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Publié le 21/02/2008 à 16:24
Par iikhouane

L'enthousiasme de Véné la faisait sourire
Quelle verdure dans la jeunesse
On a beau pu rallonger la vie à plusieurs siècles, il y a toujours dans le premier siècle une sève, une fraicheur que toute la technologie du monde ne pouvait égaler
Véné allait vers ses soixante ans, un enfant!
Il est enthousiaste pour la cause, comme sont enthousiastes tous les jeunes
Mina ne comptait plus le nombre de ceux qui juraient se battre avec elle jusqu'à la dernière minute de leur vie et qui cinq six ans voire dix ans plus tard commençaient à se fatiguer à soutenir une cause aussi à l'encontre de l'intérêt de tout le monde

Tout le monde voilà une expression qui la faisait sourire, tout le monde ne comprenait bien sûr que les habitants de la planète
Les victimes, elles, ne font pas partie de tout le monde
D'ailleurs, on ne veut pas voir qu'il y a des victimes
Et si on arrive à les voir, on leur conteste le statut de victimes

Mais aujourd'hui elle avait une réunion avec l'idole de la planète, avec le chevalier sauveur, responsable aussi de toutes les injustices

Mina n'attendait rien de cette réunion sauf une certaine renommée, et cela en lui-même n'était pas à dédaigner
Elle allait se battre comme à son habitude avec toute son énergie
Elle sera certainement moquée, mais quelque chose restera de ses paroles..Peut être que l'idole des masses un jour se souviendra t il de ses paroles
Peut être que comme tous les idéalistes qui ont concrétisés leurs rêves arrivera t il à revenir sur ses pas
Ce serait une révolution
Mais Mina ne s'attendait pas à ce que cela arrive de sitôt

Une seule goutte peut-elle briser un rocher en deux?
Oui si des millions de les gouttes d'eau pendant des millénaires n'ont pas cessé de tomber au même endroit

- Bonne chance Mina dit Véné
- Merci Véné, nous y sommes dit-elle en souriant
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Comme il s’y attendait, la réunion était houleuse
Les bons sentiments sont la chose la moins inoffensive du monde lorsqu’ils n’apportent aucune solution
Il regarda Mina
Son indignation était réelle,
Ses lèvres tremblaient
Elle avait pourtant passée depuis assez longtemps la prime jeunesse. Se dit-il
Elle était mariée, son mari semblait en forme physique normale. ce n’est donc pas un transfert sexuel

Non, elle avait une conviction
Elle l’étalait
Mais cela servait à quoi ?

C’était son tour de parler
- Madame Mina s’entendit-il dire, vous êtes évidemment convaincue de ce que vous dites, car vous n’êtes plus de prime jeunesse et il ne s’agit point d’un sentiment provenant d’un transfert sexuel
- Sauf votre respect Monsieur, j'aimerais qu'on s'attarde moins sur mes motivations physio--phycologiques que sur mes idées
- Vous voulez sans doute dire psychologique, vous n'êtes pas une algue je présume. Hélas pensa-t-il à part lui, des branches entières de ce qui jadis était considéré comme une science disparaissait, il n'en restait que des termes utilisées hors de leur contexte
- Ainsi, vous pensez que c'est une barbarie de priver les autres planètes de leur sève pour transporter leur énergie dans notre maison?
- Je parle uniquement des planètes ou il y a une vie, voire seulement les planètes qui contiennent une vie consciente, nous ne pouvons pas assassiner des milliards d'individus pour faire durer de quelques dizaines d'années la vie sur notre maison
- Vous proposez donc un long suicide, car vous savez bien que jusqu'ici même en puisant l'énergie des planètes sans distinction de leur capacité d'héberger une vie nous n'allons pas très loin, j'ajouterais à cela que les transferts d'énergie depuis une planète vivante est de trois cents à cinq cents fois plus utile car les conditions d'e l'environnement de la planète sont toujours voisines aux nôtres
- Mais c'est éthiquement inacceptable, c'est comme à l'époque barbare ou nous assassinions d'autres êtres vivants et mangions leurs cadavres
- A mon avis à l'époque nous n'avions guère d'autres choix
- C'est abominable cria Mina

- combien représentez vous, deux pour cents à tout casser de l’opinion, admettons que l’avenir vous donnera raison ce dont vous ne doutez pas et ce dont je doute, nous sommes dans le présent, épargnez-nous vos sentiments élevés ou trouvez moi une solution. Viable et économique de rechange
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Je suis l'inventeur du concept de transport d'énergie, c'est un peu grâce à moi que des milliards d'individus vivent encore dans notre Maison, que nous continuons d'avoir des réunions et que nous vivons tout simplement

