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Publié le 21/02/2008 à 16:24
Par iikhouane

L'enthousiasme de Véné la faisait sourire
Quelle verdure dans la jeunesse
On a beau pu rallonger la vie à plusieurs siècles, il y a toujours dans le premier siècle une sève, une fraicheur que toute la technologie du monde ne pouvait égaler
Véné allait vers ses soixante ans, un enfant!
Il est enthousiaste pour la cause, comme sont enthousiastes tous les jeunes
Mina ne comptait plus le nombre de ceux qui juraient se battre avec elle jusqu'à la dernière minute de leur vie et qui cinq six ans voire dix ans plus tard commençaient à se fatiguer à soutenir une cause aussi à l'encontre de l'intérêt de tout le monde

Tout le monde voilà une expression qui la faisait sourire, tout le monde ne comprenait bien sûr que les habitants de la planète
Les victimes, elles, ne font pas partie de tout le monde
D'ailleurs, on ne veut pas voir qu'il y a des victimes
Et si on arrive à les voir, on leur conteste le statut de victimes

Mais aujourd'hui elle avait une réunion avec l'idole de la planète, avec le chevalier sauveur, responsable aussi de toutes les injustices

Mina n'attendait rien de cette réunion sauf une certaine renommée, et cela en lui-même n'était pas à dédaigner
Elle allait se battre comme à son habitude avec toute son énergie
Elle sera certainement moquée, mais quelque chose restera de ses paroles..Peut être que l'idole des masses un jour se souviendra t il de ses paroles
Peut être que comme tous les idéalistes qui ont concrétisés leurs rêves arrivera t il à revenir sur ses pas
Ce serait une révolution
Mais Mina ne s'attendait pas à ce que cela arrive de sitôt

Une seule goutte peut-elle briser un rocher en deux?
Oui si des millions de les gouttes d'eau pendant des millénaires n'ont pas cessé de tomber au même endroit

- Bonne chance Mina dit Véné
- Merci Véné, nous y sommes dit-elle en souriant
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Comme il s’y attendait, la réunion était houleuse
Les bons sentiments sont la chose la moins inoffensive du monde lorsqu’ils n’apportent aucune solution
Il regarda Mina
Son indignation était réelle,
Ses lèvres tremblaient
Elle avait pourtant passée depuis assez longtemps la prime jeunesse. Se dit-il
Elle était mariée, son mari semblait en forme physique normale. ce n’est donc pas un transfert sexuel

Non, elle avait une conviction
Elle l’étalait
Mais cela servait à quoi ?

C’était son tour de parler
- Madame Mina s’entendit-il dire, vous êtes évidemment convaincue de ce que vous dites, car vous n’êtes plus de prime jeunesse et il ne s’agit point d’un sentiment provenant d’un transfert sexuel
- Sauf votre respect Monsieur, j'aimerais qu'on s'attarde moins sur mes motivations physio--phycologiques que sur mes idées
- Vous voulez sans doute dire psychologique, vous n'êtes pas une algue je présume. Hélas pensa-t-il à part lui, des branches entières de ce qui jadis était considéré comme une science disparaissait, il n'en restait que des termes utilisées hors de leur contexte
- Ainsi, vous pensez que c'est une barbarie de priver les autres planètes de leur sève pour transporter leur énergie dans notre maison?
- Je parle uniquement des planètes ou il y a une vie, voire seulement les planètes qui contiennent une vie consciente, nous ne pouvons pas assassiner des milliards d'individus pour faire durer de quelques dizaines d'années la vie sur notre maison
- Vous proposez donc un long suicide, car vous savez bien que jusqu'ici même en puisant l'énergie des planètes sans distinction de leur capacité d'héberger une vie nous n'allons pas très loin, j'ajouterais à cela que les transferts d'énergie depuis une planète vivante est de trois cents à cinq cents fois plus utile car les conditions d'e l'environnement de la planète sont toujours voisines aux nôtres
- Mais c'est éthiquement inacceptable, c'est comme à l'époque barbare ou nous assassinions d'autres êtres vivants et mangions leurs cadavres
- A mon avis à l'époque nous n'avions guère d'autres choix
- C'est abominable cria Mina

- combien représentez vous, deux pour cents à tout casser de l’opinion, admettons que l’avenir vous donnera raison ce dont vous ne doutez pas et ce dont je doute, nous sommes dans le présent, épargnez-nous vos sentiments élevés ou trouvez moi une solution. Viable et économique de rechange
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Je suis l'inventeur du concept de transport d'énergie, c'est un peu grâce à moi que des milliards d'individus vivent encore dans notre Maison, que nous continuons d'avoir des réunions et que nous vivons tout simplement

