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Publié le 23/12/2006 à 23:53
Par iikhouane

Chapitre 2

Alain prépara un copieux petit- déjeuner

Lui se contentait de céréales, mais Alice était gourmande le matin

La café était fort et brûlant, le lait aussi était chaud, sur un large plateau il mit le couvert et du sucre, des viennoiseries, du pain complet, une pomme et deux mandarines.

Il porta le tout dans la chambre à coucher, ses chaussons ne faisaient pas de bruit sur la moquette bleue qui recouvrait toute la maison.

Le plateau dans les mains, il poussa du bras la porte qui s'ouvrit sans bruit, les volet étaient fermées mais la lumière du jours depuis les fenêtres du salon éclairait le grand lit où Alice était allongée, un bras sous la tête.

Du premier coup d’œil, il vit qu’elle feignait de dormir, il en ressentit du chagrin, il réprima un soupir, releva la couverture et mit le plateau de façon à ce que sa femme ne le renverse pas accidentellement.

Il ne pu s’empêcher de regarder le visage d’ange d’Alice

Avec tendresse, délicatement, il se baissa et embrassa le front de sa femme, il la sentit retenir sa respiration… Elle aussi devait étouffer un soupir se dit-il

Ce qu’ils se connaissait bien se dit-il, Bon Dieu ce qu’ils se connaissaient bien

Ce que l’un sentait se communiquait sans parole, l’autre le ressentait aussitôt ; dans des situations comme celles-ci, les mots devenaient un danger

Il n'avait pas envie de sortir de la chambre, il aurait aimé prendre une chaise s'asseoir à côté d'Alice et passer la journée à lui caresser les cheveux, le visage, les paupières à regarder le lobe de son oreille et à lui dire les bêtises qui lui passeraient par la tête, rien que des bêtises amoureuses.

C'est quoi ces enfantillages ?se dit-il Il se força à sortir de la chambre, il avait envie de dire ce n'est rien chérie, tu verras ce n'est rien. Il ne le dit pas. Depuis son accident, une sorte de distance pudique s'était établi avec se femme, il voulait lui laisser le temps, elle avait besoin de temps pour se retrouver elle-même

Il faut que je sois patient, elle-même, ne s'emporte pas, mais elle a encore du mal à s'accepter se dit-il

Il prit son pistolet, regarda l’heure et sortit prendre sa voiture

Alain avait trente-quatre ans, avec le physique d'un homme qui s'est entraîné régulièrement pendant de nombreuses années. Doté d'un physique qui plaisait aux femmes, il savait être charmant en société.

Alain croit que la sincérité se travaille, et il avait dans son regard une lueur de sincérité qu'il pouvait faire jaillir sur commande, il devait à ce talent un certain nombre de conquêtes.

Il prit la voiture, ils habitaient à Nanterre Mont Valérien le rez-de-chaussée d’une maison à deux niveaux. On accédait à la maison par un grillage, le petit jardin faisait cinquante mètre carrés en tout, tout en blancheur, bien entretenu, il dégageait de la douceur.

Noyé dans ses pensées, Alain se dirigeait vers l’Hôtel de la police où il était inspecteur principal dans la brigade criminelle.

Dans une heure il rappellera Alice pour son rendez-vous de Dix heures

Ils devront probablement quitter leur maison se dit-il, le loyer ne serait bientôt plus dans leurs moyens,

La police ne paie pas assez bien.

Dés qu’il fût sorti, Alice poussa de ses mains pour redresser son corps et regarda le petit-déjeuner continental, elle sentit une profonde pitié l’envahir et ses yeux la piquèrent mais aucune larme ne coula.

Elle tira à elle le plateau, mit du sucre et du lait dans son café, y ajouta du lait encore chaud et mélangea le tout à la petite cuillère d'argent. Elle trempa le bout d’un croissant dans son café au lait, mais comme depuis deux mois, son corps refusait de manger le matin

Un sentiment d’injustice lui faisait un noeud dans la gorge, s’était-il douté que je ne dormais pas ? Se demanda-t-elle Oui bien sûr, quelle question!

