Chez Azzouz, l'atmosphère était à l'ennui
Hatim était allongé boudant les gens le ciel et la terre, la tempête durait depuis trois jours
Loubna était songeuse
- j'ai tellement envie de poisson dit elle je n'ai presque rien mangé depuis hier
- Que feras tu si je t'apporte du poisson?
- Tu ferais ça?
- Oui répondit-il
- Je ferais tout ce que tu me demandes, tu peux ordonner que je reste toute la journée avec Hatim et je le ferais lui dit elle dans l'oreille en étouffant un rire, mais je suis sérieuse, je ferais ce que tu me demanderas de faire
Le spectateur courageux qui aurait été à minuit sur la berge malgré les bourrasques de vents qui pliaient les arbres aurait assisté à un spectacle fantomatique.
Dans la mer noire sous le ciel clair, de monstrueuses vagues s’abattaient, roulant furieusement, se fracassant avec une fureur toujours renouvelée.
Dans le ciel, quelques nuages noirs et bleus et la lune pleine
Le vent et la mer laissaient éclater leur puissance
Ce spectateur imaginaire se serait frotté les yeux en croyant distinguer une petite barque grise dans la lumière de la lune, en perdition, tantôt dans le creux d'une vague, tantôt jetée par une vague dans le ciel, fétu de paille, ridicule de faiblesse
Un homme tantôt à genoux tantôt à plat ventre semblait conduire la barque
Notre spectateur, s'il avait des doutes sur la réalité de ce qu'il voyait, n'en aurait plus eu quand il aurait remarqué que la barque au lieu de se diriger vers la berge allait chercher le large.
Il n'en aurait pas parlé, car il aurait été pris pour un fou et lui même au bout de quelques heures se serait cru victime d'une hallucination.
A chaque vague, des tonnes d'eau que la vélocité du courant a traîné, masse vivante, débauche de puissance, viennent se jeter sur le morceau de bois sec, affolé et tenu fermement par les bras fragiles de Sallam.
Sallam se cramponnait à sa barque, il ne faisait qu'un avec elle, son poids devait venir en appui à la barque à chaque coup de lame
- Ne pense à rien se disait-il juste à la vague prochaine
Ne jamais attaquer la lame par le flanc se répétait-il, la barque serait aussitôt renversée, na jamais être dans le creux de la vague sinon les trombes d'eau rempliront la felouque et je serais coulé
Au haut de chaque vague, il veillait à s'allonger à plat ventre, le poids du corps ne doit pas être supporté par l'arriere de la barque sinon elle renverserait
- Je n'ai jamais fais une chose aussi folle de ma vie, je ne crois pas que quelqu'un l'aie fait avant moi,
- Jack London l'aurait il fait lui ?se demanda t il
Bien sûr qu'il l'aurait fait, sans sourciller, lui c'est une autre pâte d'hommes
-Tais-toi se dit il pense à la vague prochaine, tu as cinquante pour
cents de chance de vaincre chaque vague, mais avec tout ce que tu sais, tu peux augmenter tes chances
- à condition de rester concentré se répéta-t-il
La vague arriva
- Heureux que j'aie ce clair de lune se dit il
il sentit la barque glisser attirée par le creux de la vague. De tout son poids il l'empêcha de se retourner sur le flanc et au moment ou le devant de la barque touchai le creux de la vague, il s'allongea se relevant avec ses bras et poussant de toute la force de ses pieds en mettant son poids sur l'arrière de la barque
La barque se leva conne un fétu de paille, Sallam changea aussitôt de
position en mettant son poids au devant de la barque, la lame le fouetta en plein village, le faisant suffoquer
Aussitôt il se sentit glisser sur le dos de la vague, le danger était écarté pour une minute,
Il y avait un demi mille entre chaque vague
Sallam se mit à ramer de toutes ses forces avant l'arrivée de la prochaine vague
Celle ci avait l'air d'une montagne noire, Sallam la contempla avec un frisson mystique
- Fais de ton mieux c'est tout ce qu'on te demande
Il cessa de regarder la crête de la vague, se concentrant sur sa barque, il passa celle-là comme les précédentes mais la barque avait pris de l'eau, il écopa rapidement, une barque lourde n'a pas de chance de passer des vagues de la taille de celles de cette nuit se dit-il
Les habitants de la terre avaient tendance à penser que dans le large les vagues s'écrasaient moins lourdement, il sourit à lui-même de tant d’ignorance, la barque n'avait pas pris beaucoup d'eau, cela lui gardait ses chances, mais surtout ne pas prendre encore de l'eau
L'intervalle entre chaque vague devait lui servir à ramer vers l'ouest
En temps de tempête les poisson allaient en profondeur, ce n'est pas un temps pour la pêche, mais Sallam connaissait une sorte de crique protégée du vent, les vieux poissons, les plus intelligents, les plus gros aussi s'y rendraient
C'est vers cette crique qu'il se dirigeait
Cette crique était entourée de récifs, aucune chance de pouvoir s'y reconnaître la nuit, même avec un clair de lune
Même si la crique sera calme, le courant y serait plus fort que d'habitude, mais Sallam avait un moyen pour s'orienter
Il avait remarqué par le passé qu'en mettant des fanions sur la terre en deux endroits différents, il pouvait s'orienter
Qu'il ne perde jamais en vue les deux lumières et il évitera les récifs
En temps houleux, la distance vers la crique, il la faisait en cinq heures, mais en ce temps de tempête il ne savait pas, cela devrait prendre beaucoup moins de temps, peut être trois heures se dit-il
Il avait l'épaule gauche qui lui faisait mal, elle était tendue depuis prés de deux heures
Pas le moment de lâcher dit il à l'intention de son épaule
La première lumière du fanion improvisé devait apparaître bientôt se dit-il en lançant un regard vers l'ouest
La barque se souleva sur la crête de la vague et les muscles de Sallam se tendirent, une poignée de secondes plus tard, il ramait ferment
- respire n'oublie pas de respirer