J'ai depuis reçu les plus grandes distinctions, om m' a proposé les postes les plus lucratifs et ceux qui apportent le plus d'honneur, mais j'avais trouvé ma vocation: Faire durer la vie de notre maison, depuis je parcours l'univers à la recherche de planètes

A ce jeu là aussi, je suis bon, parmi les milliers de chercheurs de planètes j'ai toujours été celui qui en dénichaient les meilleures, à mois tout seul j'ai du apporter quelque chose comme cinq ans de vie é toute la planète en énergie, un record inégalé mais hélas loin d'être suffisant à long terme
Je suis un artiste dans l'âme. J'aime à sentir les choses sur lesquelles j'interviens, Je suis en quelque sorte leur mémoire.

Je suis un homme d'honneur aussi, sinon serait-je en train de faire ce que je fais?

Je suis le seul homme marié qui a des enfants et qui s'en va à la recherche de sources d'énergie vitale pour notre planète, notre maison.

Pour les plus jeunes d'entre vous, qui croyez que notre Maison a toujours été ainsi, je donne un bref aperçu historique.

Notre maison était une planète dans laquelle nous vivions en espèce dominante, et nous utilisions ses ressources pour vivre
Ainsi, nous élevions d'autres espèces que nous dont on se nourrissait
Nous étions devenus des milliards, et nous devions élever des dizaines de milliards d'individus provenant d'espèces différentes.
Chaque espèce avait les spécificités de sa chaîne alimentaire, nous utilisions une bonne partie de notre eau à irriguer des surfaces impressionnantes pour faire vivre ces espèces pour notre consommation

Ne croyez pas qu'à l'époque la question morale de manger d'autres créatures vivantes nous taraudait!

C'était notre vie qui en dépendait

Ce qui nous facilitait la vie fut que les espèces que nous utilisions n'avaient pas acquis d'intelligence, nous ne devions pas encore affronter les questions morales de la souffrance qui parvient à s'exprimer.

Jusqu'à une certaine période, nous conservions une espèce d'équilibre, nous ne consommions pas beaucoup plus que notre maison pouvait produire

Notre énergie provenait du sol, c'était de l'énergie stockée par notre terre, enfouie dans les entrailles de notre maison pendant des millénaires, les énergies instantanées provenaient du soleil, du vent, du mouvement de l'eau ou d'installations de génération de chaleur que nous créions, mais étaient insuffisantes pour nos besoins.

Nous nous sommes ensuite très rapidement développés, nos transports interplanétaires et au sein de notre planète, à eux seuls consommèrent autant d'énergie que tout le reste avant ces inventions.

Ajoutons à cela tout le confort que votre génération connaît, Allongement de durée de vie à plusieurs siècles, régénération de vos cellules, nano apprentissage qui vous permet de savoir en quelques minutes ce qu'auparavant vous auriez du passer une vie à apprendre
Bref, ce que nous sommes est le produit d'inventions qui nécessitaient la consommation d'énergie vitale importante
Beaucoup plus importante que notre Maison ne pouvait apporter.

Comme souvent, le problème créé par nos inventions a été résolu grâce à ces mêmes inventions

Nous avons commencés à explorer l'espace en quête de mondes où la vie existe
Au départ, l'idée était de migrer dans d'autres mondes en créant des colonies assez petites pour vivre sur l'énergie de ces nouvelles planètes

Par la suite fut développée la technologie qui permettait de transférer la plus grande partie de l'énergie vitale d'une planète vers la planète mère.
L'idée venait de moi, et au départ je n'avais pas assez d'élément pour juger de sa faisabilité

Seulement je ne pouvais me résoudre à laisser notre planète, notre mère et notre maison à l'abandon

J'ai consacré ensuite ma vie à regarder de prés ces mondes auxquels on se devait d'ôter la vie, pour assurer notre survie

Selon nos calculs, l'univers proche auquel on peut espérer atteindre contient assez de vie pour que notre planète dure encore une vingtaine de milliers d'années

Pour ma part je crois que nos besoins d'énergie allant augmentant cet univers proche sera insuffisant pour le tiers de cette durée

Mais comme je dis toujours, souvent c'est dans ce qui a généré le problème que réside la solution, je crois en l'éternité de notre maison et de notre espèce.