- Pauvre garçon se murmura-t-elle

Ils s’étaient connus voilà deux ans. Avec son air de ne jamais douter de rien, Alain, comme il le lui avoua plus tard, avait décidé presque du premier coup d'oeil qu’elle était la femme de sa vie.

Elle, depuis le commencement, il l’étonna, et elle s’étonna elle même

Ella se remémora les premiers moments de leur rencontre

Comment elle, témoin mineure dans le braquage d’un supermarché qui avait mal tourné, fut contactée le lendemain par l’inspecteur qui a recueilli son témoignage, et comment elle accepta son offre de prendre un verre.

Il y avait dans les manières d’Alain une hardiesse qui poussait à répondre par une hardiesse pareille.

Elle essaya de se rappeler ses sentiments de cette période, elle était flattée de son regard insistant, et excitée par le jeu qui allait se passer, l'éternel jeu où la femme se dérobe et où l'homme la poursuit.

Ils se revirent plusieurs fois par semaine, lui du haut de son 1m84, le visage souriant et plein de confiance avec sa conversation directe et plaisante pimentée de jargon de banlieue, elle avec une gaieté qui ne la lâchait pas dés qu’il le voyait et qui l’abandonnait dés qu’ils se quittaient.

Elle s’était d’abord sentie attirée vers cet homme, physiquement attirée, puis ce fut un besoin, comment en était-elle arrivée là? Chaque moment avec lui était un plaisir pour elle, un plaisir et une souffrance, il était devenu sa drogue.

Un jour qu’elle n’avait pas pu le voir à cause d’un meurtre sur lequel il travaillait, elle su qu’elle était amoureuse de lui.

Et lui, comme une horloge, comme s’il lisait dans son âme lui demanda le lendemain d’aller passer ensemble la fin de semaine avec sa famille à Toulouse.

Bien évidemment, elle accepta aussitôt, tout étonnée de sa hardiesse et avec une peur sourde au ventre, elle sentait que quelque chose d’important allait se passer durant ces deux jours mais elle ne voulait pas savoir ni imaginer quoi.

Alain avait traîné dans tous les bouges de France, ses fréquentations étaient parfois franchement suspectes, le fait qu’il n’avait pas encore essayé de la séduire et de la prendre physiquement ajoutai à son étonnement d’autant qu’elle était sure de ne pouvoir lui résister, d'ailleurs elle ne souhaiter que succomber.

Ils passèrent deux journées mémorables chez les parents d’Alain, depuis, Toulouse dans ses souvenirs se rattacha au bonheur

Elle adora la petite mère d'Alain, une petite femme, mère d'un si grand garçon!

Sur le chemin du retour, elle avait un sentiment d’inachevé, elle débordait d’amour pour Alain, et lui aussi semblait l’aimer, mais il ne disait rien.

Alain s’arrêta pour prendre un jeune couple qui faisait l’autostop, deux anglais qui ne parlaient pas un seul mot de français, la conversation tomba très vite, et Alice sentit grossir un chagrin dans sa poitrine.

Ce fut vingt kilomètres plus tard alors qu’elle réprimait ses larmes devant le jour qui tombait que la voiture s’arrêta soudainement prés d’un petit bois.

Alain demanda aux deux anglais de les attendre et l’invita elle à faire une petite promenade dans le bois.

Elle ne rie pas, mais sorti toute frissonnante, ils marchèrent entre les arbre, lui, puissant et calme, elle haletante et tétanisée de peur, et soudain, il s’arrêta et sans un mot il la serra dans ses bras doucement puis de plus en plus fort. Elle oublia sa peur, elle s’oublia elle-même et sans volonté de sa part, ses bras vinrent encadrer la tête chérie et elle l’attira à elle.

