|
Publié le 21/04/2008 à 14:25
Par geoffreyrober
J’ai toujours cru qu’être fleuriste c’était ringard… Et je finirai là ; être fleuriste, c’est mettre de la gaieté sur les trottoirs, c’est la poésie à l’état brut. J’en pleure, je souffre de n’avoir jamais offert un quelconque bouquet à personne. Si je ne peux partager mes sentiments qu’à travers l’écriture, je voudrais que mes bouquins soient des fleurs. Des roses, des lilas, des pissenlits… en pagaille. Fin
Publié le 21/04/2008 à 14:22
Par geoffreyrober
**** Ah ! Si seulement j’avais un peu plus de vocabulaire ! **** Mon Monde parfait Je me suis réveillé. J’étais toujours au chômage, quel pied ! Il devait être, je ne sais plus, 13h quelque chose comme ça ; peut-être était-il plus tôt. Après m’être levé, j’ai fait comme je fais toujours – comme je fais souvent du moins - : je suis entré dans la salle de bain, je me suis brossé les dents, je ne me suis pas nettoyé les oreilles et je ne me suis pas passé d’eau sur le visage. Ensuite je suis sorti en ville, dans ma ville : St Génése. St-Génése, incontestablement la plus belle ville de l’agglomération Ile-de-France ; une ville encore plus belle que Paris. Plus belle car ici rien n’est hors normes. Les trottoirs n’ont pas une largeur de 5 mètres, ici il n’y a pas de Tour Effeil, le stade de foot compte à peine 7000 places, on circule presque aisément au volant d’une automobile, l’élection du maire ne provoque ni joie démesurée ni de haine ou de tristesse. Ici, à St Génése, les habitants ne s’imaginent pas vivre – et à tort ! - dans l’une des plus belles villes du monde. St Génése, sans Tour Eiffel, sans guerres politiques, où le foot n’est qu’un gentil passe-temps, où les gens sont chaleureux. La mi-janvier, à 13 heures passées. Je suis sorti sur le palier, j’ai fermé ma porte à clé. J’ai descendu les deux étages pour atterrir au rez-de-chaussée. Enfin j’ai franchi l’entrée de l’immeuble et j’étais dans la petite cour. J’ai tiré le portail et j’étais dehors. Le temps était doux, très agréablement doux. Mon pull me suffisait largement, je n’avais ni chaud ni froid ; du moment que je suis dans les rues de ma ville, je suis à l’aise. Depuis que j’étais au chômage –mais même avant – je me baladais chaque jour. Cela me faisait un bien fou, non pas de côtoyer la civilisation, mais au moins de la contempler. Ce que j’aimais le plus : prendre le bus. Pourquoi ce plaisir ? Je ne sais plus, j’aimais cela. D’ailleurs ma passion des transports en commun me contraint de laisser Edgar quelques heures seul. Ben oui, seul les chiens d’aveugles – et encore je ne suis pas sur – sont tolérés dans les bus. Je ne critiquerai pas cela. Je prends souvent la ligne 6, elle mène au centre ville. Le centre ville, la foule : j’aime. **** Mais ce jour-là, j’ai raté mon bus. De peu : je suis arrivé dans la rue où se trouvait l’arrêt Voltaire et j’ai vu le « 6 », avec son clignotant, sortir de son stationnement et continuer sa route ; je n’avais plus que 50 mètres à faire. Heureusement il n’y avait là, rien de dommageable : des « 6 », il y en a toutes les six minutes. Je me suis assis sur le banc en ferraille et j’ai patienté une demi douzaine de minutes. Alors que l’arrêt Voltaire est habituellement assez fréquenté, je suis resté seul durant mon attente. La femme de mon cœur n’est pas venue. Elle se trouvait sûrement dans le bus. Là, normalement, vous vous êtes rendu compte que j’ai utilisé plusieurs fois le mot bus. Ben oui ! Mais désolé je n’ai trouvé aucun synonyme… A part « transport en commun ». J’aurai pu employer le terme « autobus » ou a là rigueur « car ». Mais un car n’est pas un bus et – de ma vie – je n’est jamais appelé un bus un autobus – alors que c’est l’appellation correcte -, je n’allais pas commencer aujourd’hui ; Encore moins pour l’écriture d’un roman. Lorsque celui-ci est arrivé, je suis monté dans le bus. C’était un bus simple – ce n’était pas un bus accordéon si vous voulez -, il y avait tout de même quelques personnes mais il restait des places assises. Je me suis « posé » aux coté de 3 mamies, dans un carré de quatre places. Elles discutaient, je ne sais plus très bien, de la pluie et du beau temps, me semble-t-il. J’écoutais d’une oreille – et encore ! – leur conversation, quand l’une d’elle me prit à parti : « Et vous jeune homme, qu’en pensez-vous ? » Je n’avais pas la moindre idée du sujet à propos duquel cette charmante vieille femme sollicitait mon opinion : « O, vous savez, je n’ai pas d’avis sur la question. Lui répondis-je, ingénieusement ( !).- Ah ! fit-elle étonnée. Je croyais que tous les garçons s’intéressaient au foot, surtout de la Coupe du Monde » Me dit-elle sans me regarder avec une voix usée – presque tremblante- de laquelle se dégageait une déception propre aux personnes âgées. La déception des personnes âgées ; c’est un peu comme la déception des enfants. Un enfant lorsqu’il est déçu : il baisse la tête, réfléchi. Il analyse le pourquoi de sa déception, il analyse les tenants et les aboutissants ; durant cette période il se renferme sur lui-même. Les vieux c’est pareil ! A la différence prés que le cerveau est moins opérationnel, alors ils se renferment simplement sur eux-mêmes ! **** J’aurai bien aimé être journaliste aussi ! **** Habituellement, dans le bus, je regarde par la vitre. Je regarde les gens, la route, les trottoirs, les bâtiments ; Je regarde ce qu’il y a voir en ville. Mais la deuxième petite vieille avait la langue bien pendue et tenait visiblement à me faire parler. Pour une fois, je ne me suis pas occupé de l’extérieur.« Qu’est-ce que vous faites dans la vie ? Vous étudiez peut-être ?- Non, j’ai arrêté au bac. En ce moment je suis au chômage. J’attends que mon agence intérim me trouve une autre mission.-Eh bien, fit-elle satisfaite. Vous ne ferez pas parti de tous ces jeunes diplômés qui ne trouveront pas boulot. Vous vous rendez compte, continua la deuxième petite vieille. BAC + 5 et au RMI ? C’est le cas de ma petite fille. D’ailleurs elle est célibataire, glissa-t-elle. Mais elle a 26 ans, peut-être est-elle un peu vieille pour vous ; Et puis peut-être êtes-vous déjà pris, un beau garçon comme vous ! » Je n’ai pas trouvé quoi que ce soit d’intelligent à répondre. Je n’allais pas déballer ma vie – comme quoi j’étais célibataire et que j’allais le rester toute ma vie – à une inconnue, aussi vieille et gateuse fut-elle.« Euh…, répondis-je. Je suis sur que votre petite fille va trouver un emploi. Qu’a-t-elle exactement comme formation ?- Je ne sais pas très bien. Elle a fait des études de communication. Ah ! Excusez-moi, je descends ici. » La deuxième petite vieille sortie de sa place en bousculant sa voisine ( celle qui était déçue ), celle qui était en face de moi, elle emprunta le couloir et se fondit dans le groupe de personnes qui descendait au même arrêt. Alors la troisième, qui ne m’avait pas encore dit mots mais qui s’intéressait fortement à moi – de la même façon que tous les vieux s’intéressent à la jeunesse ( et dont la réciproque est fausse, cela dit en passant) -, à son tour m’interrogea ; sur un sujet, d’ailleurs, tout aussi banal – ou trivial – sinon plus :« Et ou vas-tu comme ça ? » Ou vas-tu comme ça, c’est bien le genre de question qui mérite une réponse du style « Dans ton cul !». Mais la vieille femme était charmante, et je ne suis pas du genre à agresser les inconnus.