Chapitre1
Dans le confort de son fauteuil président, Zackaria Boumche regardait ses pieds posés sur l'autre fauteuil de son bureau, de larges pieds, presque enflés qui chaussaient du 45, il pensa à ses orteils, longs gros et poilus sous ses chaussures noires chacun y allant de sa fantaisie dans une direction sans tenir compte de celle prise par l'orteil voisin, il regarda le plafond d'un blanc immaculé et soupira, décidément, il s'ennuyait.
Dans la réception, à la pièce à côté, Elise parlait à quelqu'un.
Il ne se sentit pas l'envie de travailler, les dossiers pêle-mêle sur son bureau devraient être rangés se dit-il, il y avait des dossier dans des chemises jaunes, vertes et bleues, toutes portant à des degrés différents les marques de tasses de café, la bière laisse moins de trace pensa Zack les pires sont celles que laisse le vin conclut-il
Il ramena ses jambes à lui, et alla ouvrir le réfrigérateur, il prit une seize, la bouteille était fraîche, perlée de gouttes d'eau, il la déboucha, et but longuement, il sentit la bière froide lui brûler, la gorge, c'est ainsi qu'il aimait la bière, glacée et pas forte, les bières fortes ne valent rien se dit-il les bières amères rien non plus.
Il entendit les petits pas d'Elise, et vit apparaître sans frapper dans la porte à demi-ouverte une jolie brune de vingt-cinq ans qui travaillait pour lui depuis quatre années.
Elle ferma la porte derrière elle et fronçant légèrement ses sourcils s'approcha de lui
- Firmin demande à te voir dit Elise
- Firmin quoi ? Grognât-il
- Doucement, il va t'entendre, Firmin, l'immeuble du dix-huitième
- Et?
- Il veut te voir
- Je ne traite pas son affaire, tu lui diras de dégager
- Ecoute Zack, tu va traiter son affaire, la seule affaire honorable que tu auras traité depuis bien longtemps
- Que non, de plus je ne traite que des affaires honorables
- Tu parles certainement des photos clichées de l'épouse infidèle de ce ratatiné d'avocat qui va la plumer dans son procès de divorce
- Tu sais bien que ces affaires ce n'est pas moi qui les traite, je les outsource en quelque sorte
Zack prononça outsource avec délectation, cela faisait manager et ça lui plaisait
- C'est pareil, c'est même plus vilain, mais s'il te plaît fais le pour moi traite l'affaire de ce pauvre garçon
- Il n'a pas un rond
- Tu la traiteras pour rien cette fois, fais le comme un service que je te demande
- Tu perds la tête, depuis quand je fais dans le bénévolat?
- Si tu ne la traites pas je pars tout de suite
- Je ne te retiens pas, ça me fera faire des économies
- Zack, fais le et je te serais toujours reconnaissante
Zack réfléchit une seconde
- Et en échange?
- D'accord pour ne pas payer mes heures supplémentaires ce mois ci
- Ce mois ci? fit Zack avec une moue
- Pour l'année ça te va demanda t elle?
- Bien mauvaise affaire que je fais là dis Zack en souriant, il trouvait dans la bonté naturelle d'Elise une sorte de virginité, de confiance innocente, un peu bête mais désarmante qui lui plaisait
- De toute façon tu n'allais pas me les payer dit-elle dans un sourire
- Non répondit Zack mais tu m'as intrigué, je veux voir ce gars qui te fait tourner la tête
Elise poussa un soupir regarda le plafond puis regarda les petits yeux pétillants de malice de Zack, il réussissait toujours à l'excéder, en tirait plaisir et elle toujours aussi sotte s'y laissait prendre à chaque fois, quand elle quitta le bureau elle souriait.
Firmin, un homme noir dans la cinquantaine, le cheveu poivre sel, mince salua Zack en lui serrant la main, Zack hésita une seconde avant de le situer dans l Afrique noire, il avait la peau assez claire pour un africain et le nez fin, il devait descendre d'une tribu peule, issus d'un vieux métissage entre les touaregs et les africains noirs se l'expliqua-t-il.