Quand ils revinrent à la voiture, les anglais dormaient, elle avait les yeux perlés de larmes, ça y est il l’avait demandé en mariage.

Alors elle comprit que ce qu’elle attendait ce dont elle avait le plus peur et le plus envie venaient dans ce petit bois de se faire, elle regarda la borne kilométrique, ce lieu sera à jamais gravé dans sa mémoire et le reste du trajet, émue jusqu’aux larmes, elle garda sa main sur la main chaude d’Alain.

Ils avaient eu beaucoup de chance, le quotidien d’un jeune couple n’a pas émoussé leur tendresse, Alain fut toujours prévenant et abandonna facilement les longues habitudes de célibataire pour devenir le merveilleux mari qu’il est.

Tout fut comme dans un conte pour enfants, ils se satisfaisaient pleinement à eux deux, n se fatiguent pas de converser et de jouer, tout était vraiment trop beau se dit Alice, mon Dieu comme on se fait vite au bonheur

Le 31 Octobre de cette année avait sonné le glas de ce bonheur, elle se revit sur le trottoir, le chauffard ivre dont elle voyait se rapprocher le visage étonné qui perdit le contrôle de sa voiture, elle se souvint du choc sur ses jambes, de sa tête qui heurta le pare-choc de la voiture, se rappela le chauffard dégrisé qui fit marche arrière et fonça dans la route.

Le reste se passa très vite, et finalement, elle quitta l’hôpital en fauteuil roulant, ses membres inférieurs ne lui obéissaient plus et la nuit lorsqu ‘Alain la serre une main sur son sein contre lui, elle ne sent plus ses jambes poilus dans le creux des siennes, elle sent seulement deux tiges lourdes et encombrantes qu’elle doit désormais déplacer. Les médecins étaient formels, il n'y avait aucune chance qu'elle remarche à nouveau.

Le téléphone sonna, elle tendit son bras pour prendre le combiné, elle savait que c’était Alain :

- C’est toi mon chou ?demanda-t-elle

- Oui mon amour, je voulais savoir si tu étais réveillée

- Oui,Merci pour le petit déjeuner, il n’en reste que des miettes

- Tu ne veux pas que j’appelle Cathy ? elle pourrait t’emmener

- Non mon chéri, tu sais que je dois réapprendre à compter sur moi

- Très bien dit il

Elle sentit une petite gêne dans sa voix

- Ce n’et rien Alain dit elle en l’appelant par son prénom, je m’y ferais, on y a tous intérêt

- Tu as raison rappelle moi quand tu auras fini

- Ok à tout à l’heure

- Je t’embrasse

- Moi aussi

Son chou, elle sourit, combien devenait douce cette force brute de son homme dans ses frêles mains, elle était toujours étonnée qu’elle puisse juguler cette tornade qu’étaient ses sentiments, c’est la force de l’amour se dit-elle dans un sourire.

Elle se mit dans son fauteuil. Devenir handicapé, c’est changer brutalement de rang, c’est ne plus pouvoir prendre le bus car on ne peut pas monter les marches, c’est repérer les rares métros qui offrent une entrée pour handicapés, c’est se sentir ridicule et observée, c’est aussi perdre rapidement son travail bref c’est une erreur à ne jamais commettre car la société ne pardonne pas aux faibles.

Elle ira voir ce matin le centre d’assistance aux handicapés, elle a rendez vous pour dix heures, s’il ne fait pas trop froid, elle en profiterait pour lire dans un jardin.

Publié le 09/12/2006 à 12:28
Par iikhouane

Chapitre3

Paris est une ville qui ne dort pas. A toute heure de la nuit, il y a un bourdonnement humain, les fétards attardés rencontrent les ouvriers qui remplissent à la première aurore les premiers RER.

Paris est un endroit fabuleux. Tout y est possible et le possible y est. Vous y rencontrerez des hommes vestiges d'une autre époque, du Moyen-Âge barbare ou de l'âge raffiné des lumières.