« Je vais à la FNAC, le dernier album de Eiffel est sorti. Je vais l’écouter pour voir ce que ça donne. » Evidemment mon interlocutrice ne connaissait pas Eiffel ; Elle fit tout de même un hochement de tête qui me fit entendre qu’elle avait bien compris que je parlais de musique. Elle en profita pour parler d’elle :« Tu connais Serge Reggiani ? » Je ne savais pas pourquoi elle me demandait ça ; elle venait vraiment de passer du coq à l’âne.« Bien sûr, oui. Vous êtes fan ?-Comment ? Fit-elle interloquée-Vous êtes fan ? Répétais-je-Qu’est-ce que ça veut dire ? me dit-elle avec sourire- Fan ? Ben ça veut dire que vous aimez untel artiste.-Ah, alors oui, répondit-elle ; je suis même méga fan. »ajouta-t-elle avec espièglerie. Au final je n’ai jamais compris pourquoi elle me parla de Serge Reggiani« Tu écoutes quoi comme genre de musique ? » Et moi de répondre avec un léger embarras : « Je suis désolé de couper court à notre discussion mais je suis arrivé. Bonne journée et à une prochaine fois peut-être. » Après être descendu du bus, j’ai cherché mon paquet de clopes dans ma poche. Et je l’y ai trouvé ; Il n’y avait plus qu’une seule cigarette. Sur un coup de tête, j’ai jeté le paquet et son contenant dans la poubelle à proximité : je venais d’arrêter de fumer. **** Un jour, j’ écrirai le plus grand best-seller de tous les temps. Devant la Bible, Agatha Christie et Dan Brown. **** Sur un autre coup de tête, je décida de ne pas aller à la FNAC. J’ai repris le « 6 », mais dans l’autre sens. Je voulais rentrer chez moi, retrouver Edger et lui offrir une de ses balades quotidiennes. Ce coup-ci, dans le 12 roues –j’ai pas trouvé de meilleur synonyme pour « bus », et encore je ne sais vraiment combien de roues possède un bus -, il y avait sous-peuplement ; dans le fond, 5 jeunes trentenaires masculins en costume cravate papotaient boulots, parlant fort, souhaitant visiblement se faire remarquer. Je me suis assis le plus loin possible de ces gens. Une jeune femme que je n’avais pas vue s’installa en face de moi. Elle était belle ; très belle. Brune, fine mais pas maigre, les yeux marrons, les cheveux longs, le visage ovale avec les joues creuses. Elle me regarda avec tendresse et avant que je ne pus constater sa beauté, elle m’adressa la parole.« Bonjour, je crois que je vous connais non ? » Elle était belle ; trop belle. Une femme aussi belle s’intéressant à moi, c’est inconcevable.« Je ne sais pas, répondis-je après quelques secondes, complètement désarçonné par son charme et une si grande surprise. Où aurions pu nous rencontrer ? » Réussissais-je à lui demander-Je suis secrétaire à Rexm Company, m’expliqua-t-elle. Vous ne travaillez pas là-bas.-Non,… non. Dus-je avouer. Je travaille principalement en intérim mais je n’ai jamais effectué aucune mission dans cette entreprise là. Vous êtes sur le site de St Génése ?-Oui. » Le brouhaha que provoquaient les cinq imbéciles comblait le silence tombé subitement entre moi et la magnifique jeune femme. Elle m’avait répondu oui puis avait baissé la tête, l’air déçu. Je continuai à la regarder, interloqué, sans savoir quoi lui dire. Si les types du fond ne m’avaient pas tapés sur les nerfs à élucubrer, j’aurai passé le reste du voyage à la contempler.« Comment tu t’appelles ? demandais-je, instaurant un tutoiement qui me sembla de rigueur.- Nathalie. Mais tout le monde m’appelle Cindy.