Alain avait passé la journée devant ce qui était le centre d'assistance aux personnes handicapées, Il vit les blessés, ce qui restait des morts mais ne trouva pas Alice, une folle espérance, le prit, malgré le téléphone portable de sa femme qui ne répondait pas, il y avait certains pans des murs du bâtiment sous lesquels gisaient d'autres victimes, sa partie rationnelle lui disait que c'était la que devait se trouver Alice, mais il se refusait d'écouter, il espérait, Alice ne pouvait pas être parmi des victimes, simplement parce que une telle chose ne pouvait pas arriver, car c'était Alice, des choses pareilles n'arrivent pas surtout qu'elle venait de subir un accident terrible, et que pleine de courage, elle avait accepté sa situation d'handicapée au point de venir s'informer sur ce que deviendra dorénavant sa vie
Il se surprit à penser, au genre de vie qu'ils mèneront désormais, il était tout amour et même avec un handicap il fera en sorte qu'Alice soit heureuse que lq vie lui soit légère et quand ils auront des enfants, Alice aura de nouvelles joies, non, elle vivra encore plus heureuse qu'avant son handicap.
Son regard se porta sur le tas de gravats et son estomac se serra.
Une main sur son épaule le fit tressauter, Son chef, Jack dit le vieux, le regardait avec la mine dont on annonce aux familles des victimes la mort d'un proche
Alain le regarda, le nœud de sa gorge lui faisait mal, et son estomac ne se desserrait pas
- Viens avec moi Alain
Alain le suivit, ils dépassèrent la cohue des badaux, contournèrent la ceinture de sécurité et arrivèrent à la voiture de Jack
- J'ai reçu de mauvaises nouvelles Alain
- On a retrouvé le corps
- Non, mais nous avons visionné la bande enregistreuse de la caméra bande surveillance, l'explosion venait des toilettes
Jack attendit quelques secondes pour qu'Alain anticipe de lui-même ce qu'il allait lui annoncer
- Elle venait d'aller aux toilettes
Après un instant de silence, Jack dit
- Je suis désolé Alain , il tendit les bras pour serrer Alain à lui, il craignait que celui-ci se rebiffe mais devant son absence de réaction il le serra très fort
- Je suis profondément désolé
Il l'était vraiment
Dans un état second Alain lui demanda:
- Et le corps?
- Je ne crois pas qu'on puisse….
Jack ne pouvait se résoudre à dire à un des membres de son équipe pour qui il avait une affection sincère que le corps d'Alice devait être déchiqueté en mille morceaux, impossible à reconnaître sans analyse ADN
- Vous êtes sûrs? Demanda Alain
Jack ne répondit pas aussitôt mais il n'hésitait pas, il fallait dire à Alain toute la vérité
- Il n'y a pas de doute à ce sujet, Alice est morte
Alain sentit son estomac moins serré, le pire était arrivé, l'angoisse avait disparu, un étonnement hagard remplaçait la peur, il ne réagit pas, il était fatigué, son dos lui faisait mal à presque ne plus pouvoir rester debout
Il laissa Jack, se dirigea vers la voiture
- Puis je faire quoi que ce soit Alain ? demanda Jack
- Non répondit Alain Merci
Il prit sa voiture, se dirigea chez lui, un signal discordant arrivait dans la voiture, c'est la ceinture de sécurité se dit-il, il la mit, son dos lui faisait moins mal, il avait soif, très soif
Arrivant chez lui, il gara sa voiture et entra vite dans la cuisine et but de grande gorgée d'eau
Il était à peine vingt heures, mais il était brisé, il s'allongea,sur le lit, enleva difficilement ses chaussures et s'endormit
Le lendemain, vers neuf heures, Alain se réveilla avec un goût amer dans la bouche, il fut étonné de ne pas voir Alice, et se retourna pour voir si elle n'était pas debout, puis il se rappela qu'Alice ne pouvait pas être debout après son accident, et soudain, il se rappela de l'horreur de s évènement vécus la veille, la boule dans sa gorge durcit
Son répondeur téléphonique émettait des bips, il avait reçu des messages, et lui qui avait le sommeil si léger, n'avait pas entendu la sonnerie du téléphone, Il enleva la prise du téléphone se tourna sur le côté droit et se rendormit
Vers midi il se réveilla de nouveau mais ne bougea pas de son lit, il se remémora chaque instant de la veille, il n'y avait en lui ni désespoir, ni colère, rien que le vide
On l'avait tout simplement privé du sens de sa vie, il sentit combien c'est égoïste de n'avoir pas eu une pensée pour Alice, mais ne pût le faire, elle l'avait laissé et prit avec elle tout le goût de la vie, comment pourrait il encore se le ver le matin?
Comment parler aux gens? Comment rire encore? Comment se lever se son lit?
Il revit la fumée et le spectacle de mort de la veille en pensée, c'est ainsi que dorénavant sera, une ruine.