Toutes les pensées s'y trouvent, celles qui prônent la guerre comme celles qui veulent la paix.

Derrière le parisien moyen peut se trouver un tyran en devenir ou une mère Teresa à l'œuvre.

Vous rencontrerez toujours des personnes qui prêchent que Paris est morte et bien enterrée, que les parisiens sont les gens les plus fats du monde et les plus superficiels, cela aussi est vrai tant toutes les gammes des pensées et des sentiments ont élu refuge dans ce Paris, vieux et décrépit, chantant et nouveau, hypocrite et plein de vérité.

Certains parisiens ont la discrétion des jésuites des temps obscurs, vous pouvez les avoir pour connaissance pendant des années sans savoir ce qu'ils pensent ni s'ils pensent quelque chose, d'autres sont tapageurs et moins discrets, gardez-vous de les croire moins énigmatiques.

Certains parisiens sont fins comme les orientaux les plus fins peuvent l'être, d'autres polis, d'une courtoisie d'un autre âge n'en sont pas moins les héritiers de l'occident barbare: pleins de colère têtus et imprégnés d'une soif de domination , d'autres encore entretiennent comme une douce folie de multitudes de passions.

La plupart des parisiens ressemblent aux citoyens de toutes les villes du monde, mais les autres ne se retrouvent qu'ici, mystère de cette ville, il s'y retrouvent souvent pour le meilleur et aussi souvent pour le pire.

Quatre heures du matin, et le calme ombragée d'une rue de Neuilly.

Les rues de Neuilly le jour ne sont que la campagne en ville, mais c'est la nuit qu'elles prennent leur caractère, douces, raffinées, silencieuses dans leurs arbres long et leurs maisons basses. Ici, ce sont les nantis ou tout le moins des cadres bien payés qui résident, une sélection y est faite pour que rien ne trouble cette vision idyllique d'une vieille France gracieuse et coquette, d'une vieille France imaginaire, qu'on retrouve dans les vieux film de propagande des années soixante mais que l'on découvre à Neuilly pour peu qu'on l'observe avec un plaisir léger, un plaisir aérien qui savamment évite d'approfondir les questions indiscrètes.

Il habitait dans une de ces rues d'un calme de cimetière

Il se leva d’un seul geste, agile, sans précipitation. Il ne mettait jamais le chauffage chez lui, les morsures du froid sont autant de stimulants à sa résistance et à sa volonté. L'hiver, cet hôte terrible qui s'était installé chez lui, lui aussi, il se mettait un point d'honneur à lui fausser compagnie.

Quatre heures du matin.

Il n’avait plus besoin de réveil depuis des années, la tentation de rester au lit était pourtant forte mais sa volonté de ne pas se laisser tenter s’était raffermie avec les ans.

Il n’y avait pas de lit dans cette maison, seulement quelques couvertures à même le sol.

Il fit couler l’eau, on était en janvier, il n'ouvrit pas le robinet rouge, l’eau était glacée.

D’un seul mouvement, il se mit entièrement sous l’eau les dents serrées, les muscles raidis.

Il aspira l’air en un râle, plusieurs fois,La deuxième victoire de la journée après celle de se le ver du lit: ne pas dérober son corps ni son dos ni sa nuque à la morsure de l'eau froide; sa peau chaude brûla sous l’eau glacée, puis lentement, la peau devint insensible, et une jubilation le prit : la même jubilation par laquelle il commençait depuis bientôt neuf ans ses journées.

Réglées comme une horloge, ses habitudes matinales ne changeaient pas. Il n’y avait pas d’urgence assez importante pour l’en laisser dévier.

Ouvrir grands les volets, mettre les couvertures sur les bords de la fenêtre, mettre ses vêtements de sport et sortir marcher dans la nuit, chaque jour, il accomplissait cela comme un rite religieux.

