Dans le lot des infos que je vous distille, il en est une qui me tiens à cœur depuis plusieurs mois. Pierre au cours d’une promenade me racontait l’histoire du folklore Nontronnais. D’où une saine émulation avec Henri, originaire de Nontron également. Et puis régulièrement revenait l’idée de ce folklore cocasse. Je n’avais pas songé à surfer sur ce sujet, jusqu’à hier, jour où Pierre me prêtât un dépliant. Alors respirer et lisez attentivement ce qui suit :
A propos des Soufflets d'àprès M. Louis Le Cam
- Cette tradition remonte au Moyen Age. Elle n'a survécu qu'à Nontron (Dordogne) et à Saint Claude (Jura). Il s'agit vraisemblablement d'une "sotie", farce satirique au cours de laquelle le peuple s'affublait de masques et déguisements qui lui permettaient, en se défoulant, de brocarder les puissants et les riches, et notamment, les prêtres et les moines.
- La Procession avait lieu pendant la période précédant le jeûne du carême, au moment où les ripailles et une certaine licence dans les moeurs étaient autorisées. Vraisemblablement les soufllets étaient destinés à exorciser les démons se cachant sous les jupes des femmes de Nontron, les Nontronnaises ayant la réputation d'être légères et peu vertueuses.
- Cette tradition serait par la suite tombée en désuétude ; elle aurait été exportée au Mexique par un ordre religieux, et remise en honneur dans le Jura et à Nontron, par les soldats du corps expéditionnaire de retour en France, après l'echec de la conquête de 1865.
Autre thèse de M. Paul Thibaud ...
- Cette tradition serait une parodie irrespectueuse du zèle exorciseur des Pères du couvent de Saint Sauveur. Pour chasser l'Esprit du Mal des recoins où ils le soupçonnaient de se dissimuler, les "Bons Pères", vétus de blanc et munis de soufflets, se suivaient en procession, soufflant energiquement dans tous les endroits qui leur paraissaient suceptibles d'abriter les démons.
- Chanson
Nous sommes tous enfants de la même famille
Notre père était fabricant de soufflets
Non, tu ne la verras pas la couleur de mes guêtres
Non tu ne la verras pas la couleur de mes bas
Si, je la verrai la couleur de tes guêtres
Si, je la verrai la couleur de tes bas
En fasen l'amor En fasan l’amour lou perdis
I'perdi ma craveta Ma cravato
Ma craveta qu'era si brava Ma cravato qu’ero si bravo
Mon gilet qu'era violet Mon gilet qu’ero vioulet
Et mon bonnet qu'era de coutou Et mooun bounet quero de couto
Et mon bonnet qu'era de coutouT
Traduction :
Tout en faisant l’amour j’ai perdu ma cravate
Ma cravate qu’était si belle, mon gilet qu’était violet
Et mon bonnet qu’était de coton
La mascarade commence à 14 heures, sur la place de l'église. Les Soufflaculs s'alignent sur deux files, de part et d'autre de la chaussée. Le chef, en tenue de cérémonie noir et blanc, frac et chapeau haut de forme, prend place au milieu, un sifflet à la bouche. C'est lui qui donne le signal du départ et qui réglera ensuite l'allure du cortège. -1er coup de sifflet : chacun brandit le soufflet au-dessus de la tête -2ème coup : ils s'accroupissent -3ème coup : ils placent le soufflet en direction du postérieur de celui qui les précède -4ème coup : ils lui soufflent au cul en poussant des cris -5ème coup : ils se relèvent... et ainsi de suite Dès qu'ils aperçoivent une spectatrice en jupe, ils se lancent à ses trousses pour tenter de placer le soufflet le plus près possible de l'endroit où le diable est censé se cacher, puis ils regagnent le cortège, où figurent différents personnages parodiques : Dagobébert, le roi fainéant, le cocu sur son âne, la vieille "baretto", qui aurait été condamnée, selon la légende, à avoir le cul cousu parce qu'elle avait pété dans l'église...
La tradition veut que les Soufflaculs fassent une halte devant chacun des cafés de la ville et que le patron offre à boire à tous les participants. Il ne reste plus que sept cafés aujourd'hui à Nontron mais c'est assez pour chauffer progressivement l'ambiance jusqu'à la place de l'hôtel de ville où a lieu le jugement et l'incinération de Buffadou, le mannequin bourré de paille qui incarne Carnaval. Juché sur une estrade, Buffadou est publiquement chargé de tous les péchés. Il est accusé d'être fainéant, ivrogne, coureur de jupons. On lui met sur le dos tout ce qui ne va pas dans la commune : les erreurs de la municipalité, les errements de tel ou tel notable, les méfaits du temps, les problèmes économiques… C'est l'occasion d'un grand défoulement populaire qui met en joie toute l'assistance. Après quoi, le mannequin est brûlé, tandis que les Soufflaculs actionnent une dernière fois leur soufflet pour activer le feu et qu'éclatent les pétards. Tout se termine par un cassoulet géant, dans la salle des fêtes, et un bal qui prolonge tard dans la nuit la folle animation de cette mascarade d'un autre âge.

