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Publié le 19/07/2009 à 10:01
Par Lenice Barbosa
Il y a voyage et voyage. Ceux qu’on peut faire tous les ans, et ceux qu’on ne fait qu’une fois dans sa vie. Le transsibérien fait parti de la seconde catégorie, celle que le mythe précède, un voyage dont le trajet est à savourer lentement.

Dans notre cas, nous avions décidé de faire une boucle que presque personne ne fait, c’est-à-dire départ de Vladivostok, passage à Irkoutsk (lac Baïkal), puis descente vers Oulan-Bator et Pékin. Au total, 7 jours de train pour un total de 7500km, agrémentés de quelques étapes pour profiter quand même du voyage. Entre le départ de Seoul et le retour à la maison, 3 semaines d’anecdotes et de fatigue

Publié le 19/07/2009 à 10:01
Par Lenice Barbosa
 

Et oui, on peut vraiment parler d’anecdotes dans ce voyage, notamment pour le passage à Vladivostok. Imaginez : tout le monde connaît ce nom, tout le monde pense à une ville mythique construite autour du port par des colons Russes, riche du commerce avec ses voisins asiatiques… En fait, si vous souhaitez garder cette idée, le mieux sera de ne pas passer par la ville. On peut dire que la surprise est de taille, tellement elle n’arrive pas à sortir du mythe et à se moderniser, la ville déçoit : ses bâtiments tombent en ruine, polluée par les innombrables voitures qui sillonnent sans but les rues, les habitants ont oublié depuis longtemps que certaines personnes devaient vaguement connaître le nom de cette ville à Moscow (le contrôleur de la gare peut-être) pour se tourner vers l’importation de voitures d’occasion venues du Japon. La ville est grise, la seule couleur qu’en tirent les habitants vient de la Vodka, qui permet au quidam de confondre facilement son lit avec le macadam de la rue qui traverse la ville depuis notre hôtel.

  

Hôtel dont il faut bien parler. En effet, seuls nous n’aurions pas deviné qu’il s’agissait d’un hôtel depuis la route. L’astuce est de rentrer dans le hall depuis le toit, car l’intrus qui essaierait de pénétrer par l’entrée principale verrait le fronton du bâtiment certainement lui tomber sur la tête vu l’état de l’édifice. Heureusement, à l’intérieur, c’est mieux… mais ça ne nous fera pas oublier la ville. Je retiendrai quand même que les femmes Russe font un effort pour sortir la tête de l’eau, elles sont réellement élégantes et n’ont rien à voir avec la gent masculine.

  

Pour moi, le passage à Vladivostok n’a donc été que trop long. Surtout que les heures des billets de train sont à l’horaire de Moscow et cela retarde de 7h notre entrée dans le wagon. Il n’a pas fallu tant de temps pour que les habitants de ce village se donnent le mot que des étrangers étaient en ville. Ils faisaient presque la queue sur le rue principale avec leur voiture de luxe pour voir la petite noire aux cheveux bouclés qu’ils espéraient voir partir au plus vite. Bref, une impression étrange pour moi, les voitures s’arrêtaient en pleine rue pour m’observer, les piétons n’étaient pas moins discrets. L’entrée dans le train a été un soupire de soulagement qui allait me permettre de couper avec cette opression pendant quelques jours, le temps d’arriver à Irkoutsk.
Publié le 19/07/2009 à 10:00
Par Lenice Barbosa
Quand nous sommes rentrés dans la cabine, les deux autres places n’étaient pas occupées. Nous étions presque seuls dans le wagon. Le train était bien propre, et nous avions la chance d’être dans le wagon avec la douche (chance dont nous ignorions l’existence avant de tester les autres trains – sans douche !). Fabien était euphorique.

  

Mais la fête a été de courte durée. En effet, les intendants du train se sont chargé de rendre notre voyage un calvaire. Un oreiller de perdu, c’était nous qui l’avions volé, on entre prendre une douche, en fait nous n’avons pas le droit (l’intendant ne parlant pas anglais, nous avons mis du temps avant de comprendre que c’était en fait payant). Tout se fait dans une ambiance détestable et bientôt je vis un cauchemar. A notre réveil, deux nouveaux passagers dorment dans notre cabine. Ils sont rentrés pendant la nuit et sont tous les deux militaires, comme la plupart des autres passagers. Dans ce sens, le Vladivostok-Moscow n’a rien de touristique, et cette ambiance très masculine ne rassure pas la seule femme du train que je suis.

