journalistes est le suivant : soient ils disent toute la vérité y compris le "off", soient ils mentent sciemment sur les raisons qui poussent telle ou telle personne à agir comme elle le fait. Dans ce dernier cas, toutefois, des éléments "off" peuvent déformer leur discours pour suggérer ce qui ne peut pas être dit.
(Ici prend place la coupure de la nuit, l'article étant achevé dans la matinée)
Un exemple pour bien comprendre : Je suis journaliste et je vous entends dire, en "off", que vous vous ennuyez à mourir devant tous les films d'Abbas Kiarostami. Arrive le festival de Perruchon sur Marne, la ville dont vous êtes le député-maire (étiqueté ULM), avec pour invité spécial Abbas Kiarostami. Ce jour-là, vous rendez visite au grand centre hospitalier de Bidochon sur Oise, en compagnie du ministre de la santé (étiqueté UDS). Quelle va être mon analyse sur cette visite? Est-ce que je vais prédire un possible rapprochement politique entre l'ULM et l'UDS dans la perspective des cantonnales? Ou bien est-ce que je vais souligner votre désintérêt pour la vie culturelle, au sein de votre commune même? Je pourrais peut-être dire, dans une boutade, tel un Christophe Barbier des grands jours, "Il y voit son intérêt politique à plus long terme, et peut-être est-ce, plus pragmatiquement, un moyen - original - pour échapper à la projection d'un film qui ne l'enthousiasme pas vraiment...". L'information contenue dans le discours "off" est suggérée au grand public, à quoi donc sert ce label "off", si ce n'est ménager la sensibilité des admirateurs de Kiarostami?
Autre exemple, directement lié à une expérience télévisuelle classique, pour prouver que le "off" est de toute façon généralement décelable "on", car les journalistes font leur métier de commentateurs et de metteurs en lumière : le 6 mai, soirée des résultats définitifs des élections présidentielles. David Pujadas et Elise Lucet ont les résultats "off", mais ne doivent rien dire d'explicite avant 20 heures. A propos des foules massées devant les 2 QG de campagne de Royal et Sarkozy : "c'est étonnant qu'il y ait autant de monde devant les deux QG, à quelques secondes du résultat", avec un étonnement légèrement supérieur à propos des supporters de Ségolène. En creux, c'est dit : l'un des deux camps a perdu, tout le monde peut savoir lequel, mais les militants défaits ne veulent pas savoir. Cet étonnement n'aurait pas eu lieu si eux-mêmes n'avaient pas eu les résultats, s'ils n'avaient pas su que les internautes visitaient les pages web belges et suisses pour savoir à l'avance.
Il est certain qu'on ne peut pas supprimer le caractère officieux de tous les discours "off", il y a toujours une loi qui interdit l'atteinte à la vie privée, il y a toujours un moment où une personnalité perd le contrôle. Mais au nom de la crédibilité des journalistes, qui ne peuvent raisonnablement pas, dans le même temps, faire correctement leur métier et feindre de ne pas en savoir autant qu'ils en savent, je pense que les personnages politiques ne doivent plus dire "c'est off". Qu'ils se taisent, se confient à d'autres, ou admettent leur humanité, leurs convictions profondes et laissent paraître leur opinion de femmes et d'hommes.
Deux saynètes pour illustrer l'étrangeté du discours "off" :
- Je suis dealer de drogue, cela me pèse sur la conscience, je n'ai plus confiance en mes amis. Je demande, "off", au policier municipal qui surveille la sortie d'école : "Admettons qu'un dealer de drogue souhaite se reconvertir. Admettons qu'il cherche à passer un concours de la fonction publique, à se ranger, quelle peine risque-t-il s'il tombe à cause de ses anciens contacts". Le policier ne va-t-il pas avoir, un court instant, l'idée que son devoir serait de m'interroger dans le cadre de son métier?