-Mmm… Oui. » Fis-je d’un ton goguenard en gardant une allure sérieuse et grave. Mon attitude la fit rire aux éclats.« Là j’ai du mal à suivre, lui avouai-je.-Nathalie c’est le nom de ma grand-mère. Je la déteste. Cindy c’est mon deuxième prénom. Et toi… » Je lui coupa la parole car j’avais deviné sa question « Comment t’appelles-tu ? ». Mais je répondis volontairement à coté : « Moi j’aime beaucoup ma grand-mère ». Elle souria.« Non mais, reprit-elle avec le phrasé propre à notre génération. C’est quoi ton nom ? -Maurice. Mais tout le monde m’appelle Jean-Daniel. » L’œil de Cindy restait rieur mais elle ne rigolait plus : j’allais un peu trop loin dans l’humour.« Marc, enchanté. Et je lui tendis la main-Enchanté Marc. Tu vas où ? Tu vas voir ta grand-mère ? me lança-t-elle agressivement.-Hein ? Non, non. Je rentre chez moi. » Dis-je, sur la défensive. Elle n’ajouta rien. Moi non plus. Elle venait sans doute de comprendre que j’avais un grain. Mon manque de conversation, ma personnalité antipathique semblaient l’agacer. Elle paraissait maintenant coléreuse, déçue. Elle ne me regardait pas et attendait impatiemment d’arriver à destination pour quitter ma compagnie. Bientôt le bus s’arrêta : l’arrêt Voltaire. Elle se leva sans porter les yeux sur moi. « Je descends là aussi. » dixit moi. Je ne sais pas pourquoi, elle me lança un regard captivé. Elle a dû penser que je la draguer…Nous descendîmes ensemble du bus et nous restâmes sur le trottoir, les yeux dans les yeux, un instant. J’étais debout, très proche d’elle, je pus constater que j’étais à peine plus grand : 2,3,5 cm à tout casser. Avant qu’elle ne me dise, avec le phrasé des gens de ma génération « bon ben, à un prochaine », je l’invita –dans un élan de folie-, à boire un verre chez moi. Elle ne se prononça pas, faisant une moue hésitante. Immédiatement, j’ajouta -dans le but de la convaincre- que je n’habitais pas loin. Elle accepta ; Elle n’avait rien à perdre, et puis je n’avais pas l’air d’un malade mental – les apparences sont parfois trompeuses -. *** Nous marchions côte à côte, Cindy m’appréciait semble-t-il ; je ne comprenais pas. Elle me demanda mon âge, elle se renseigna sur les différents aspects de ma personne : étais-je toujours autant dans la lune -selon son expression - ? Qu’est-ce que j’écoutais comme musique ? Elle me demanda si j’avais toujours habité la région parisienne. Elle oui. C’était en fait une vraie Parisienne mais elle dut quitter sa capitale, lorsqu’elle abandonna le domicile parental, en raison des prix élevés des loyers. Nous arrivâmes devant le portail de mon immeuble. Je sentais qu’elle n’était pas stressée à l’idée de monter chez moi. Personnellement j’avais la trouille : je n’avais jamais invité une fille à venir dans ma chambre, ni dans mon appartement. Il n’était pas encore 14H30. *** En montant les escaliers, j’appréhendais terriblement la situation à venir. Qu’allait-il bien se passer une fois que nous serions seuls ? Nous ne serions pas seuls. Edgar sera là, sa présence m’encouragera. M’encourager à quoi au juste ? M’encourager à la niquer ? Quel terme vulgaire ! De plus était-ce là mon intention ? Moi je recherchais surtout l’amour avec un grand a. Jusqu’ici, depuis ma rencontre avec Cindy, je ne m’étais même pas posé la question de savoir si cette femme - magnifique - pouvait être celle de ma vie. J’étais tellement subjugué par sa beauté… L’idée de la sauter - navré d’utiliser ce vocable grossier mais il est le mien - ne m’avait même pas traverser l’esprit, jusque là. Lorsque nous fîmes devant la porte d’entrée, j’entendis mon chien qui attendait de me retrouver avec impatience. Je