Pourquoi je consacre ma vie à parcourir les mondes?
Je crois que j'ai toujours eu une fibre artistique développée
J'ai besoin de recueillir les milliers de témoignage de la vie avant sa disparition sur ces différentes planètes

La vie est tellement semblable dans les univers!
Les espèces nouvelles que l'on trouve nous rappellent des espèces existantes ou ayant existées chez nous
Il est souvent arrivé que l'on tombe sur des espèces qui nous ressemblaient
Sur certaines planètes, on aurait pu prendre quelques uns de ses individus et les transporter chez nous et ils n'auraient aucunement attiré l'attention
L'intelligence même est tout à fait semblable, seul le cumul technologique nous donne une écrasante supériorité

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J'aime cet endroit.
J'y suis heureux.
Je regarde ma femme. Ses rides sur son front, elle les a toujours eu depuis qu'elle était enfant.
Ma tendresse est entière, elle n'a jamais changé. Ni ma tendresse ni ma femme n'ont changés.

Ma femme se retourne, elle voit mon regard, elle sourit.
Elle comprend.
Elle sait.
Elle aussi, je l'attendris
Je n'ai jamais compris pourquoi, ni comment je pouvais attendrir
Mais au fond, j'ai une explication, simple, évidente: ma femme est un ange

Nous avons deux garçons, Chadi et Rami, ils ont les yeux doux de leur mère et ont hérité mon front et mon menton
Diable!
Comment pourraient-ils être à la fois têtus comme leur père et doux comme leur maman?
Rude tâche qui les attend me dis je

Ma femme s'approche, derrière elle, la mer infinie
Je ne regarde que ma femme
Elle approche une chaise longue à côté de la mienne
Elle sait de quoi j'ai envie en ces moments
Généreuse, elle me regarde avec ses yeux qui sourient
C'est exactement ce dont j'ai besoin
- Tu vas attraper un coup de soleil dit-elle soucieuse
- J'ai envie de rester chérie
- Alors, mets au moins ton chapeau
Elle engouffre la moitié de ma tête dans mon chapeau, ce qui fit rire Chadi qui manqua étouffer avec sa saucisse de veau dans la bouche

Je sentais son parfum contre moi, je l'attire vers moi
- Arrête, tu vas nous faire tomber dit-elle en riant

Pendant une demi-heure, sous le ciel clair et face à la mer, la chaise longue qu'elle a apportée restera vide à côté de nous, nous silencieux; l'un contre l'autre, l'un ressentant l'autre, on était bien.

Nous savions notre bonheur


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Une brise joue sur mon chapeau, elle vient le caresser puis s'envole, puis revient pétillante de malice et mime un coup de vent.
Le chapeau protège mes yeux du soleil qui irradie une lumière presque irréelle. Le soleil aujourd'hui est joyeux, il danse.
Je suis assis sur une chaise dans le jardin d'une maison. La maison penche sur une mer dont jaillissent des milliers d'étincelles.
Tout au loin, un peu avant la ligne de l'horizon, la coupant en deux, comme pour faire carte postale, une barque est immobile.
C'est une belle planète.
Ce coin est un bon coin de cette planète.
Il y fait bon, un petit miracle d'équilibre, la vie fourmille partout prompte à saisir les petits miracles
Jusqu'à quand? Me demandais-je
Jusqu'à pas assez longtemps
Jusqu'à plus vite que si je n'étais pas là

Je me remémorais les endroits que j'ai connus, que j'ai aimés, les endroits que j'ai perdus
Ah la mémoire!

Et dire que certains disent qu'elle est sélective
Si elle l'était, j'aurais oublié
Aurais-je aimé oublier?
Oui
Définitivement oui
Oublié mes larmes, mes déchirements lorsque la poignée de terre à laquelle je m'agrippais, où j'enfonçais les ongles, devenaient d'une sécheresse sans vie.

Avez-vous déjà sentis un attachement pour quelque chose de nouveau comme si toujours vous n'avez été habitué qu'à le voir, le palper et à vous en nourrir, dites?