- Je suis journaliste sur LCI et j'apprends "off" que Michel Charasse, proche de Laurent Fabius, ne peut pas supporter Ségolène Royal, mais n'apprécie pas vraiment Nicolas Sarkozy. Si ce dernier a une entrevue avec l'ancien ministre socialiste, est-ce que je vais dire que les personnalités socialistes sont vraiment séduites par Sarkozy, ou bien vais-je insister sur une possible manoeuvre de déstabilisation du PS "version Royal" ?
Publié le 24/06/2007
Par fxboffy
Humeur : En colère
Avec du retard, je réagis à la disparition de l’émission de Daniel Schneidermann, Arrêt sur image . De façon symptomatique, en arrêtant cette émission les responsables de France 5, les responsables d’une chaîne publique, ont en quelque sorte souhaité que l’image soit sans arrêt. Il y a une réaction très saine, lorsque de façon trop continue et trop longtemps, on est abreuvé d’image : on coupe, on « zappe » ou on change d’activité. Sinon, c’est la lobotomie assurée, avec grignotage de pizzas commandées, le sourire sur commande, le « la réponse est simple, madame Chabod, dans les usines, vous travaillez dur, vous êtes en droit d’attendre un peu de récompense, c’est tout de même formidable ». (Pardon au prénommé René, grand sportif devant l'Eternel, d'avoir détourné sa photographie, mais elle convenait très bien à mon propos)
Cette dernière phrase dérive vers la critique politique pour deux raisons : d’une part alors que j’écris ce message j’écoute l’extraordinaire discours programmatique de Nicolas Sarkozy déroulé lors de l’interview donnée aux journalistes de TF1, avec des « c’est bien simple », « c’est tout de même extraordinaire » et des « si les gens veulent ne rien faire ou ont peur, c’est leur choix, mais moi ma responsabilité est d’agir, selon mes convictions » à tout bout de champ. D’autre part, cette décision d’interdire tout « arrêt sur image » est clairement stratégique, pour ne pas dire politique. Autant je reconnaissais jusqu’alors à Patrick de Carolis un professionnalisme allant au-delà de ses convictions personnelles, autant désormais son choix ou son laisser-aller dans cette affaire est détestable. Les informations constituent une masse de plus en plus énorme pour les citoyens, impossible à gérer ou digérer sans mettre le flux continu en pause. Analyser les responsabilités, les erreurs et les incorrections déontologiques ne peut pas se faire sans un temps de digestion et avec l’aide de quelques personnes habituées à cet exercice. Daniel Schneidermann, présentateur et inspirateur d'ASI
Si on peut espérer que la démarche d’Arrêt sur image sera poursuivie au travers de sites de partage de vidéos tels que Dailymotion , Kewego , Google , ou Youtube , ou même au travers du Big Bang Blog , en tant que citoyen on doit regretter qu’il ne soit plus possible au téléspectateur « traditionnel » de prendre du recul par rapport aux images qui lui sont imposées par des rédactions de plus en plus suspectes (je l’avoue, je n’avale pas la pseudo-clarification de Jean-Pierre Pernaut au 13 heures de TF1 , le 3 mai, après le vif échange du débat sur l’accueil des handicapés : « Pour information, le nombre d’enfants handicapés accueillis à l’école a plus que doublé depuis 2002 » - encore heureux que depuis que ce sujet douloureux est régulièrement évoqué, il a été pris en compte par les gouvernements en place ; mais la quantité n’est pas la qualité, or c’est la qualité qui était en jeu lors du débat -). Une phrase telle que celle que je viens d’écrire, par exemple, endormirait tout citoyen normal. Grâce à Daniel Schneidermann, le même citoyen pouvait comprendre que c’est un risque de plus de tomber dans la pensée unique (que notre très saint président combat avec force, monsieur D’Arvor, au nom de l’intérêt supérieur, unique, des français). Il faudra des années pour que toute la population ait des notions élaborées de montage, de cadrage et de rapport entre son et image. Avant cela, une émission de décryptage est indispensable. Alors signez la pétition pour le maintien de cette émission , car dans le pire des cas vous ne regardez jamais la Cinquième, donc vous ne serez pas dérangé, et si au contraire vous la regardez souvent, vous êtes sensible à la pluralité des opinions, des points de vue et des analyses, donc il vous paraît normal qu’un programme de valeur reconnue soit maintenu à l’antenne.