chercha mes clés dans ma poche ; ma main et tout mon bras tremblaient. L’embarras, mais aussi l’amusement s’emparèrent de mon amie lorsqu’elle constata que j’avais du mal à viser la serrure. Mais je parvins à mes fins : je pus ouvrir, Edgar se dressa sur ses pattes arrières et me fit la fête - je déteste cette expression : faire la fête (cela soit dit en passant )-. « Oh quel joli petit chien ! » Les meufs raffolent des bébés, animaux ou humains. *** Elle se jeta - métaphoriquement - sur lui et l’accabla de caresses, elle le prit dans ses bras et en se redressant, s’aperçu du bordel ambiant -j’aurai pu utiliser « désordre », mais « bordel », j’adore ce mot-. « Non mais, t’as déjà fais le ménage chez toi ? » Et encore, elle n’avait pas pu voir le bureau - caché par la porte - où dégueulaient deux cendriers - mais j’ai arrêter de fumer, donc cela va s’arranger - et dont des feuilles (de classeur), en vrac et par dizaines, recouvraient la surface - et dont quelques-unes flottaient à moitié dans le vide - . Je lui ai présenté une chaise, elle s’est assise. Je n’avais à lui offrir, que de l’eau ou de la bière. Evidemment, elle ne voulu pas de la Burgbier -fameuse bière de Strasbourg bon marché que je me procure par pack de trente à Leader Price -. Après lui avoir donné un verre, je m’assis en face d’elle, la contemplant simplement, éberlué à l’idée d’avoir pu ramener une femme si belle dans mon appartement. Nous ne parlions pas, elle savait qu’elle me plaisait elle n’osait défier mon regard ; Cindy avait la tête baissé, les yeux penchés sur son verre d’eau. Nous restâmes trois minutes ainsi, dans un silence léger, dans un bien être ; Jusqu’à ce qu’Edgar, par un comportement que j’avais appris à décoder, me fasse comprendre de sa nécessité d’aller faire ses besoins. « Mon chien doit sortir, ça te dis d’aller te promener ? » Elle se redressa, m’observa. Sans doute elle avait cerné un peu mieux ma personnalité : j’étais loin d’être l’homme parfait, un peu dépressif, un peu simplet, sans grande conversation. Il y avait bien un détail encore sur lequel elle n’avait pas mis le doigt. Nous sortîmes, il faisait très beau ; pas de vent, un ciel bleu ensoleillé, un climat terriblement agréable. *** Sur l’avenue, juste elle et moi ; Edgar en laisse. Nous prenions la direction du square Morris ; Toujours nous ne parlions pas. Je regardais droit devant moi, à un moment elle leva les yeux sur moi et fut prise d’un rougissement. Mon attitude lui plaisait. Allez comprendre les femmes ! Alors elle me prit la main. Sans que je m’y attende. *** J’ai détourné mes yeux vers les siens ; J’ai, à mon tour, rougi et j’ai senti une chaleur naître dans mon estomac ; Une chaleur qui parcouru mes veines, qui habita tout mon corps ; je n’avais jamais été aussi bien. Cindy -elle aussi, je le percevais- ressentais une forme de bien-être, inconnue pour elle mais moins intense que celle que je vivais à cette heure. Nous nous sommes assis dans le square Morris. Je me trouva étonné d’avoir su garder aussi longtemps la compagnie de magnifique amie. Cette sublime femme, épanouie, que mon silence ne dérangeait nullement, restait imperturbable, perdue dans des pensées sans doutes angéliques, à mes côtés, Edgar un peu plus loin, pissant contre un arbre. Quand soudain : « Il va falloir que je rentre.-Ah bon, pourquoi ? m’insurgeai-je presque.-Eh bien voilà, c’est comme ça. Il fait un peu froid et j’ai besoin de repos.-On pourra se revoir ?-Oui. Tu veux mon numéro de téléphone ?-Bien sûr. Qu’est-ce que tu fais ce soir ? Ca te dit d’aller au ciné ?-Mmm… fit-elle. Tu veux m’emmener voir quel film ?