26 décembre 2006. Plongé dans la préparation de l'article qui allait paraître le lendemain sur le blog de la Beuglante, j'étais occupé à me remémorer James Brown en 1997 aux Vieilles Charrues : souvenir délicieux !...
...Quand est tombée l'annonce de la mort de Pierre Delanoë. La tuile ! Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir écrire là-dessus ? Et surtout, pourquoi je me sentais tenu d'écrire quelque chose ? L'hommage, passage obligé, figure imposée !?
Aller jusqu'à prétendre ne pas avoir connu cet homme-là ? Tous ceux de ma génération ne le connaissaient que trop – quand bien même ils ne le savaient pas. Il a arrosé nos jeunes années de ses tubes à paillettes et à flonflons, que ses interprètes favoris venaient chanter chaque semaine chez Maritie et Gilbert Carpentier. Des chansons pour le divertissement des masses, des textes calibrés pour le petit écran et le petit peuple, celui que depuis longtemps on appelle "grand public". Des histoires futiles, amourettes contrariées (Et maintenant, Gilbert Bécaud), grandes causes consensuelles (Le gentil dauphin triste, Gérard Lenorman), exotisme à deux sous (Les lacs du Connemara, Michel Sardou), petits bonheurs bucoliques (Fais comme l'oiseau, Michel Fugain et le Big Bazar), grands sentiments à la sauce popote (Qu'elle est belle, Mireille Mathieu), jeux de mots faciles (Tout doux, tout doucement, Marcel Amont), poésie à l'eau de rose (Il était une fois nous deux, Joe Dassin)... Les ressorts poétiques les plus éculés sont, en langage médiatique, les plus efficaces : ils ont fait leurs preuves.
Pierre Delanoë était un parolier productif, et efficace. En quelques années, il a réussi à me dégoûter de la chanson française : à en croire la télé, ce n'était que ça. La télé d'ailleurs m'a dégoûté de bien d'autres choses (le théâtre, la danse, le cirque, la "grande musique"...) avant que je ne découvre par moi-même, et hors de chez moi, que ces arts étaient encore bel et bien vivants ! Aboutissement logique : j'en suis venu à m'intéresser aux arts, et à ne plus me dégoûter que de la télé. De cette télé dont Pierre Delanoë était un éminent représentant !
Alors quoi dire ? Rien. Je suis parti en famille pour Noël, oubliant cette gentille effigie en carton-pâte des années perdues à me laisser divertir (un seul verbe pour le divertissement et la diversion !).
Mais quand je suis revenu... Quand même ! Je tenais là une chance unique de pouvoir m'essayer à un genre formellement interdit : l'anti-hommage ! Oser dire du mal d'un mort encore fumant, et lourdement encensé par les médias popus ?... Tenté par l'expérience, je me suis fait deux listes : une première pour les plus connus des interprètes de Pierre Delanoë ; et la seconde avec les titres de ses chansons les plus célèbres. Je ne pensais pas en rester là, mais quand j'ai relu...
...Tout y était ! Rien à ajouter : la cohorte de ces bouffons souriants aux habits multicolores, le hit-parade de leurs niaiseries sucrées, tout ça mis bout à bout ressemblait tellement à l'inventaire des invendus d'une braderie de brousse, le résultat était tellement éloquent que je me suis contenté de publier mes deux listes telles quelles, et basta.
Même pas besoin de me ridiculiser en méchancetés minuscules sur le compte d'un amuseur public qui, de toute évidence, a réussi sa vie professionnelle, et qui a bien mérité de mourir en paix.
Si seulement le père Noël pouvait en faire autant !
*- Tu aimes le jeu des anagrammes ?
