
En ce temps là, la France vivait sous le joug de l’oppression. Dans notre île, comme partout la jeunesse vivait malgré ces difficultés. Un homme, une femme, et ce que l’on qualifiait à l’époque d’un mariage « de raison » car une vie s’annonce. Une vie non désirée. Suzanne est « la cause » de l’union de son père et de sa mère. Dans la commune de Saint Georges, comme sur toute notre île son père était pêcheur et cultivateur, et sa mère femme au foyer et cultivatrice. Dans ce foyer naîtront ensuite 6 enfants. La vie est difficile, être l’aînée d’une fratrie de 7 enfants à cette période est une tâche difficile, surtout quand l’amour parental n’existe pas. Partir dans la vie en étant « née par accident » et du coup « mal aimée ». Suzanne suit une scolarité qu’elle cessera a deux ans du certificat d’études, à la suite de ses difficultés à fixer son attention, son mal être étant peut-être la cause de cet état. Quand le bonheur manque, et qu’un preux chevalier vient à passer, les dix huit ans de Suzanne, et son cœur s’emballent. Il a trente cinq ans, il vient de Domino, c’est dire si la vie peut être source de surprises. Un fils puis deux filles comblent un temps la vie de Suzanne, qui restera mère au foyer quelques années. Mais le bonheur n’est pas au rendez-vous, vivre avec un homme de dix sept son aîné, aux idées « moyenâgeuses » dans une maison sans confort, n’est pas du goût de la jeune Suzon. Après mûres réflexions, elle décide de travailler, pour s’offrir une vie à la hauteur de ses rêves. Elle s’occupe de ménages et obtient un emploi de nuit à la Maison de retraite de Saint Georges. Elle s’offre des voyages dans des pays évocateurs de rêve : Vietnam, Chine, Canada, Antilles, Californie, Inde, Italie, et beaucoup d’Asie. Elle offre de bonnes études à ses enfants, son fils étudie la navigation, pour ses filles ce sera éducatrice et psychologue. Un juste retour des choses, offrir à ses enfants ce dont on a manqué. Y aurait-il eu trop de bonheur ? Non, certainement, mais le malheur frappe quand son fils se suicide à 23 ans. Après 25 ans de vie commune, elle quitte son mari. De dépression, en dépression, la douleur de l’absence est trop forte, et Suzanne multiplie les tentatives de suicide et les séjours en hôpital. Maladie et inaptitude, puis retraite. Aujourd’hui, Suzanne fait partie du GEM, mais aucun ne connaît son histoire. C’est la simplicité, la discrétion, la timidité même. Mais c’est aussi une passionnée de dessin, de peinture. Le GEM est le sauveteur de Suzanne, parce que sa convivialité n’est pas feinte. Il est si difficile de sortir de soi, lorsque l’amour a été donné mais si peu reçu. Suzanne ne peut donner de conseils aux mamans ayant perdus un enfant, peut-être par discrétion, peut-être et aussi parce que chaque cas est unique et chaque douleur est personnelle. Suzanne, que tes tourments et tes blessures se cicatrisent, et que le GEM te propose au mieux l’amitié et la chaleur d’un foyer de substitution.