Zack l'invita à s'asseoir et suivant une détestable et vieille habitude il regarda Firmin avec une importance affectée et l'invita à expliquer son cas
- Vous me dites dit Zack que la police vous accuse pour l'immeuble qui a brûlé et où vous avez un logement au huitième étage
- En effet
- L'enquête est formelle, le feu s'est déclaré depuis votre appartement, Zack marqua un temps d'arrêt et regarda Firmin qui hocha la tête, Zack poursuivit, le feu a rapidement gagné tout l'immeuble, Cet incident a causé la mort de trois personnes étrangères d'origine africaine
- Deux étaient des enfants
- Oui dit Zack qui n'aimait pas être interrompu quand il résumait une situation, il était toujours content de la façon dont il résumait en quelques mots une somme d'informations pour en extraire la version la plus concise et qui sera le cadre de travail, oui poursuivit-il et vous, vous persistez à croire que le feu ne pouvait venir de chez-vous parce que vous êtes maniaque et ce jour là vous êtes revenu exprès vérifier que le tuyau de gaz était bien fermé
- Oui
- L'enquête aurait révélé qu'aucune fuite ne venait d'un défaut d'installation et que manifestement si fuite il y a eu elle ne pouvait venir que d' un robinet mal fermé
- En effet
- Monsieur Firmin, j'ai le plus grand respect pour l'Afrique noire et pour les africains, comme vous voyez moi-même je suis d'origine étrangère, mais j'ai eu affaire à plusieurs de vos compatriotes, Zack se pencha en avant pour se rapprocher du visage de Firmin, et il continua sur le ton de la confidence je peux vous dire qu'ils ont le chic de pouvoir affirmer avec une vigueur incroyable des choses qu'ils savent pertinemment fausses
- Monsieur Boumche, je sais de quoi vous voulez parler, mais ce que je vous dis est aussi vrai que le Coran,
Zack balaya l'argument du revers de sa main
- Convainquez-moi
- Monsieur, j'ai cinquante deux ans, on m'accuse d'homicide involontaire, mais Dieu m'est témoin que si j'avais vraiment occasionné la mort décès personnes, surtout celle des enfants, jamais je ne me serais pardonné
Je ne suis pas responsable, je ne sais pas comment ça a pu se faire ni pourquoi, mais la conclusion de l'enquête sur la fuite de gaz ne pouvait être vraie
- Quelqu’un a-t- il un double de vos clefs? Demanda Zack
Firmin haussa ses sourcils intrigué par cette question
- Personne, et j'ai changé la serrure dés que j'ai emménagé dans cet appartement
- Vous avez emménagé quand
- Depuis six mois, Monsieur
- Donnez-moi votre adresse, j'irais faire un tour chez vous plus tard dans la journée
- Monsieur, on m'a dit que vous étiez l'un des plus grands spécialistes dans votre domaine
- De loin le plus grand, rectifia Zack
- Je peux vendre ce que j'ai mais c'est peu de choses, combien je dois vous payer
- S'il y a des dommages et intérêts, et il y en aura si on arrive à démontrer que vous n'y êtes pour rien, je prends ce qui restera après paiement de l'avocat
- Je ne sais comment vous remercier, mais je suis actuellement libéré sous caution, et le jugement aura lieu dans un mois
- On verra d'ici là faites-moi confiance
Zack se leva, Firmin se leva aussi et serra la main grassouillette de Zack
Zack trouvait l'affaire Firmin mal engagée, mais il sentait de la sincérité dans ses paroles, c'était assez pour le convaincre de pousser l'analyse un peu plus loin
Il résuma sur un papier blanc avec fortes abréviations la situation et mit Voir Caroline en bas de page.