J'ai depuis reçu les plus grandes distinctions, om m' a proposé les postes les plus lucratifs et ceux qui apportent le plus d'honneur, mais j'avais trouvé ma vocation: Faire durer la vie de notre maison, depuis je parcours l'univers à la recherche de planètes

A ce jeu là aussi, je suis bon, parmi les milliers de chercheurs de planètes j'ai toujours été celui qui en dénichaient les meilleures, à mois tout seul j'ai du apporter quelque chose comme cinq ans de vie é toute la planète en énergie, un record inégalé mais hélas loin d'être suffisant à long terme
Je suis un artiste dans l'âme. J'aime à sentir les choses sur lesquelles j'interviens, Je suis en quelque sorte leur mémoire.

Je suis un homme d'honneur aussi, sinon serait-je en train de faire ce que je fais?

Je suis le seul homme marié qui a des enfants et qui s'en va à la recherche de sources d'énergie vitale pour notre planète, notre maison.

Pour les plus jeunes d'entre vous, qui croyez que notre Maison a toujours été ainsi, je donne un bref aperçu historique.

Notre maison était une planète dans laquelle nous vivions en espèce dominante, et nous utilisions ses ressources pour vivre
Ainsi, nous élevions d'autres espèces que nous dont on se nourrissait
Nous étions devenus des milliards, et nous devions élever des dizaines de milliards d'individus provenant d'espèces différentes.
Chaque espèce avait les spécificités de sa chaîne alimentaire, nous utilisions une bonne partie de notre eau à irriguer des surfaces impressionnantes pour faire vivre ces espèces pour notre consommation

Ne croyez pas qu'à l'époque la question morale de manger d'autres créatures vivantes nous taraudait!

C'était notre vie qui en dépendait

Ce qui nous facilitait la vie fut que les espèces que nous utilisions n'avaient pas acquis d'intelligence, nous ne devions pas encore affronter les questions morales de la souffrance qui parvient à s'exprimer.

Jusqu'à une certaine période, nous conservions une espèce d'équilibre, nous ne consommions pas beaucoup plus que notre maison pouvait produire

Notre énergie provenait du sol, c'était de l'énergie stockée par notre terre, enfouie dans les entrailles de notre maison pendant des millénaires, les énergies instantanées provenaient du soleil, du vent, du mouvement de l'eau ou d'installations de génération de chaleur que nous créions, mais étaient insuffisantes pour nos besoins.

Nous nous sommes ensuite très rapidement développés, nos transports interplanétaires et au sein de notre planète, à eux seuls consommèrent autant d'énergie que tout le reste avant ces inventions.

Ajoutons à cela tout le confort que votre génération connaît, Allongement de durée de vie à plusieurs siècles, régénération de vos cellules, nano apprentissage qui vous permet de savoir en quelques minutes ce qu'auparavant vous auriez du passer une vie à apprendre
Bref, ce que nous sommes est le produit d'inventions qui nécessitaient la consommation d'énergie vitale importante
Beaucoup plus importante que notre Maison ne pouvait apporter.

Comme souvent, le problème créé par nos inventions a été résolu grâce à ces mêmes inventions

Nous avons commencés à explorer l'espace en quête de mondes où la vie existe
Au départ, l'idée était de migrer dans d'autres mondes en créant des colonies assez petites pour vivre sur l'énergie de ces nouvelles planètes

Par la suite fut développée la technologie qui permettait de transférer la plus grande partie de l'énergie vitale d'une planète vers la planète mère.
L'idée venait de moi, et au départ je n'avais pas assez d'élément pour juger de sa faisabilité

Seulement je ne pouvais me résoudre à laisser notre planète, notre mère et notre maison à l'abandon

J'ai consacré ensuite ma vie à regarder de prés ces mondes auxquels on se devait d'ôter la vie, pour assurer notre survie

Selon nos calculs, l'univers proche auquel on peut espérer atteindre contient assez de vie pour que notre planète dure encore une vingtaine de milliers d'années

Pour ma part je crois que nos besoins d'énergie allant augmentant cet univers proche sera insuffisant pour le tiers de cette durée

Mais comme je dis toujours, souvent c'est dans ce qui a généré le problème que réside la solution, je crois en l'éternité de notre maison et de notre espèce.