-N’ importe. Celui que tu voudras. Pourquoi pas le dernier Rocky ?-Oooh… geint-elle, je ne suis pas emballé par ce genre de cinéma.-Ben tu aimes quoi comme genre de film, lui demandai-je.-Les films d’amours ! s’emporta Cindy, les films où on pleure à la fin ! Ou alors les films d’aventure, reprit-elle après avoir retrouvé son calme.-C’est que je ne sais pas ce qui passe au ciné en ce moment. Mais de toutes façons c’est toi qui décides de ce que l’on ira voir. » Elle avait posé ses mains sur mon poignet en suggérant sa passion pour les histoires d’amour. Elle me donna un grand sourire, les yeux dans les yeux, puis se leva. « A ce soir. » Et Cindy s’en alla, avant que je lui rappelle un détail d’importance. « Tu m’as pas donnée ton numéro ». Elle me le dit à haute voix et une seule fois, et tenta de reprendre sa route. « Tu veux que je te raccompagne ? »Lui lançais-je. *** 17 heures passées, j’étais de retour chez moi. Nous avions, Cindy et moi, rendez-vous à vingt heures devant le multiplex ; nous allions voir « Quand la neige tombe au Sahara ». Je n’avais pas entendu parler de ce film. D’après ce que m’en avait dit Cindy, il s’agissait d’une œuvre forte en émotions, en beaux sentiments… Cool ! 17 heures passées… Je n’avais encore jamais eu de rendez-vous avec une fille - encore moins avec un homme d’ailleurs - ; pourtant, je ne stressais pas trop, persuadé de me montrer à la hauteur. Quel chance que le défaut d’arrogance ! *** Un jour, j’écrirai le plus beau roman de tous les temps *** Mais à 19H30 pourtant, sur le parking du cinéma, le stress était monté. Je dirais que j’avais 16 de tension mais c’était peut-être plus. Je me suis présenté devant le hall d’entrée, à l’extérieur, mais Cindy n’était pas là ; pour patienter j’ai voulu allumer une cigarette, alors en fouillent mes poches, et n’y trouvant pas de paquet de malboro, je me souvins que depuis peu, je faisais l’effort de me refuser le plaisir de la nicotine. La volonté, quelle connerie ! *** Depuis plus d’une demi heure j’ étais assis sur une rambarde, les jambes ballantes, regardant les gens. Les gens qui rentraient dans le cinéma, ceux qui en sortaient et qui critiquaient le film qu’il venait de voir - parfois en bien, souvent appuyant sur les points négatifs -. C’est dingue ça, à penser que si on repère ce qui a était mal fait dans une œuvre, on est meilleur juge que celui qui a surtout retenu ce qui fut bon. Un jour, j’écrirai et je réaliserai des films. *** A 20H20, enfin, et soudain, m’apparue ma belle brune. « Il était temps, lui fis-je, la séance commence dans 5 minutes.-Je suis désolée mais il y avait du monde sur la route. » Etant donnée la distance - moins de 3 km - qui séparée l’habitation de Cindy du cinéma, l’excuse n’était pas valable, mais je n’allais pas lui en tenir rigueur. Et ce pour deux raisons. Primo, le film que nous allions voir ne m’emballer pas ; secondo, je n’allais pas prendre le risque de foutre en l’air le premier rencart de mon existence. « On boit un verre ou on va dans la salle tout de suite ? - Il faudrait peut-être acheter les tickets. » Triomphalement je présenta à son regard, les deux billets imprimés « Quand la neige tombe au Sahara ». « On boit un verre alors ». Nous nous sommes installés au bar situé derrière les guichets ; j’ai commandé un scotch et elle, sobrement, un martini. Encore, nous n’avons presque rien dit, 5 minutes qui me semblèrent une éternité. Une éternité en tête à tête avec un ange. Fin de Mon Monde parfait. Voilà que mon histoire s’est terminée ; une histoire où l’épilogue n’a pas de rapport