Elise réapparut aussitôt
- Il y a Alain qui t'attend
- Alain ce cher ami tonna la voix de Zack et il vint donner l'accolade à un homme dans la trentaine
Alain, mal à l'aise entre les bras gras de Zack et contre son ventre essayait de se dégager
- Le seul flic de la ville qui loin de me fuir vient chercher ma compagnie dit Zack en le lâchant
- Et qui ne cesse de le regretter depuis dit Alain en souriant
Zack éclata de rire et poussant Alain dans son bureau il ferma la porte à double tour
Alain sourit à part lui, Zack n'avait aucun secret pour Elise il adorait se faire entourer de mystère
Alain regarda la tête énorme de Zack éclairée par un sourire rayonnant et se sentit plus léger, il avait besoin de rencontrer de véritables amis, et quand il y pensait, c était Zack, la personne de ses connaissances qui différa peut être le plus de lui, celle qui le faisait le plus sortir de ses gonds, dont il n approuvait le plus souvent ni les méthodes, ni la moralité ni les manières, c était de Zack seul dont il pouvait dire qu il était vraiment l'ami
- Mais quel honneur tu me fais a moi, à mon cabinet ! et tiens à Elise qui doit écouter derrière la porte
- Je n écoute pas derrière les portes, ce n est pas nécessaire, tu parles comme d autres hurlent cria de l'autre pièce la voix d Elise
- Tu bois une bière ? demanda Zack en ouvrant son réfrigérateur
- Non merci, je n ai pas beaucoup de temps répond Alain je viens aux nouvelles
- Tu parles du chauffard? prends donc une bière elles sont si fraîches
- Non Zack, tu me fais perdre mon temps
Zack ne parût pas offusqué le moins du monde, il se servit une bière qu il regarda amoureusement avant de la déboucher, s'affaissa dans son fauteuil, puis regarda fixement son ami en prenant un air important
- Ecoute mon cher, je t épargne les détails, je ne te parlerais ni du nombre de parking que j ai visité pour m assurer s'ils avaient des caméras de surveillance, tu vois ? notre chauffard a bien du se garer quelque part pour se saouler
Alain secoua la tête pour dire qu'il comprenait mais qu'il voulait connaître la conclusion plutôt que les détails
Zack faisant mine de ne pas comprendre poursuivit éloquemment
- ni des prodiges d imagination que j ai du déployer pour pouvoir les visionner, ni du nombre d'heures que j y ai passé, ni du payage autoroute dont j ai pu relever les numéros de cartes de crédit dans le cas où notre chauffard serait venu de l'extérieur de Paris ni des vérifications d identité que j ai faites en toute illégalité au mépris du secret bancaire
- Zack, abrége
- Tout cela pour retrouver une citroen C5 durant une plage horaire de six heures
- Je t en remercie mais au fait Zack, tu me raconteras tes prouesses plus tard
- C est ainsi que tu récompenses mon total dévouement ? dit Zack
Devant le geste d impatience d Alain, Zack éclata de rire
- De toute façon, je n ai jamais compté sur ta gratitude, je me feria crucifier pour toi que tu dirais que je fais trop de manières
- Zack, je n'ai pas beaucoup de temps
- Oui, donc les pistes que j ai se résument a quatorze automobilistes, bien sûr rien ne dit que l' un des quatorze soit notre client, cela personne ne peut l'assurer mais s il est parmi ces quatorze il est possible qu on arrive a le coincer
- Tu es magnifique Zack, quand est ce que tu pourras réduire le nombre des suspects
- Donne moi une semaine
- Merci Zack, je ne connais personne d'autre qui puisse faire moitié ce que tu as fais en deux fois plus de temps dit Alain en s'apprêtant à partir
- Dis Alain, tu crois que ça peut t aider ce que tu fais la ?