Pourquoi je consacre ma vie à parcourir les mondes?
Je crois que j'ai toujours eu une fibre artistique développée
J'ai besoin de recueillir les milliers de témoignage de la vie avant sa disparition sur ces différentes planètes

La vie est tellement semblable dans les univers!
Les espèces nouvelles que l'on trouve nous rappellent des espèces existantes ou ayant existées chez nous
Il est souvent arrivé que l'on tombe sur des espèces qui nous ressemblaient
Sur certaines planètes, on aurait pu prendre quelques uns de ses individus et les transporter chez nous et ils n'auraient aucunement attiré l'attention
L'intelligence même est tout à fait semblable, seul le cumul technologique nous donne une écrasante supériorité

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J'aime cet endroit.
J'y suis heureux.
Je regarde ma femme. Ses rides sur son front, elle les a toujours eu depuis qu'elle était enfant.
Ma tendresse est entière, elle n'a jamais changé. Ni ma tendresse ni ma femme n'ont changés.

Ma femme se retourne, elle voit mon regard, elle sourit.
Elle comprend.
Elle sait.
Elle aussi, je l'attendris
Je n'ai jamais compris pourquoi, ni comment je pouvais attendrir
Mais au fond, j'ai une explication, simple, évidente: ma femme est un ange

Nous avons deux garçons, Chadi et Rami, ils ont les yeux doux de leur mère et ont hérité mon front et mon menton
Diable!
Comment pourraient-ils être à la fois têtus comme leur père et doux comme leur maman?
Rude tâche qui les attend me dis je

Ma femme s'approche, derrière elle, la mer infinie
Je ne regarde que ma femme
Elle approche une chaise longue à côté de la mienne
Elle sait de quoi j'ai envie en ces moments
Généreuse, elle me regarde avec ses yeux qui sourient
C'est exactement ce dont j'ai besoin
- Tu vas attraper un coup de soleil dit-elle soucieuse
- J'ai envie de rester chérie
- Alors, mets au moins ton chapeau
Elle engouffre la moitié de ma tête dans mon chapeau, ce qui fit rire Chadi qui manqua étouffer avec sa saucisse de veau dans la bouche

Je sentais son parfum contre moi, je l'attire vers moi
- Arrête, tu vas nous faire tomber dit-elle en riant

Pendant une demi-heure, sous le ciel clair et face à la mer, la chaise longue qu'elle a apportée restera vide à côté de nous, nous silencieux; l'un contre l'autre, l'un ressentant l'autre, on était bien.

Nous savions notre bonheur


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Une brise joue sur mon chapeau, elle vient le caresser puis s'envole, puis revient pétillante de malice et mime un coup de vent.
Le chapeau protège mes yeux du soleil qui irradie une lumière presque irréelle. Le soleil aujourd'hui est joyeux, il danse.
Je suis assis sur une chaise dans le jardin d'une maison. La maison penche sur une mer dont jaillissent des milliers d'étincelles.
Tout au loin, un peu avant la ligne de l'horizon, la coupant en deux, comme pour faire carte postale, une barque est immobile.
C'est une belle planète.
Ce coin est un bon coin de cette planète.
Il y fait bon, un petit miracle d'équilibre, la vie fourmille partout prompte à saisir les petits miracles
Jusqu'à quand? Me demandais-je
Jusqu'à pas assez longtemps
Jusqu'à plus vite que si je n'étais pas là

Je me remémorais les endroits que j'ai connus, que j'ai aimés, les endroits que j'ai perdus
Ah la mémoire!

Et dire que certains disent qu'elle est sélective
Si elle l'était, j'aurais oublié
Aurais-je aimé oublier?
Oui
Définitivement oui
Oublié mes larmes, mes déchirements lorsque la poignée de terre à laquelle je m'agrippais, où j'enfonçais les ongles, devenaient d'une sécheresse sans vie.

Avez-vous déjà sentis un attachement pour quelque chose de nouveau comme si toujours vous n'avez été habitué qu'à le voir, le palper et à vous en nourrir, dites?

C'est une sensation comme celle que j'éprouve aujourd'hui, de bonheur, d'attendrissement quasi enfantin devant une beauté légère, impalpable. Une beauté qui joue une musique qui fait danser quelque chose dans mon cœur. Ceci me fait aimer ce qui m'entoure, en ces instants je m'aime.
Pourtant, je ne suis là que depuis quelques minutes
Je suis venu ici par hasard
J'aurais pu tomber comme les dizaines de fois passées dans des endroits de fausse promesse, dans des endroits où la vie n'est qu'un leurre, qui ne nourrisse ni le cœur ni l'estomac

Il regarda par terre, ils étaient chauds encore
Savaient-ils leur bonheur, le conscientisaient-ils ?
Combien de temps ont-ils du vivre ici, un an, dix peut-être vingt!
Quelle chance a du être la leur!