Après une heure de marche dans l'obscurité noire du bois de Boulogne son métabolisme sera stimulé, en Janvier, la clarté tarde à venir, il faut alors rejoindre cette partie du bois qu'il aimait le moins, qui était moins boisée et où les larges rues étaient traversés de temps en temps par des voitures à l'allure suspecte, où la lumière artificielle était par trop voyante et où les travestis et les prostitués avaient élus domicile.

Oui se dit-il, même dans le silence des bois, il était empêché de sentir le oui qu'il voulait tant donner à la vie tous les matins, il devait passer à côté du rebut de l'humanité, cela lui gâchait un peu de son plaisir auquel il avait tant droit. Mais il avait plus de chance les jours de grand froid et de pluie, car ils chassent devant eux ces indélicats, et les bois s'ouvraient alors devant lui, pour lui, et le Oui tant chéri lui sortait de la bouche et il le sentait répercuté par les arbres, les pierres, le liège et les buissons. La rigueur a toujours été son amie, rude, revêche et fidèle.

il fit une heure de jogging et revit chez lui s’asperger d’eau froide, Il s'installa dans son jardin à l'abri des regards et immobile les jambes croisées à l'arabe, les mains sur ses cuisses, le dot droit et le regard à l'intérieur de lui-même, il médita .

Vers sept heures du matin, il prit du lait de coco frais et se déguisa pour aller rejoindre le monde des hommes.

Il mit sa chemise blanche et son costume gris impersonnel et comme chaque jour ouvrable il alla rejoindre son travail.

Les hordes humaines s’engouffraient dans les bouches de métro, trop mal réveillées pour sourire ou pour se lancer les œillades de drague quotidiennes réservées aux autres heures de la journée.

Il descendit du bus, cinq minutes à pieds et il se retrouva le badge à la main lançant le sourire quotidien à la fille de la réception puis monter les ascenseurs au premier étage.

Il suspendit sa veste prés de son bureau, alluma son ordinateur et s'installa.

Quinze minutes plus tard tous ses collègues de bureau étaient arrivés

Il prit avec eux le café du matin avec qu'il expédia et prétextant un travail urgent, il se hâta de rejoindre son poste de travail.

Frédéric proposa de prendre un café, c'était la pause de dix heures trente, il y allèrent, il finit de sauvegarder sur son Pc son travail est alla les rejoindre.

Ils étaient dans une agitation anormale, et comme c'est l'habitude lorsqu'une information étonnante est en circulation, on lui répéta la nouvelle.

Un attentat venait de frapper Paris, un immeuble du seizième arrondissement a été pulvérisé par la force de l'explosion.

C'était Anne, la secrétaire du contentieux qui les éclairait sur le sujet, Normal se dit-il, qui d'autre passe le clair de ses journées devant internet.

- Tout l'immeuble est détruit, même les immeubles adjacents ont soufferts

- Mais c'est quoi cet immeuble

- Je ne l'ai pas encore dit, Grands Dieux, c'est un édifice qui sert de centre d'assistance aux handicapés

- Aux handicapés? demanda Frédéric, mais ce n'est pas un attentat donc, c'est un incident

La voix précieuse et les intonations ridicules de Frédéric commençaient à lui devenir pénibles

- C'est un attentat confirma Anne, la police a trouvé les traces d'explosifs, aucun doute c'est un attentat terroriste

Il trouvait qu'elle prononçait le mot terroriste avec un certain plaisir

- Mais pourquoi des handicapés? C'est la fin du monde! Qu'est ce qu'ils ont fait eux?