Publié le 19/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Souriante
(C) http://chiaroscuro.baltiblogs.com
Suite à une discussion des plus intéressantes, j'ai saisi plus précisément la différence faite par Kant entre la valeur et le prix. Cette distinction peut en effet intéresser toute personne amenée à réfléchir sur l'économie des médias, puisque les diffuseurs gratuits se sont multipliés ces dernières années. On rencontre des quotidiens gratuits , des sources gratuites de vidéos , des sites de partage de musique , et même des services juridiques , techniques, proposés sans contrepartie financière. Est-ce à dire que leurs informations n'ont aucune valeur ? Sans doute pas !
Le web 2.0 , qui consiste je le rappelle en une structure participative de création de contenu et de prise de décision, montre clairement que les contributions, bien qu'accessibles gratuitement, ont un intérêt pour de nombreux autres consommateurs. Je parle d'intérêt, car cette notion d'intérêt doit être intégrée à la réflexion pour comprendre le mécanisme de partage gratuit des informations. Il est clair que le prix de l'information dans les médias de masse tend vers zéro; l'économie de l'information ne se fonde plus tellement sur le prix, mais sur l'intérêt que recèlent les informations pour telle personne, tel groupe ou pour une majorité de consommateurs.
Evidemment, on pourra dire que les monographies publiées en librairie, le succès croissant des sites payants en ligne démontre que la notion de prix fait de la résistance, en particulier pour les documents ou informations susceptibles d'intéresser un très grand nombre. Ce "susceptible d'intéresser un très grand nombre" imprécis, recouvre soit du pur intérêt, qui s'épuise avec le temps (par exemple, le nom du buteur du match Ecosse-France, ou le coût d'une action Veolia à une date précise), soit la valeur de l'objet-information, qui reste présente quelles que soient les conditions de consommation (par exemple, un roman de Balzac, la vidéo du match France-Brésil de la coupe du monde 2006, ou l'analyse de l'évolution de l'action Veolia en 2006). Le prix de l'information est de toute façon déconnecté de sa valeur, même si à long terme la valeur d'une information ou d'un document génère intérêt et prix.
La massification de la diffusion, au lieu de dévaloriser l'information, la déprécie. C'est au contraire une chance pour les documents de valeur, parce qu'ils sont mieux respectés que les autres et à terme peuvent prétendre s'échanger contre un prix non modique (voir l'exemple des chanteuses issues du buzz de Myspace). Les créateurs méritants sont-ils pourtant condamnés à se faire piller, et à ne tirer aucun bénéfice des informations qu'ils proposent ? S'ils sont méritants, ils attirent un intérêt durable; et s'ils attirent sur leur nom un durable intérêt, à eux de monnayer leurs contributions ultérieures et de faire monter les prix !
La notion d'auteur de document, jusqu'à l'apparition des fils RSS en tout cas (et encore, d'après moi cela ne change pas profondément la donne), est indissociable de la notion d'oeuvre. Suivant en cela les thèses de José Luis Diaz, je constate chaque jour l'autorité conférée à un article par son auteur (cf. Jean-Michel Apathie ou Guy Birenbaum sur Agoravox), et réciproquement (la valeur générale des articles de Wikipedia amène à accorder une certaine confiance à cet "auteur" collectif).