Il regarda le couple et les enfants morts, il y avait des saucisses de veau sur la table
Il sourit
Eux aussi ne se posaient pas de questions sur le fait de tuer d'autres espèces
De même que mes compatriotes ne se posent pas de question sur l'absorption de l'énergie de cette planète et la mort collective qui en résultera

Ils viendront bientôt; ses frères, ses amis, ses compatriotes
Il a encore quelques minutes de jouissance, c'est avec ces aumônes de plaisir qu'il vit encore
Ils sont encore chauds, dans leur langage, il a du les refroidir
Ils étaient les heureux propriétaires de cette maison
Les parents, lui dans la cinquantaine, elle la quarantaine et deux enfants, beaux garçons de dix à douze ans, l'air sains et bien nourris
Ils devaient faire des projets d'avenir, ils rêvaient que leurs enfants deviennent grands, beaux et heureux, certainement.
Finalement, ils ont eu de la chance de ne pas vivre la terreur de l'incompréhension
La terreur de la fin non pas de leur monde mais du monde
Le transport d'énergie! Quelque part Mina n'avait pas tort, c'est une barbarie

Ils sont morts sans douleur, avant de s'en rendre compte, ils n'existaient plus
Les autres ce sera une autre affaire, cela durera une heure peut être, pendant que ses compatriotes puiseraient l'énergie contenue dans les entrailles de cette planète.
Les religions dominantes ici appellent ça le jour du jugement dernier


Comment ils appellent déjà cet endroit se demanda-t-il

La planète s'appelle Terre tout simplement, elle a une lune, et je suis dans un bout de territoire qui s'appelle Maroc

Très joli nom, une de nos navettes devrait prendre ce nom

Publié le 28/05/2007 à 20:53
Par iikhouane
Chapitre 1

Chaque chose aboutie, a une imperfection

La douceur de vie n'a pas la garantie de l'éternité

Je pensais à ce poème de Nakchabandi qui pleurait alors l'Andalousie tombée.

Toute chose a une fin.

Et le moteur de ma Renault 5 a vu la sienne hier.

Je regardais ma montre, il était sept heures trente. Je décrochais mon téléphone

- Ahmed, c'est Houman l'inspecteur, viens me chercher tout de suite

- Je serais chez toi dans six minutes

Vingt minutes plus tard, le klaxon de mon chauffeur de taxi préféré, se prenant pour une fanfare marrakechi jouait un air se situant entre wdaha wdaha et une nuit sur le mont chauve.

Je descendis l'escalier. C'est un exercice salutaire le matin. La descente de l'escalier de notre immeuble nécessite des facultés d'attention supérieures à celles que l'on a au réveil avant la première tasse de café. Le bois est vermoulu, le bord est glissant, et les marches loin d'être horizontales à cause de coudes bizarres;

C'est comme si l'architecte dans un moment de méditation contemplative a voulu distinguer notre immeuble en faisant de son escalier l'expression de l'absurdité de l'existence et de sa dangerosité.

Je sautais à côté d'Ahmed qui démarra avant que j'aie fermé la porte

- On va où Chef?

- Au café de Thami

Ahmed s'arrêta au feu rouge, de ses doigts longs osseux il tambourina avec rage, et pesta contre l'absurdité d'arrêter des automobilistes honnêtes devant des lampes multicolores

Pam Pam Pam PampapaPam tambourinèrent les tigens noueses qui lui servaient de doigts

- Chef, vous êtes sur une mission importante?

- Une mission de la plus haute importance, mon ami répondis-je en pensant à mon petit déjeuner

La Pallio rouge fit une marche arrière, puis démarra grillant le feu rouge

Le policier de  la circulation regarda Ahmed qui avec le pouce me désigna, aussitôt il leva les yeux pour admirer quelques sous vêtement qui séchaient dans un balcon voisin

Ahmed me déposa, je lui glissais les huit dirhams dans sa main

- Merci Ahmed

- Nous sommes au service de la sécurité de l'Etat et de ses représentants récita-t-il


Le café Thami est d'aspect miteux. On y mange pour pas cher le seul petit déjeuner qui sur cette planète mériterait le qualificatif de royal.

Trois œufs à l'huile d'olive et du pain d'orge chaud et craquant et une soupe aux fèves sèches et du thé à l'absinthe sauvage.