Le visage d Alain s assombrit, lui-même ne savait pas
- Crois moi continua Zack cela je ne le dirais pas a un client, mais je me dois de le dire a un ami, la vengeance n'apporte pas de réconfort
Devant le mutisme d Alain, Zack hésita puis décida de dire le fond de sa pensée, il connaissait depuis assez longtemps Alain pour comprendre ses motivations
- Pour elle non plus cela ne soulagera rien, et tu n'as rien à prouver, ne crois pas que tu as faillis dans sa protection, merde Alain, tu n est qu'un homme pas un Dieu
- Tu me dis s'il te semble que cette mission prend trop de ton temps rétorqua Alain, sa voix blanche, son propos agressif trahissait une fragilité que Zack ne lui connaissait pas, il eut un instant de remord puis d'une voix qu'il essaya de rendre lisse et douce il dit
- Tu sais bien que ce n est pas cela, s'il fallait rester sur ton affaire des années je ne m occuperais pas d'autre chose, mais j'aimerais que tu regardes de l'avant
- Désolé Zack, je suis bouleversé
- C est rien, au fait, invite ta femme, on fera un bon dîner bien arrosé, on rigolera comme des fous qu'en dis tu pour ce soir
Incrédule, Alain regarda la figure de son ami, rayonnante d'un large sourire, et secrètement lui envia cette insouciance à toute épreuve, cette bonhomie follement optimiste
- Ce n'est pas le moment Zack
- Mais si, c'est le moment, demande lui et appelle moi dans la soirée, je suis libre ce soir dit Zack en ouvrant la porte
- Pourquoi ? tu ne séduis pas une commerciale dans la banque, une policière ou la secrétaire d un procureur ? pour ce qui est de l'information, coucher rapporte plus que payer, ce sont tes propres mots
- Non, ce sont maintenant les procèdes de mes clients pour ne plus me payer répondit Zack en lançant un regard noir a Elise qui lui jeta un bloc-notes sur la tête, il esquiva et ajouta a l'intention d Alain : aujourd’hui c'est mon soir de congé, réservé pour les amis
- Je dois partir Zack, dit en souriant Alain qui se promettait de tirer au clair la boutade de Zack envers Elise et la réaction de celle-ci, je te rappelle ce soir
- Au fait, n'est ce pas Caroline qui a travaillé sur l'incendie de l'immeuble du dix-huitième? Il me semble que tu avais cité son nom sur cette affaire
- Oui, elle a travaillé dessus
- Cette chère Caroline, je devrais lui passer un coup de fil un de ces jours
- Tu as donc besoin d'elle pour une de tes enquêtes sourit Alain
- Méchante langue! Je veux seulement lui poser une ou deux questions
- Pas d'imprudence Zack, son mari est mon supérieur hiérarchique
- Je veux la voir en tout bien tout honneur se défendit Zack
- Au revoir Elise
- Au revoir et salue Alice de ma part
Ce n était un secret pour personne de son entourage, Elise était follement amoureuse de Zack, de ses vingt kilos de trop, de sa grosse tête et de son naturel hâbleur et intéressé, le seul qui semblait ne pas s'en rendre compte était Zack lui-même,
Alain inclinait a croire que Zack jouait les ignorants par calcul Elise est une secrétaire modèle, la fée qui mettait de l'ordre dans les affaires de Zack tant personnelles que professionnelles, elle lui arrangeait ses rendez vous avec ses clients ses rendez vous amoureux jamais inintéressés et gérait son emploi de temps avec une efficacité et une abnégation dignes de Mère Teresa
Elle savait ce qu aimait son patron, ceux qu il fuyait et ceux qu il recherchait
Zack disait toujours chaque fois qu il était fait mention d elle en sa présence ou en dehors, qu'elle pouvait s enorgueillir d'être l'indispensable auxiliaire d'un des plus talentueux détectives de France.
Alain partageait la haute opinion que Zack avait de lui-même
Les faits parlaient d'eux-mêmes, sur les crimes de sang non résolus par la police qui échouaient dans le bureau de Zack, la moitié trouvait leur dénouement avec l'identification des coupables.
Zack soutenait que pour l'autre moitie, c était plus le manque de moyens financiers de ses commanditaires que l impossibilité de la tâche qui laissait le crime impuni.
Le secret de Zack? Le talent se disait Alain, il était depuis assez longtemps à la criminelle pour savoir que ce qu'avait l'affreux comme il était surnommé par les flics de la criminelle était le talent pur
Zack n'avait pas beaucoup plus de moralité que les criminels qu'il retrouvait, il ne se sentait nullement investi par quelque mission que ce fut, pour lui, c'était juste amusant et profitable de faire son métier.
Son réseau, composé de plus de femmes que d'hommes était important, il l'entretenait attentivement et expliquait la rapidité par laquelle il prenait souvent à court la police dans ses enquêtes.