Un petit conte extrait du petit recueil de Henri Brunel : "Nouveaux contes zen " édités en Librio (à deux euros)
Le jeune homme s’installe parmi les fleurs, sous le saule au doux ombrage. Les jambes repliées en lotus, le torse droit, les yeux mi-clos, les mains au périnée, (la droite sur la gauche selon la tradition indienne), la respiration égale, il commence sa méditation. Mais bientôt, le bavardage des oiseaux, les poissons dans l’eau claire, qu’il aperçoit furtivement sous ses paupières baissées, le distraient. « C’est intolérable -dit-il.Je ne puis méditer dans ces conditions ! »
Alors, il décide de supprimer radicalement les causes de sa dissipation. « Je suis assis en zazen parfait et ces stupides animaux viennent me déranger ! »
Mû par une juste colère, il se lève, tue les oiseaux et les poisons, et, afin d’en être définitivement débarrassé, il en fait son repas .Il reprend la position. Mais à peine a -t-il fermé les yeux, concentré sa pensée, qu’il sent son estomac gargouiller, tripes et boyaux se révulser : il a trop mangé, il ne peut toujours pas méditer !
Ce ne sont ni les oiseaux ni les poissons qui nous troublent-dit le sage zen, mais la façon dont nous les accueillons.