Tout homme prenant chaque matin ce petit déjeuner ne peut pas s'arrêter d'aimer la vie

C'est nutritivement impossible

Le café en question n'était éloigné du commissariat que d'une centaine de mètre. Je passais le dernier bout de pain sur ce qui restait d'huile d'olive, m'essuyait les main avec la serviette en papier.

- Mets ça sur la note criais-je

- Pas de problème inspecteur

Nous étions le vingt du mois, et l'inspecteur incorrigiblement honnête que je suis a encore dix jours à tirer le diable par la queue.

Pauvre Imane! Elle qui ne soupçonnait pas que mariée à moi, inspecteur de la brigade criminelle bardé de diplômes, elle passerait sa vie à économiser sur l'électricité, les vêtement des enfants et les transports.

Pourtant, jamais de reproche, elle aimait son nigaud de mari, qui ne se corrompait pas, qui n'a jamais de sa mémoire pu faire le plein d'essence. Je la revois chaque fois comprimant son rire quand je demande gêné dix dirhams d'essence devant le regard scandalisé du pompiste

- Sacré bonne femme!

Un passant le cou étranglé dans une cravate au nœud surdimensionné se retourna en me regardant avec insistance, j'avais parlé bien haut

- je ne parle pas de toi lui criais-je tu n'es pas mon genre

Comme d'habitude, je suis le premier à arriver au bureau.

Mon bureau est une insulte à ma profession. Peut être qu'il a une quelconque valeur historique; il a connu l'occupation française, la libération et le règne de deux rois, mais franchement il me déprime chaque matin.

Dix ans et pourtant je n'arrive pas à m'habituer à son bois jaune sale, à sa formica lézardée à sa petite taille. Il est tellement bas que j'ai été obligé de faire scier ma chaise du coup, je n'arrive pas avoir les pieds sur le sol ; elles sont toujours quelque part croisées en arrière m'obligeant à me courber l'échine.

On nous a promis un équipement neuf à l'accession au trône du nouveau roi, je vis sur cet espoir. Les choses prennent du temps pour se faire, le tout nouveau Roi n'est en place que depuis sept années.


Il est huit heures trente et Lamya ma secrétaire entre avec le visage las d'une nuit d'insomnie

- Bonjour Inspecteur

- Bonjour Lamya, encore une de tes foutues soirées jusqu'à l'aube?

- Laisse, je veux oublier ça

- Fais moi la liste des affaires en cours avant midi, tu veux?

- Ok

 

Vingt- six ans hivers, jolie et fraîche comme une pomme mais d'une famille indigente, et les arbres fruitiers supportent mal une terre pauvre, Lamya a atterrit depuis maintenant deux ans dans mon bureau après avoir fait la pute dans tous les cabarets de Casa et de Marrakech.

 

Après quatre ans elle a appris à être dure, des certitudes avaient lors remplacés ses illusions sur les hommes.

 

Un an plus tard, elle est arrivé à me avoir de l'estime pour moi et moi pour elle. Dans mon métier, on sait presque tout sur ce métier, ça rend les choses plus faciles aussi.

Les mille six cents dirhams mensuelles de salaire suffisent à peine à payer le loyer et le transport, pour le reste elle doit faire des heures sup quitte à venir le matin les yeux rouges et le visage empâté. N'empêche, elle a du mérite à continuer à travailler pour le dirham symbolique.

- A ce rythme, Tu seras une loque avant longtemps lui dis-je
- Qu'y puis je Inspecteur?
- Trouve toi un mari
- Je n'y arrive pas, trouve m'en un et je te cirerais les bottes tous les matins, ils en ont bien besoin
- Eh bien, pourquoi pas Hamid ? Demandais-je avec un regard chagrin pour mes bottes, qui furent la pointe de la mode il y a dix ans mais que le temps a maltraité malgré mes tendres soins
- Non pas mei dit-elle avec une moue

Hamid est mon meilleur agent, il a la ruse d'un ouistiti, malheureusement pour lui il en a le visage aussi.

Hamid est de mes agents le seul à travailler pour l'art.
Minutieux comme un chef cuisinier japonais et débrouillard comme une ménagère marocaine en manque d’ingrédients, c’est un auxiliaire précieux.
Et il était épris de Lamya
.
- Je crois qu’il est amoureux de toi dis-je
- Tu crois ? Il tire une langue de trois mètre dés que je le croise, qu’on reste ensemble dans ce même bureau et il perdra ce qui lui tient de cervelle
- Remue ton cul et va me préparer ma liste, va, grouille
- ça vient...Inspecteur répondit elle avec humeur


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