C'est une sensation comme celle que j'éprouve aujourd'hui, de bonheur, d'attendrissement quasi enfantin devant une beauté légère, impalpable. Une beauté qui joue une musique qui fait danser quelque chose dans mon cœur. Ceci me fait aimer ce qui m'entoure, en ces instants je m'aime.
Pourtant, je ne suis là que depuis quelques minutes
Je suis venu ici par hasard
J'aurais pu tomber comme les dizaines de fois passées dans des endroits de fausse promesse, dans des endroits où la vie n'est qu'un leurre, qui ne nourrisse ni le cœur ni l'estomac

Il regarda par terre, ils étaient chauds encore
Savaient-ils leur bonheur, le conscientisaient-ils ?
Combien de temps ont-ils du vivre ici, un an, dix peut-être vingt!
Quelle chance a du être la leur!

Il regarda le couple et les enfants morts, il y avait des saucisses de veau sur la table
Il sourit
Eux aussi ne se posaient pas de questions sur le fait de tuer d'autres espèces
De même que mes compatriotes ne se posent pas de question sur l'absorption de l'énergie de cette planète et la mort collective qui en résultera

Ils viendront bientôt; ses frères, ses amis, ses compatriotes
Il a encore quelques minutes de jouissance, c'est avec ces aumônes de plaisir qu'il vit encore
Ils sont encore chauds, dans leur langage, il a du les refroidir
Ils étaient les heureux propriétaires de cette maison
Les parents, lui dans la cinquantaine, elle la quarantaine et deux enfants, beaux garçons de dix à douze ans, l'air sains et bien nourris
Ils devaient faire des projets d'avenir, ils rêvaient que leurs enfants deviennent grands, beaux et heureux, certainement.
Finalement, ils ont eu de la chance de ne pas vivre la terreur de l'incompréhension
La terreur de la fin non pas de leur monde mais du monde
Le transport d'énergie! Quelque part Mina n'avait pas tort, c'est une barbarie

Ils sont morts sans douleur, avant de s'en rendre compte, ils n'existaient plus
Les autres ce sera une autre affaire, cela durera une heure peut être, pendant que ses compatriotes puiseraient l'énergie contenue dans les entrailles de cette planète.
Les religions dominantes ici appellent ça le jour du jugement dernier


Comment ils appellent déjà cet endroit se demanda-t-il

La planète s'appelle Terre tout simplement, elle a une lune, et je suis dans un bout de territoire qui s'appelle Maroc

Très joli nom, une de nos navettes devrait prendre ce nom

Publié le 23/12/2006 à 23:53
Par iikhouane

Chapitre 2

Alain prépara un copieux petit- déjeuner

Lui se contentait de céréales, mais Alice était gourmande le matin

La café était fort et brûlant, le lait aussi était chaud, sur un large plateau il mit le couvert et du sucre, des viennoiseries, du pain complet, une pomme et deux mandarines.

Il porta le tout dans la chambre à coucher, ses chaussons ne faisaient pas de bruit sur la moquette bleue qui recouvrait toute la maison.

Le plateau dans les mains, il poussa du bras la porte qui s'ouvrit sans bruit, les volet étaient fermées mais la lumière du jours depuis les fenêtres du salon éclairait le grand lit où Alice était allongée, un bras sous la tête.

Du premier coup d’œil, il vit qu’elle feignait de dormir, il en ressentit du chagrin, il réprima un soupir, releva la couverture et mit le plateau de façon à ce que sa femme ne le renverse pas accidentellement.

Il ne pu s’empêcher de regarder le visage d’ange d’Alice

Avec tendresse, délicatement, il se baissa et embrassa le front de sa femme, il la sentit retenir sa respiration… Elle aussi devait étouffer un soupir se dit-il

Ce qu’ils se connaissait bien se dit-il, Bon Dieu ce qu’ils se connaissaient bien

Ce que l’un sentait se communiquait sans parole, l’autre le ressentait aussitôt ; dans des situations comme celles-ci, les mots devenaient un danger

Il n'avait pas envie de sortir de la chambre, il aurait aimé prendre une chaise s'asseoir à côté d'Alice et passer la journée à lui caresser les cheveux, le visage, les paupières à regarder le lobe de son oreille et à lui dire les bêtises qui lui passeraient par la tête, rien que des bêtises amoureuses.

C'est quoi ces enfantillages ?se dit-il Il se força à sortir de la chambre, il avait envie de dire ce n'est rien chérie, tu verras ce n'est rien. Il ne le dit pas. Depuis son accident, une sorte de distance pudique s'était établi avec se femme, il voulait lui laisser le temps, elle avait besoin de temps pour se retrouver elle-même

Il faut que je sois patient, elle-même, ne s'emporte pas, mais elle a encore du mal à s'accepter se dit-il

Il prit son pistolet, regarda l’heure et sortit prendre sa voiture

Alain avait trente-quatre ans, avec le physique d'un homme qui s'est entraîné régulièrement pendant de nombreuses années. Doté d'un physique qui plaisait aux femmes, il savait être charmant en société.

