Avant de reprendre le cours normal de nos existences...un reportage d'une lectrice non-pratiquante(pas encore!) de taïchi qui a une plume alerte et qui a des connaissances historiques et littéraires à n'en plus finir!(Merci Marthe!)
Les Bouchauds.
Le 27 je suis allée à la (célèbre)foire de Rouillac (Charente !) et, comme je n’ai qu’un millier de livres à la maison, j’ai trouvé le moyen d’en rapporter encore. J’ai acheté un petit ouvrage sur les ruines gallo-romaines des Bouchauds. C’est un site magnifique situé à quelques kilomètres d’Angoulême. Je l’ai découvert par une après-midi d’été en allant écouter « les Tambours du Bronx ». Le site se prêtait merveilleusement bien à ce spectacle. Il en magnifiait la puissance et lui donnait du sens. Le décor naturel, sauvage, et champêtre en faisait un spectacle primitif, et puissant. Quand le soleil s’est couché sur cet ample amphithéâtre à l’air libre, tout gazonné et entouré d’arbres, où palpitaient, comme un cœur indompté, les battements sauvages des Tambours, je me suis crue dans quelque cérémonie religieuse païenne. Aussi c’est avec plaisir que j’accède à la demande de Marie France et que je vous résume ce petit opuscule.
Les Bouchauds sont en fait les restes d’une ancienne cité gallo-romaine nommée Germanicomagus qui comprenait un théâtre, un sanctuaire, des habitations ordinaires, sans doute quelques riches villa, avec bassin à huîtres, des thermes. C’était une ville relais, située à 1,5 kilomètre de la Via Appia, qui reliait Limoges à Saintes.
L’ensemble n’a pas connu de destruction brutale mais la ville a été progressivement abandonnée, puis totalement désertée dans le courant du 4 ème siècle après Jésus-christ.
Le sanctuaireIl occupe une superficie d’un demi hectare, a été construit au premier siècle après JC, et au 3ème siècle on a reconstruit l’ensemble. Au début du 4ème , le sanctuaire est encore fréquenté. Il se compose de deux parties, avec quatre temples, et des constructions diverses. Généralement, les temples étaient entourés d’un sol en tuileau, et leur façade était recouverte d’un enduit de couleur rouge carmin. Au début, dans l’un d’entre eux, nous avons un temple avec une seule salle, comme dans les temples indigènes, puis on a rajouté une petite salle, sans doute « pour faire plus romain ». On peut dater grâce aux monnaies trouvées et à la stratigraphie. La variété des constructions est à souligner car rare, alors que les dimensions de ces bâtiments sont très modestes. En fait, ces temples romano-celtiques semblent plus celtiques que romains. Cela se voit à la galerie existante, car les Gaulois avaient l’habitude de marcher en procession autour de la statue pendant leurs dévotions. Le plus grand bâtiment situé dans l’enceinte sacrée, est curieux, imposant, les murs revêtus de stuc. Il se voyait de très loin, y compris de la route située à environ 1500 mètres. On ignore tout à fait sa destination, de même que l’on est surpris par le manque d’accès direct entre la zone sacrée et le théâtre.
Le théâtreSitué à côté du sanctuaire, c’est lui qui fait le renom des Bouchauds. C’est un des plus grands de la Gaule rurale. Il mesure 105,60 de diamètre maximum, autant que le théâtre d’Orange ! Il est situé dans une pente de 35%, qu’il a fallu creuser. Les gradins présentent aujourd’hui un dénivelé de 14 mètres sur une distance de 27 mètres, soit une pente de 50% !
Il se compose classiquement des gradins ou « cavea », de « l’orchestra », les « vomitoires » ou accès et la scène. On devait s’asseoir sur les bancs de bois sur 31 rangs.
L’orchestra, c’est l’espace semi circulaire au pied des gradins, est d’une très grande originalité. En effet, elle est beaucoup plus réduite que partout ailleurs, un genre de podium sépare gradins et orchestra et on y trouve 3 rangées de gradins. Tout ceci est aussi inhabituel.
La scène forme un grand rectangle de 34 sur 6,26 mètres.
Finalement, il semble que le théâtre soit aussi une construction du Ier siècle, remanié au 2ème ou début du troisième, transformé à la mode gauloise. Les plus riches s’installaient autour de la scène et les plus pauvres au « poulailler ». Ce n’est pas très original, par contre chacun entrait et sortait par des entrées spéciales. En 2000 ans nous avons fait de gros progrès : de nos jours je peux rentrer par la même porte que Monsieur le préfet ! La scène étant trop petite, il est certain que ce n’était pas un bâtiment destiné à des représentations théâtrales, mais à des manifestations religieuses, et c’est pour cette raison que le bâtiment d’origine à été remanié.
On a trouvé peu d’éléments de décor mais ceux qui existent sont de toute beauté et impliquent des équipes d’artisans et d’artistes de haut niveau.(Sculpteurs) De même le plan, et l’adaptation au lieu supposent l’intervention d’architectes concepteurs de qualité.
Les habitations.
D’avion on a repéré en 1992, au sud de la colline, sur une quinzaine d’hectares un ensemble de structures enfouies. Plusieurs puits ont été vidés et on en a retiré des objets dont une statuette représentant peut-être le Dieu de l’abondance. On a aussi trouvé un établissement thermal, un bassin de 12 m sur 5, et un aqueduc de 2500 m, qui amenait l’eau d’une source voisine. Son débit, de 10m3 /heure était insuffisant pour approvisionner la ville, mais on y trouvait au moins 3 puits. On a aussi découvert des bassins à huîtres, ce qui implique l’existence une riche propriété. On ignore le nom des commanditaires mais on peut avancer qu’il s’agit d’un notable de Saintes, appartenant à l’ordre équestre ou sénatorial. Il possédait une somptueuse villa dans le coin et il a décidé « d’investir », et de construire autant pour sa propre gloire et celle de sa famille que dans le souci de s’enrichir davantage.
« Les Bouchauds offrent donc une superbe illustration de ce que fut le monde gallo-romain, mélange de tradition celtique et de nouveautés apportés par les conquérants. » Alors que dans les grandes villes on fait des copies conformes de la ville romaine, dans les petites villes on mélange, on adapte et on recrée.
Un conseil : si vous ne connaissez pas Les Bouchauds, allez-y vite !
Avec les souvenirs de vacances, la rentrée est moins dure...
MF