 

Heureusement, après une bonne journée de route et le départ d’un des deux autres passagers de la cabine, nous arrivons enfin à communiquer avec Irmar, un jeune militaire qui part pour son Daghestan natal, où sa future épouse l’attend. Il prend 3 trains depuis Khabarovsk pour aller retrouver sa famille, 12 jours de train au total, 50 jours de permissions. Nous arrivons à communiquer grâce aux lexiques du Lonely Planet que Fabien a pris avec lui. Bref, le voyage se transforme au fur et à mesure que nous arrivons au lac en quelque chose de plus conviviale, le serveur du train se joint bientôt à nous pour discuter avec son anglais scolaire qui nous permet de rigoler un peu. Il en profite pour demander à Irmar de l’approvisionner secrètement en Vodka. Finalement, après quelques verres, il finira par nous avouer que pour un Russe comme lui, son pays avait besoin de moderniser sa pensée, surtout envers les étrangers. Mais ça, nous l’avions déjà compris ! A côté de tout cela, il y a bien sûr le paysage. Un paysage vert et désert, pas beaucoup de population, des arbres et de la taïga, celle que nous voyons d’habitude depuis l’avion lorsqu’on vient d’Europe vers l’Asie. Le paysage est finalement beau et pur, la vision n’est pas polluée par des constructions. Le ciel est bleu, ce qui laisse présager du beau temps pour les jours à venir. Malheureusement, le troisième jour de train verra apparaître la neige et le froid.

 

A l’arrivée à Irkoutsk, nous sommes assez émus de devoir nous séparer de nos deux compagnons de route. Finalement, ils nous ont aidés à acheter notre nourriture aux gares, et à comprendre le fonctionnement du train. Qui aurait cru que l’on aurait été triste de quitter le train après cette première nuit cauchemardesque ?  Finalement notre seule inquiétude vient du temps. Nous avons rencontré beaucoup de neige sur la fin du parcourt, et nous fonçons m’acheter une veste un peu plus chaude. Même si notre guide nous rassure en disant que là où nous partons le lendemain, il fait plus chaud, nous pensons au fond de nous que nos shorts auraient sans doute du faire place à un pantalon et une veste d’hiver dans nos bagages ! 
Publié le 19/07/2009 à 09:58
Par Lenice Barbosa
Baïkal en Mongole signifie nature, et en arrivant là on comprend pourquoi.  Encore faut-il laisser rapidement Irkoutsk, sa sévère banque d’URSS, ses bâtiments gris etc… Une chose que nous avons apprise à Irkoutsk est qu’il ne faut surtout pas prendre les hôtels pour des endroits qu’ils ne sont pas : des lieux pour dormir. En effet, même si le fronton bétonné du bâtiment soviétique qui nous servait d’hôtel a vite été effacé de nos mémoires par l’entrée plus luxueuse, l’arrivée au troisième étage a définitivement balayé nos illusions. Restaurant face aux chambres, discothèque un peu plus loin, salon de massage aux hôtesses mini-jupées, nos premiers pas sur un sol incapable d’être plat nous donne l’impression d’être arrivés dans une cage à lapin déguisé en château avec l’aide d’une moquette et d’un bout de papier peint. Dans notre chambre, rien ne correspond avec ce qui avait été vu sur le site internet. La prise du ventilateur ne correspond pas à la prise murale, les pointes du lit ressortent, le papier peint s’arrête à la silhouette du lit, comme la moquette d’ailleurs, la table de nuit a été en partie démontée. A minuit, une hôtesse nous appelle pour savoir si on souhaite l’intervention d’une jeune et jolie russe… avant que la discothèque ne démarre à 2 :00 du matin pour nous empêcher de dormir. A 8 :00 du matin, la réception nous appelle même pour nous indiquer qu’il s’agit de l’heure limite pour dégager. Ce que nous nous empressons de faire…

  

Heureusement, toute la Russie n’est pas comme Moscow, et Irkoutsk n’est pas le lac Baïkal, tout juste une ville à proximité. Le départ vers le lac se fait donc dans l’expectative. Quel hôtel va-t-on avoir là-bas ? Et surtout quel temps ? Sur le plateau qui mène à Olkhon, l’île la plus célèbre du lac, il y a 40 cm de neige à certains endroits. Avec les Américains qui voyagent avec nous, nous rions jaune… Mais finalement, à mesure que nous arrivons vers l’île, le paysage devient plus sec, moins froid aussi. Et l’arrivée sur le lac est majestueuse. Que dire de l’île ? Un énorme caillou aux bords affutés qui émerge bien au-delà des profondeurs du lac (plus de 1000m de profondeur), sec et dur au sud, qui devient arboré et vivant au nord. Notre village est à la frontière des deux zones, au bord d’une falaise incroyable qui monopolisera notre regard toute la soirée ; le temps aussi de se rendre compte de l’importance du chamanisme (sauce bouddhiste Tibétaine – avec la présence d’écharpes en soie) dans la région. Les peuples qui habitent ici sont avant tout les Bouriates, peuplade nomade d’origine mongole dont le lac reste l’un des 5 endroits les plus importants pour la pratique de leur religion, ce qui explique les « totems » autour du lac.