Alain croit que la sincérité se travaille, et il avait dans son regard une lueur de sincérité qu'il pouvait faire jaillir sur commande, il devait à ce talent un certain nombre de conquêtes.

Il prit la voiture, ils habitaient à Nanterre Mont Valérien le rez-de-chaussée d’une maison à deux niveaux. On accédait à la maison par un grillage, le petit jardin faisait cinquante mètre carrés en tout, tout en blancheur, bien entretenu, il dégageait de la douceur.

Noyé dans ses pensées, Alain se dirigeait vers l’Hôtel de la police où il était inspecteur principal dans la brigade criminelle.

Dans une heure il rappellera Alice pour son rendez-vous de Dix heures

Ils devront probablement quitter leur maison se dit-il, le loyer ne serait bientôt plus dans leurs moyens,

La police ne paie pas assez bien.

Dés qu’il fût sorti, Alice poussa de ses mains pour redresser son corps et regarda le petit-déjeuner continental, elle sentit une profonde pitié l’envahir et ses yeux la piquèrent mais aucune larme ne coula.

Elle tira à elle le plateau, mit du sucre et du lait dans son café, y ajouta du lait encore chaud et mélangea le tout à la petite cuillère d'argent. Elle trempa le bout d’un croissant dans son café au lait, mais comme depuis deux mois, son corps refusait de manger le matin

Un sentiment d’injustice lui faisait un noeud dans la gorge, s’était-il douté que je ne dormais pas ? Se demanda-t-elle Oui bien sûr, quelle question!

- Pauvre garçon se murmura-t-elle

Ils s’étaient connus voilà deux ans. Avec son air de ne jamais douter de rien, Alain, comme il le lui avoua plus tard, avait décidé presque du premier coup d'oeil qu’elle était la femme de sa vie.

Elle, depuis le commencement, il l’étonna, et elle s’étonna elle même

Ella se remémora les premiers moments de leur rencontre

Comment elle, témoin mineure dans le braquage d’un supermarché qui avait mal tourné, fut contactée le lendemain par l’inspecteur qui a recueilli son témoignage, et comment elle accepta son offre de prendre un verre.

Il y avait dans les manières d’Alain une hardiesse qui poussait à répondre par une hardiesse pareille.

Elle essaya de se rappeler ses sentiments de cette période, elle était flattée de son regard insistant, et excitée par le jeu qui allait se passer, l'éternel jeu où la femme se dérobe et où l'homme la poursuit.

Ils se revirent plusieurs fois par semaine, lui du haut de son 1m84, le visage souriant et plein de confiance avec sa conversation directe et plaisante pimentée de jargon de banlieue, elle avec une gaieté qui ne la lâchait pas dés qu’il le voyait et qui l’abandonnait dés qu’ils se quittaient.

Elle s’était d’abord sentie attirée vers cet homme, physiquement attirée, puis ce fut un besoin, comment en était-elle arrivée là? Chaque moment avec lui était un plaisir pour elle, un plaisir et une souffrance, il était devenu sa drogue.

Un jour qu’elle n’avait pas pu le voir à cause d’un meurtre sur lequel il travaillait, elle su qu’elle était amoureuse de lui.

Et lui, comme une horloge, comme s’il lisait dans son âme lui demanda le lendemain d’aller passer ensemble la fin de semaine avec sa famille à Toulouse.

Bien évidemment, elle accepta aussitôt, tout étonnée de sa hardiesse et avec une peur sourde au ventre, elle sentait que quelque chose d’important allait se passer durant ces deux jours mais elle ne voulait pas savoir ni imaginer quoi.

Alain avait traîné dans tous les bouges de France, ses fréquentations étaient parfois franchement suspectes, le fait qu’il n’avait pas encore essayé de la séduire et de la prendre physiquement ajoutai à son étonnement d’autant qu’elle était sure de ne pouvoir lui résister, d'ailleurs elle ne souhaiter que succomber.

Ils passèrent deux journées mémorables chez les parents d’Alain, depuis, Toulouse dans ses souvenirs se rattacha au bonheur

Elle adora la petite mère d'Alain, une petite femme, mère d'un si grand garçon!

Sur le chemin du retour, elle avait un sentiment d’inachevé, elle débordait d’amour pour Alain, et lui aussi semblait l’aimer, mais il ne disait rien.