- Peut-être que ce n'est pas l'immeuble qui était visé, peut être qu'il se situe à côté d'un édifice de l'armée ou de quelque chose qui les aura attirés

Hassan semblait mal à l'aise, tout le monde pensait à un attentat islamiste, depuis quelques décennie, ils avaient pris le monopole de l'activité se dit-il

Personne ne le regarda, tout le monde pensait aux islamistes et en sa qualité d’arabe et de musulman

Lui, n’avait rien dit, du coup on le regardai à la dérobée, on ne le comprenait pas, il leur était énigmatique et donc ils étaient toujours légèrement suspicieux, ils attendaient qu'il prenne part d'un peu de leur indignation,il le sentit et dit :

- Le monde est devenu fou

Ils acquiescèrent en silence

Il savait pourquoi ils réagissaient ainsi, il savait aussi comme s’il y avait assisté ce qui allait se passer les prochains jours

Il eut une crispation de dégoût

Ils étaient grégaires, des moutons, rien que des moutons se dit-il

Le sérieux, l’importance qu’ils donnaient à leur mort était risible, comme si l’univers était suspendu à leur carcasse

Il regarda Frédéric qui continuait à s'indigner en exposant de sa voix précieuse, avec méthode et clarté jusqu'à quel point c'était horrible d'avoir fait exploser le centre d'assistance aux personnes handicapées.

L’indignation qu’ils ressentaient à la mort d’autrui n’était pas qu’un simple phénomène d’association, c’était beaucoup plus compliqué que ça mais la projection de leur propre mort y était pour beaucoup se dit-il

Leur indignation, cette fleur d’humanité, de bonté et d’autres valeurs extrêmement aimables sentait la peur pour qui y voyait clair, la peur et la petitesse, la stupidité, elle sentait le mouton.

Il crispa de ses lèvres sensuelles et bien dessinées et replongea dans ses pensées

Se dire que ce qui est arrivé aux autres pouvait leur arriver aussi, ce n’était pas aussi clair dans leur esprit et ils pensaient réellement agir par libre arbitre.

Pourtant ne sentaient-ils pas de façon confuse que si cet attentat était arrivé au Malawi ou bien en Mauritanie, leur réactions seraient beaucoup moins forte, ne se demandaient-ils pas pourquoi du haut de leurs vertueuses valeurs ? Mais non, s’il y a une chose dont les gens à cette époque geignarde sont incapables de faire c’est bien de penser, réfléchir oui à tout le plus se dit-il, mais penser, peser, c’est l’apanage du petit nombre.


Il se sentit amer, le petit nombre devait être très petit
Si d'autres ont les mêmes raisons de vivre que lui, ils se montraient discrets, comme lui du reste
Notre temps n'est pas encore venu, se dit-il, mais d'autres y travaillent-t- ils comme moi? se demanda Il
D'autres sont-ils entrain de briser ces valeurs mondialisées?

Toutes ces valeurs de la défense du plus faible, de pitié ou plutôt d’humanité puisque c’est plus correct et « généreux » ne sont qu’égoïsme individuel et de masse, et dire que dans ces multitudes qui sont la foule quotidienne qui emplit les villes, personne ne comprenait les rouages qui les font fonctionner : valeurs des faibles.

Le fait que ce soient des handicapés qui furent tués les remuent encore plus fort; c’est le mythe de l’innocence se dit-il, lorsqu’on est sans défenses on n’a pas la capacité d’être méchant et on est donc innocent

Il sourit de la fatuité d’un tel raisonnement

Qu'est ce qu'ils ont fait eux s'était demander Frédéric

Comme un troupeau de bétail, ils répètent les valeurs qui les protégent, et leur indignation les rassure sur le caractère inébranlable de ces valeurs, c’était à celui qui exprimerait en mots les plus frappants ce sentiment.

Le sérieux affligeant avec lequel la nouvelle sera commentée sur toutes la chaînes, les débats que cet attentat allait créer, consistera en une seule chose, à répéter encore une fois en mots divers, en phrases courtes ou en discours longs, l'horreur que cet attentat suscite et devrait susciter.

Il n'empêche, maintenant, une nouvelle étape a été franchie se dit-il, c'est la première fois qu'un de ses actes mobilisait l'opinion publique.

Ils ne comprendront jamais ni les raisons de son acte ni comment il l'a monté, mais il ne comptait pas sur sa compréhension, il ne jouait ni sur leur frayeur ni sur leur opinion, ses objectifs sont bien au-delà.



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