Il remis les rames le long du cerceau de fer pour qu'elles ne soient pas balayées par les flots et se jeta avec sa barque sur la masse d'eau, tout au haut de la crête dans la lumière lunaire, distingua la baie, il rama de plus en plus fort, les vagues se faisaient déjà moins grandes, il pouvait maintenant ramer au dessus d'elles et puis un point de lumière lui apparût
C'est maintenant se dit-il
Il cessa de ramer vers l'ouest, le danger des récifs avait remplacé
celui des vagues et il se mit à la recherche de la torche
Pourvu qu'elle ne se soit pas éteinte se dit-il
Mon Dieu faites qu'elle ne se soit pas éteinte
La deuxième lumière apparut aussitôt
Merci mon Dieu Oh merci se dit-il intérieurement
Arrête de faire l'imbécile lui dit une voix, fais de ton mieux, si tu veux la plus belle fille que tout le monde convoite, il faut faire d plus grandes choses que les autres
- Reste prudent, les deux lumières et la barque doivent faire un triangle isocèle
Il suivit son trajet cherchant le rocher nommée lhajjala, la veuve, car
il était seul à émerger, grand récif, mais dont l'approche n'était pas dangereuse, du moins en mer relativement agitée
Bientôt, il vit la veuve, il était en milieu connu, l'eau était beaucoup moins agité et le courant moins fort,
Il contourna le rocher avec de petits coups de rames puis l'aborda par l'arrière
Sur ce rocher il avait fixé, il y a des années un rivet solide pour attacher de l’embarcation légère
Il attacha sa barque sur le rocher
- Maintenant tu dois te reposer, la barque a remplit son contrat, c'est à
moi maintenant de jouer
La seule manière de ne pas périr était de faire le kilomètre qui séparait du banc de récifs qui formait la troisième barrière de protection de la crique à la nage
Sallam prit sa bouteille d'eau, il avait besoin de nourriture salée, il pris depuis un sac plastiques des croquettes de sardines, elles étaient froids mais il ne pensait pas au goût
Tout ce qu'il avait à faire était de reprendre ses forces, de détendre ses muscles et de veiller à ce que le froid ne les raidisse pas
Il plongea dans l,eau, à ce niveau il y a avait trois mètres d profondeur, ses bras se mirent en marche, un kilomètre d e nage ce n'était pas une affaire, mais gare aux récifs
Sallam avait sous estimé la force du courant, i le poussait à chaque moment vers les récifs, et l’éloignait de son point d'approche, après une heure il était exténué et avait parcouru à peine al moitié d la distance Il se laissa dériver par le courant réservant ses ultimes efforts pour les derniers cents mètresSuivant le courant Sallam évaluait le danger
En s'écrasant sur les récifs il sera déchiqueté
Si j'arrive dans les cents derniers mètres à m'en sortir je serais sauvé, je ferais le retour à marée basse et j'aurais moins à nager
De temps en temps le courant se faisait moins fort car les brisants de l’est arrêtaient les vagues et Sallam en profitait pour gagner quelques mètres vers l'est
Dans les derniers cents mètres il mit toute se force, toute sa rage à fuir les brisants, il gagnait sur le courant mais progressait trop vite à cause du courant pour arriver à son endroit d'approche
Il était à trente mètres des récifs, il devrait être à quinze mètre plus à l'est à cet endroit alors son instinct lui dit de plonger
Le courant est moins fort au fond de l'eau, il prit une longue inspiration, et plongea, il ressentit un choc , son visage avait heurté un récif, il sentit sa pommette déchirée
Il devait avoir une entaille sous l'oeil droit
Il poussa de ses pieds et continua sa nage de forcené, il ne sortit de l'eau que deux minutes plus tard
Il s'était éloigné des brisants et rapproché de son point d'approche à peines distant de quelque mètres
Une vague le poussa à gauche et il hurla de douleur, sa jambe venait d'être sauvagement écorchée par un récif, il pouvait maintenant marcher à pied ce qu'il fit avec prudence malgré une douleur lancinante dans la jambe
- Elle n'est pas cassée se dit-il sinon je ne pourrais pas marcher