   

Nos trois jours passés sur ce bout du monde nous aurons permis de découvrir une île très belle, aux contours accidentés et spectaculaires. La vue est magnifique, les reflets du soleil sur le lac crépitent sous l’horizon chargé de nuages. L’air est frais mais on s’y habitue bien finalement. On a envie d’y passer du temps pour se reposer l’esprit et oublier le monde oppressant des buildings coréens. Là, tout n’est qu’espace et air pur, un espace infini aux dimensions colossales fait fasse à l’homme. L’auberge est également un lieu appréciable de ce voyage. Le propriétaire, Nikita, est un ancien champion de tennis de table. Il a construit son petit hôtel dans l’esprit du village, en bois, et le visiteur se sent rapidement chez lui. Les visiteurs francophones peuvent également être invités dans le centre culturel français que Nikita, francophile averti, a construit là, pour les enfants de la région. Nous y sommes d’ailleurs invités le dernier soir avant notre départ, et c’est avec grand plaisir que je peux répondre aux questions des enfants. Cette dernière soirée sera également celle du solstice, une nuit sans obscurité, où même si le soleil n’est pas vraiment visible, on en perçoit la clarté toute la nuit.

   
 

Le retour se fera une fois encore par Irkoutsk, passage obligé pour les voyageurs du Baïkal. Sur le chemin, on rencontre un grand père qui arbore sur sa poitrine ses médailles d’un passé communiste. Cette fois-ci, nous laissons les bagages chez une habitante qui nous fait regretter de ne pas avoir passé la nuit de l’aller chez elle… Au soleil de 16 :00 les Russes sortent sur la place principale de la ville. Les jeunes sortent les bouteilles de Vodka, un homme fait un coma éthylique devant nous… Il est vrai qu’entre le mot eau en Russe et le mot Vodka, il n’y a qu’une lettre qui change, cependant est-ce si nécessaire pour les Russes de boire autant ? L’alcool semble être le seul remède d’une population qui vit quand même misérablement (psychologiquement autant que financièrement). Un état de délabrement qui m’impressionne beaucoup et qui donne à penser sur ce pays que sont en train de construire Vladimir & Co.

   
 
Publié le 19/07/2009 à 09:57
Par Lenice Barbosa
En partant dans le train de Oulan-Bator (nom qui signifie « Héro Rouge » en Mongole - vive la révolution communiste !), nous sommes évidemment sur la défensive tant le trajet précédent a mal commencé. Heureusement, sur ce tronçon, le wagon dans lequel on nous a situés est rempli uniquement de touristes, et surtout les intendantes Russes sont assez sympathiques. Nos voisines de cabines viennent de Finlande mais ne sont pas vraiment décidée à parler avec nous, il faudra attendre les dernières heures de trajet pour finalement parler avec elles et découvrir « [qu’]au lieu de courir après les Ours, les Finlandais auraient sans doute mieux fait de travailler leur architecture et leur gastronomie ». 



La cabine d’à côté est occupée par des français qui font le trajet depuis Moscow. Un des occupants parlant Russe, cela nous aide aussi à comprendre ce que dit l’intendante. L’essentiel du premier jour de trajet se faisant de nuit, nous n’aurons pas la chance de revoir le paysage du bord de lac. Le lendemain est consacré au passage en douane. Au total 11h d’arrêt pour les formalités et changer de locomotive. En effet, seul notre wagon passe la frontière. On en profite pour aller manger, se doucher. Les douaniers refroidissent l’ambiance, notamment quand nos deux voisines décident de ne pas remplir leur déclaration de douane puis qu’elles balancent depuis le deuxième étage leurs sacs à dos sur les chaussures de la contrôleuse. Le genre de chose à éviter en Russie…  Une fois la frontière passée et la ville de Suche-Bator (« Suche le héro », du nom du héro mongole de l’indépendance du début du 20ième siècle) et ses habitations soviétiques traversées, nous commençons à voir la steppe mongole. Déjà les Gers (nom mongole qui remplace facilement le nom Russe Yourt) sont visibles dans la pleine qui tapisse l’horizon. Les habitations sont entourées d’animaux, surtout des chevaux. Le paysage est stupéfiant, tellement loin de la Taïga sibérienne.



Le lendemain, c’est l’arrivée à Oulan-Bator, ville construite avec l’aide des Russes, et déjà on a envie de repartir à la campagne…
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