Il eut faim vers Dix huit heures, il se leva en s'appuyant sur les murs pour ne pas tomber, il était étourdi, avait presque le vertige, il se fit une omelette avec trois œufs, du lait qu'il dévora
Il se surprit avoir toujours aussi faim, se refit une autre omelette puis mangea du thon à la cuillère et se prépara un sandwich au fromage, il avait encore envie de manger mais se força de s'arrêter
Il retourna dans sa chambre, l'odeur de sommeil y flottait encore puis eu une irrésistible envie de vomir, il courût aux toilettes et vomit tout ce qu'il avait mangé, se brossa les dents et retourna dans son lit
Il était vingt et une heure lorsqu'il entendit la porte de la maison s'ouvrir puis e fermer, et le son de bouteilles qui s'entrechoquaient, il se retourna et vit Zack avec deux packs de vingt quatre bières
- La porte était resté ouverte ?demanda Alain
- Non mais je connais des moyens pour ouvrir les portes fermées
- Tu aurais pu frapper dit dans une moue Alain en lui tournant le dos
- Parce que tu m'aurais ouvert? grogna Zack
Zack s'assit à côté de son ami, lui tendit un sandwich au merguez qu'Alain prit
Le merguez était bon, chaud, et pimenté
Il but une bière, Zack en déboucha deux autres
Ils restèrent sans parler des heures à boire, Zack la tête baissée regardant sa bière, Alain regardant dans le vide
Ils étaient à leur dix-huitième bière chacun lorsqu'Alain moins habitué s'affaissa dans le lit, Zack le laissa deux minutes et quand il s'assura que les ronflements de son ami était assez forts, il le couvrit comme une maman, entrebâilla légèrement la fenêtre pour laisser sortir l'odeur des cigarettes qu'il fumait l'une après l'autre et sortit s'installer sur le canapé
Alain dormir jusqu'à dix heures, quand il se réveilla il trouva Zack rasé de frais, et un petit déjeuner qui l'attendait, il se leva pour prendre une douche
Il se força à rester sous l'eau car il eut soudain envie de revenir à son lit, Pendant quil se rhabillait Zack lui tendit un rasoir et une bombe de mousse à raser, il s'exécuta
Quand il fut rasé, il trouva Zack devant la télé dont il baissa le son
- Merci Zack pour tout, mais va travailler je vais mieux
- Je suis en train de travailler
Devant l'air étonné d'Alain Zack les sourcils froncés expliqua
- Je dois trouver le salopard qui a fait ça à ta femme
Alain se sentit soudain las
- Fais comme tu veux
- Tu vas m'aider, on va le coincer
- A quoi bon dit Alain en se dirigeant vers la chambre à coucher
Les Cent dix kilos d'Alain bondirent de son fauteuil
- A quoi bon ? Aboya-t-il Tu sais qui est le suspect?
- Il y a un suspect? Demanda Alain soudain intéressé
- Oui, c'est ta femme
- Comment?
- Ils soupçonnent Alice d'avoir fait exploser le bâtiment
- mais c'est n'importe quoi dit Alain
- Prouve le! Dit Zack en le regardant dans les yeux
- Comment peuvent-ils croire une chose pareille?
- Je vais tout t'expliquer, nous allons à notre bureau
Devant l'air las d'Alain Zack ajouta:
- Il n'y aura personne, secoue toi mon vieux, il est temps de bosser, ils veulent tuer Alice deux fois, et cela je ne le permettrais JAMAIS
Alain en sut gré à Zack
Zack venait de lui montrer le chemin, il avait adopté l'attitude qui était attendue de lui, il lui avait en quelque sorte montré la voie de sortie, il continuerait à vivre avec Alice à travers de son nouveau combat: innocenter sa femme, il sentit un fil encore léger, frissonnant et fragile qui le retenait à la vie, ce fil était la mémoire de sa femme
Il regarda la télévision et vit une nouvelle journaliste avec la boulangère d'en face, il demanda à Zack d'augmenter le son
- Il sont adorables tous les deux, elle surtout disait la boulangère, elle m'achetait ses pains aux raisins tous les matins, jamais je n'aurais cru ça d'elle
- Vous la trouviez comment
- Elle était jolie, s'habillait parfois de façon un peu provocante, mais je ne critique pas, mais elle souriait toujours, parfois même un peu trop, façon chinois, un peu jaune…
Leila se hâta de l'interrompre pour donner sa conclusion
- Alice était donc une femme comme tout le monde et qui aimait la vie, Son mari, inspecteur de police a fermé sa maison aux journalistes, selon un des ses proches, il ne donnera aucun commentaire pour le moment
En ce qui concerne Alice, Personne ne sait à l'heure actuelle qu'elles étaient ses motivations réelles dans ce qui s'appelle désormais Le carnage du seizième. Leila Woroud De la rue XXX prés du centre des handicapés Paris Seizième