Il arrive sur l'énorme rocher qu'il avait baptisé son point d'approche, le sien en propriété exclusive
Il ramena sa jambe vers lui
La lumière de la lune était faible, mais il vit une vilaine blessure
Heureusement que le mollet n'est pas fortement touché, car il faudra penser au retour aussi
Derrière le rocher, une eau calme, un oasis de paix dans cette férocité des éléments attendait l'homme assez fou pour venir y pêcher
Dans le rocher, d'une crevasse, il retrouva sa ligne qu'il laissait toujours là avec des poissons métalliques, meilleurs que l'appât vivant
Toute la nuit, Sallam attrapa des poissons pour les rejeter à la mer
Sa main était écorchée à force de tirer sur le fil
Quand il s'arrêta pour se reposer, il avait ce qu'il voulait, une énorme dorade d'une dizaine de kilos
Vers le coup de neuf heures, el village était rassemblé sur la plage
Sallam revenait avec son embarcation
Le temps avait fléchi mais jamais de mémoire de pêcheur, une barque n'avait pris le large par ce temps
Houman courait comme un fou:
Allez les jeunes, faites quelque chose, le garçon va se noyer
Pensez, il a passé toute la nuit au large, il doit être mort de froid et de fatigue
Les têtes se baissaient Arbi se contenta de marmonner: J'ai une femme et des enfants Houman, ce que Sallam n'arrivera pas à faire personne ne le fera
Azzouz regardai intensément: - Quel homme répétait-il, Pauvre homme
Mais Sallam arriva sur le port
On s'empressa de prendre son embarcation et de l'attacher solidement
Il avait une belle dorade dans le bras, ses pieds étaient ensanglantés, une profonde entaille marquait sa joue et il était fantastique, sale, beau
Il marcha dans le silence des villageois et marcha vers le restaurant de
Azzouz
Celui-là fut seul à l’accompagner
Sallam avait dans les oreilles le bruit des vagues, il n'entendit même pas les pplaudissements qui fusaient derrière lui
Azzouz parlai rapidement
- Doucement Sallam, ne marche pas aussi vite, cette fille ne te mérite pas
Dans le restaurant, enlacés, Hatim et Loubna, regardaient cette apparition repoussante d'un homme ensanglanté avec une dorade sur le bras
Sallam regarda le couple sans comprendre
- est-il bête celui-là demanda Hatim, va-t-en tu salis le plancher
La daurade tomba des mains de Sallam, soudain il eut honte de son aspect,
de sa bêtise à rester là devant le regard grave de Loubna
Il leur tourna le dos, il était fatigué
Il entendit Loubna dire dans un rire étouffé: - il est un peu bête, ce
n'est qu'un villageois
Azzouz suivait Sallam:
- cette fille, a fait de toi son esclave pendant deux moi, tu as fais toutes ses commissions, tu étais très amoureux pour t'en rendre compte, elle s'est joué de toi, et maintenant elle a eu ce qu,elle voulait elle s,est joué de l'enfant qui est maintenant là, ils vont se marier,
Il est riche et elle n'est qu'une salope
Sallam s'arrêta
- Laisse moi dit-il
Azzouz s'écarta
Sallam ne sortit pas ce jour là, la nuit, il alluma un feu à côté de sa baraqueLivre par livre, les oeuvre de Jack London brûlèrent
Ce fut ensuite le tour de sa barque, lambeau par lambeau, la fidèle barque brûla, toute la nuit.
Au matin à leur retour, les pêcheurs virent Sallam avec les Bayaas
Il acheta le poisson dans le silence des pêcheurs, ne prit pas les meilleurs morceaux que tout le monde lui proposait et s'en fut les vider
Le soir après dîner, les pêcheurs réunis discutaient de ce grave évènement
Personne ne songea à reprocher à Sallam de les avoir laissé tomber
Dans un hochement de tête Arbi dit:
- il a du voir quelque chose dans cette terrible nuit, un démon lui aurait interdit de s'embarquer sur la mer
Houman souriait:
- Vous n'y êtes pas, je lui ai demandé ce qu'il en était
Je lui ai dit si c'était son trésor qui le rendait ainsi, l'avait il perdu
et il m'a répondu qu'un Bayae le lui avait pris
Je vous le disais, il continue de chercher son trésor
Zineb se retourna vers son père
- Arrête de dire des bêtises père
Elle se leva dans la confusion générale et entra précipitamment dans la maison