Alain s’arrêta pour prendre un jeune couple qui faisait l’autostop, deux anglais qui ne parlaient pas un seul mot de français, la conversation tomba très vite, et Alice sentit grossir un chagrin dans sa poitrine.

Ce fut vingt kilomètres plus tard alors qu’elle réprimait ses larmes devant le jour qui tombait que la voiture s’arrêta soudainement prés d’un petit bois.

Alain demanda aux deux anglais de les attendre et l’invita elle à faire une petite promenade dans le bois.

Elle ne rie pas, mais sorti toute frissonnante, ils marchèrent entre les arbre, lui, puissant et calme, elle haletante et tétanisée de peur, et soudain, il s’arrêta et sans un mot il la serra dans ses bras doucement puis de plus en plus fort. Elle oublia sa peur, elle s’oublia elle-même et sans volonté de sa part, ses bras vinrent encadrer la tête chérie et elle l’attira à elle.

Quand ils revinrent à la voiture, les anglais dormaient, elle avait les yeux perlés de larmes, ça y est il l’avait demandé en mariage.

Alors elle comprit que ce qu’elle attendait ce dont elle avait le plus peur et le plus envie venaient dans ce petit bois de se faire, elle regarda la borne kilométrique, ce lieu sera à jamais gravé dans sa mémoire et le reste du trajet, émue jusqu’aux larmes, elle garda sa main sur la main chaude d’Alain.

Ils avaient eu beaucoup de chance, le quotidien d’un jeune couple n’a pas émoussé leur tendresse, Alain fut toujours prévenant et abandonna facilement les longues habitudes de célibataire pour devenir le merveilleux mari qu’il est.

Tout fut comme dans un conte pour enfants, ils se satisfaisaient pleinement à eux deux, n se fatiguent pas de converser et de jouer, tout était vraiment trop beau se dit Alice, mon Dieu comme on se fait vite au bonheur

Le 31 Octobre de cette année avait sonné le glas de ce bonheur, elle se revit sur le trottoir, le chauffard ivre dont elle voyait se rapprocher le visage étonné qui perdit le contrôle de sa voiture, elle se souvint du choc sur ses jambes, de sa tête qui heurta le pare-choc de la voiture, se rappela le chauffard dégrisé qui fit marche arrière et fonça dans la route.

Le reste se passa très vite, et finalement, elle quitta l’hôpital en fauteuil roulant, ses membres inférieurs ne lui obéissaient plus et la nuit lorsqu ‘Alain la serre une main sur son sein contre lui, elle ne sent plus ses jambes poilus dans le creux des siennes, elle sent seulement deux tiges lourdes et encombrantes qu’elle doit désormais déplacer. Les médecins étaient formels, il n'y avait aucune chance qu'elle remarche à nouveau.

Le téléphone sonna, elle tendit son bras pour prendre le combiné, elle savait que c’était Alain :

- C’est toi mon chou ?demanda-t-elle

- Oui mon amour, je voulais savoir si tu étais réveillée

- Oui,Merci pour le petit déjeuner, il n’en reste que des miettes

- Tu ne veux pas que j’appelle Cathy ? elle pourrait t’emmener

- Non mon chéri, tu sais que je dois réapprendre à compter sur moi

- Très bien dit il

Elle sentit une petite gêne dans sa voix

- Ce n’et rien Alain dit elle en l’appelant par son prénom, je m’y ferais, on y a tous intérêt

- Tu as raison rappelle moi quand tu auras fini

- Ok à tout à l’heure

- Je t’embrasse

- Moi aussi

Son chou, elle sourit, combien devenait douce cette force brute de son homme dans ses frêles mains, elle était toujours étonnée qu’elle puisse juguler cette tornade qu’étaient ses sentiments, c’est la force de l’amour se dit-elle dans un sourire.

Elle se mit dans son fauteuil. Devenir handicapé, c’est changer brutalement de rang, c’est ne plus pouvoir prendre le bus car on ne peut pas monter les marches, c’est repérer les rares métros qui offrent une entrée pour handicapés, c’est se sentir ridicule et observée, c’est aussi perdre rapidement son travail bref c’est une erreur à ne jamais commettre car la société ne pardonne pas aux faibles.

Elle ira voir ce matin le centre d’assistance aux handicapés, elle a rendez vous pour dix heures, s’il ne fait pas trop froid, elle en profiterait pour lire dans un jardin.


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