logique avec ce qui le précède. Pour un instant de poésie… Un instant. Définition : un bref moment. Un bref moment pour repenser à Amélie Nothomb ; présenter les excuses de mes critiques acerbes, la remercier de publier chaque année un nouveau roman et ainsi de permettre ( avec d’autres ) à la littérature de garder la tête hors de l’eau. Un bref moment pour repenser à George Sand ; j’ai fini Consuelo : ça tue ! Oserai-je vous faire part de mes émotions ? J’ai pas chialé à la fin, mais la narration des aventures de l’héroïne n’est pas terminée et bientôt je m’attellerai à la lecture de « La Comtesse de Rudolstadt»… Quand j’aurai fini le premier livre de « Guerre et Paix ». Quand j’aurai fini ma prochaine cigarette… Quand j’aurai fini la prochaine cigarette, peut-être que je n’aurai plus mal, peut-être que j’aurai envie de chanter en écoutant de la bonne musique. Ou bien de me livrer à une grande entreprise littéraire… Quand j’aurai fini cette cigarette, peut-être que je me mettrai un bon film ; disons The Good, the bad and the ugly. Peut-être que j’irai matter le match dans un bar ou que je regarderai Envoyé Spécial ; peut-être que j’oublierai ma douleur, que je me ferai une raison, que l’existence me semblera plus douce. Douce… comme le sourire des femmes. Des femmes de mon cœur, celles à qui je pense sans cesse, qui m’ont aimées, que je regrette. Au mépris que j’exerçais, par puériles orgueil et vanité, sur Mme Lévigne professeur de français. Aux désintéressements des cours de Mme Nicolas, superbe prof de français ; aux désintéressements des cours de Mme Malfreyt, prof de français plus sublime encore. A l’incompréhension de mes notes reçues de M. Waldmann, anarcho-professeur de français. Aux cours de Mme Bordes, prof d’anglais et de français, où j’ai pu -en une seule année- mettre plusieurs fois à l’épreuve ma créativité, et où j’ai découvert le point virgule. A toutes ces années passées, aux regrets des larmes versées à la cause d’une fantasque mélancolie, à l’idée que je me faisais de ce que l’on appelle la bohême. Comme si je représentais l’image que l’on se fait de ce qu’un auteur doit être. Comme si j’étais l’initiateur d’un nouveau mouvement littéraire… J’appellerai ça le romantisme réaliste. Et puis surtout, je m’en fouterai pas mal des invectives qu’on me lancera. J’avais rêvé d’amour, de poésie et de gloire. J’avais rêvé de douleurs consolées. D’avoir un ange à mes côtés. De toucher le cœur des gens comme le ferai un bon texte de rap. De ne pas voir s’éloigner mes vingt ans dans la déception. D’afficher mon nom au panthéon. De conserver mes amis jusqu’à la mort, de conserver mes douces conceptions de l’existence jusqu’à trépas. D’écrire les plus beaux romans francophones (mais George Sand m’a devancée). J’avais rêvé de me taper les plus belles meufs, d’amour et de philosophie. J’ai rêvé jusqu’aux larmes, d’une vie rayonnante comme sont émouvantes les chansons de Reggiani De toucher toutes les gloires… De passer toutes mes nuits en club… D’écrire les plus beaux romans francophones et de gagner le prix nobel. De me droguer à la coc’ et aux tazs. D’être perdu au milieu d’une civilisation occidentale décadente ! J’ai cru en un espoir pour l’humanité, à la bonté de tous… J’ai pensé ne pas être un surdoué, ne pas avoir à commenter mes écrits pour les faire accepter. J’ai toujours cru écrire pour les personnes de mon âge.
> Ajouter un commentaire
 |
|
<
|
Avr. 2008 |
>
|
| L |
M |
M |
J |
V |
S |
D |
| | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | | 28 | 29 | 30 | | | | |
Noter ce blog :
307 connectés
4323 visiteurs
|