Publié le 13/06/2007
Par fxboffy
Humeur : Rebelle
Une rapide réflexion, tandis que sont toujours en débat les notions de temps de travail, de productivité et d'heures supplémentaires : rien n'est plus différent de 35 heures de travail... que 35 heures de travail ! 35 heures de cours, c'est inhumain; alors que 35 heures d'accueil dans un service administratif, c'est tout à fait acceptable.(C) Communauté de Communes de Commentry / Néris-les-Bains
Ne pas prendre en compte la diversité des activités, c'est en rester à la lettre du volet "heures légales du travail hebdomadaire" du code du travail, rédigé alors que la tertiarisation ne faisait que balbutier. Esprit des lois, es-tu là ?
Publié le 24/05/2007
Par fxboffy
Humeur : Tendre
Dans le domaine du réseau des réseaux, ce n’est pas à l’ouest que s’ouvrent les nouvelles frontières. Ce n’est pas en occident qu’est la vitalité d’Internet. Par parenthèse je parle d’ « Internet » et non pas de « l’Internet » parce qu’en linguistique « le/la/les/l’ » sont des outils de forte actualisation (c’est une réalité bien connue et bien référencée dont on parle). Or rien n’est plus virtuel qu’Internet… Et puis cette méduse qui étend ses ramifications dans les vies privées de centaines de millions d’humains fait des fois un peu peur, Internet est une divinité inquiétante et étrange comme Odin, Vishnou ou Mercure. Bref. Les pays tels que la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, et bien sûr la Russie sont à la pointe des expérimentations en matière de sites. Il y a l’aspect publicitaire, par exemple. Le contournement des blocages de pop-ups est particulièrement efficace sur un site tel que www.protonet.ru par exemple. Certes on peut objecter que c’est une performance dans la nuisance, mais comme toute technologie elle pourrait être retournée à des fins positives, ou tout au moins son existence même permet de s’interroger sur les façons de limiter son utilisation.
On peut évidemment aussi penser à la jungle que les sites de l’est de l’Europe constituent pour les droits d’auteurs et droits voisins. Alors que les majors de l’industrie du disque s’attaquaient à Morpheus, Kazaa, Napster l’ancêtre, et autres torrents de sites de peer-to-peer, les sites en téléchargement direct ou « léger », sans passer par un logiciel client, continuent leur petit bonhomme de chemin. http://www.soft-best.net est bien vivant depuis des lustres, pourtant son objectif est on ne peut plus clair : distribuer gratuitement des logiciels payants. Là encore, la vitalité de ces pratiques (la piraterie à responsabilité individuelle) est d’autant plus forte qu’elle s’accompagne d’un certain laxisme juridique et politique. Le site de laspirale.tk en France a rapidement du renoncer à un fonctionnement similaire, à cause des pressions policières exercées. Et lorsqu’on se rend sur la nouvelle adresse, http://spirale.aneantis.com/ , on constate un site tout à fait réglo, avec quelques clins d’oeil pour les bidouilleurs, mais rien de plus. Les sites de l’est de l’Europe on donc encore une longueur d’avance en ce qui concerne les audaces sur les droits d’auteur, même si bien sûr les pirates français, anglais, allemands, danois, néerlandais, italiens ou espagnols font toujours des recherches dans le domaine.
Ces territoires encore à civiliser sont-ils porteurs de valeurs d’avenir ? La Conquête de l’Est, à qui profiterait-elle ? Je peux difficilement me prononcer sur le bien-fondé des fraudes qui s’y déroulent, mais je suis certain que le web oriental a son rôle à jouer dans la constitution d’une société européenne récusant la pensée unique et le conformisme stupide aux états de fait. Conquérir l’Est, ce n’est pas forcément rendre tout le web occidental, mais passer de l’affrontement des sites (sites bienséants contre sites aux frontières du légal) au dialogue des pratiques, des lois et des aspirations.
L’Est de l’Europe, c’est une chose, mais plus à l’Est encore, il y a du nouveau… La question du web chinois est un vaste sujet en soi, j’ajourne donc le moment d’en parler, d’autant plus que je ne le fréquente pas très assiduement…
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