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Publié le 25/08/2006
Par iikhouane

Les hommes et les femmes étaient repus. Les femmes après avoir discrètement emmené les tagines et les avoir lavés des restes de la nourriture auprès du puit dans l'enceinte même de la maison, rejoignirent leurs maris à l'extérieur.

Comme chaque vendredi, les douces conversations des nuits d'été avaient

commencées

Les habitants se connaissaient tous dans ce village de pêcheurs, sur la

côte Atlantique du Maroc, au sud d'Essaouira.

Une bonne partie parmi eux vivait de la pêche
Le village étant entouré par des vallons qui lui conférait un air doux attirait quelques touristes; certains villageois se sont adonnés à cette activité, guides et accompagnateurs pour la plupart, à part Azzouz.

Celui-là avait rapidement ouvert le seul restaurant du village avec trois chambres à louer et s'était encore enrichi. La richesse étant chose toute relative, il ne suffisait pas de beaucoup pour être considéré comme riche dans ce pays.


Assis par terre sur la grande Hsira, une natte de jonc à motifs, une lampe à propane diffusant sa chaude lumière, Arbi commença

- La journée a été bonne, mieux que celle d'hier

- Nous en avons attrapé des poissons, rien que de la dorade répondit un

autre pêcheur, grand avec une barbe grisonnante

- Il devait y avoir tout un banc dit Houman

Houman, le plus vieux de l'assemblée était aussi le sage du village,

Devant lui Zineb sa fille de seize ans, fraîche fille aux joues roses, le regard doux le regardait avec amour.

Zineb est une de ces beautés de la campagne à qui il ne manque que de mieux s'accoutrer et de se départir de cet air gauche que donne la compagne pour faire sensation.

- Dire que cela va surtout profiter aux Bayaas

Les hommes hochèrent gravement la tête


Deux races d'homme cohabitaient dans le petit village

La race des hommes qui se réveillent tôt, labourent la mer et risquent leur vies fragiles sur le grand océan, ce sont eux les Baharas

Puis la race des vendeurs les Bayaas, le nom est péjoratif et comprend Les vendeurs de poissons, ceux qui offrent le service de les vider et les nettoyer et depuis pas longtemps il comprend les propriétaires des restaurants dans le village

Car il faut dire que l'homme le plus riche du village, Azzouz, n'a jamais été un marin, il vidait le poisson, enlevant les écailles pour le revendre dans les villages agricoles avoisinants.

Le fait qu'il se soit reconverti dans le tourisme ne change pas l'opinion des pêcheurs sur Azzouz, c'est un bayae qui a toujours fuit la mer et préféré éviter la lutte

-C'est qui qui a eu la plus grosse pêche ?demanda Houman

- Qui veux tu que ce soit?

- Sallam?

- Oui, il a eu aussi la plus belle dorade de toute la pêche, six kilos à tout le moins, et il est allé la vendre à Azzouz

- ça ne lui ressemble pas

- C'est que Azzouz a des étrangers actuellement, une rabati, je crois que Sallam voulait donner bonne image du pays

- C'est un pêcheur qui a la baraka dit Allal

- Il est surtout très bon, personne n'ose se risquer là où il va et personne n'a jamais caressé les récifs comme il le fait chaque jour avec sa barque

- On sait tous pourquoi commenta Allal


Sallam avait en effet une faiblesse: il lisait.
Presque chaque jour, on le voyait lire des tas de livres, tournant lentement une page après l'autre

Dans le village on était convaincu qu'il s'agissait d'ouvrages de Sorcellerie

Mais Houman le sage avait un autre avis

- Vous n'y êtes pas, j'ai obsevé Sallam et tout ce qu'il fait en mer vient de ce qu'il connaît mieux que personne ce métier et qu'il est hardi

- Et les livres qu'il lit Objecta Allal

- Croyez moi, les livres qu'il lit, c'est pour trouver un trésor qui a été caché, ce n'est pas de la mauvaise sorcellerie, qui sait peut être qu'un de ces jours il rendra riche ce village


Les pêcheurs ne partageaient pas l'avis de Houman, Sallam était trop solitaire pour être vraiment aimé, cependant tous le respectaient car il était dur à la tâche et n'hésitait pas à rendre service dans les nombreux malheurs dont fut affligé le village

- Qu'importe dit Zineb en rougissant, lui aussi est un vrai Bahar

- Le jour où Sallam accepterai de devenir un Bayae ne se lèvera jamais

dit en riant son père

Sallam n'était pas sans se douter de la réputation que lui faisaient ses lectures, il savait aussi qu'il est inutile de vouloir changer une rumeur


Une rumeur est comme l'air, on ne peut pas le prendre à la main répétait il souvent


En fait Sallam était presque aussi ignorant que les autres pêcheurs, il savait lire et lisait des traductions de jack London en arabe, il aimait cet homme marin comme lui, ne le comprenait pas souvent mais cette lecture lui donnait du plaisir à vivre

Personne ne comprendra ce plaisir s'il ne l'a jamais essayé

Les seuls avec qui il pouvait en parler étaient quelques touristes venant des villes et encore pas tous

Sallam croyait au mérite: Un homme qui ne fait pas de son mieux pendant sa journée est un homme qui lui manquait quelque chose, dut il devenir plus riche, il aurait moins d'honorabilité intrinsèque

Sallam était convaincu que le mérite payait

Sinon, le monde n'aurait plus de signification et Dieu serait un imposteur

Mais Sallam croyait en la sagesse de Dieu et en le pouvoir de la mer, C'est en faisant de son mieux qu'il a exploré les rivages de la mer et était devenu le meilleur pêcheur de la région

C'est en faisant son métier et en apprenant comment traiter la mer, qu'il a pu sauver l'an dernier ces pêcheurs donnés pour morts et qui allaient s'écraser sur les récifs

Ce jour là, tout le village était fier de le compter parmi les leurs



La trentaine, la taille moyenne, le corps robuste et les muscles des épaules saillants, Sallam pouvait passer pour un assez bel homme même en dehors d'un village.
Il l'ignorait
Il se voyait les traits rudes et se demandait comment des traits aussi tranchés pouvaient lui appartenir

Sallam est un romantique, il aimait la mer alors que la plupart des autres pêcheurs ne faisaient que la redouter, il était sensible à sa beauté, passait de longues heures à l observer à s impregner de sa puissance et de sa douceur, il avait une sensibilité développée mais ne pouvait le montrer dans une existence aussi rude. Il avait refoulé cette sensibilité contre un air dur, presque farouche et un silence entier

Il préférait la solitude

Les filles ne lui plaisaient pas, il était encore célibataire dans un village où l'on se marie à vingt ans

Il était insensible à la beauté campagnarde des filles du village et à celle trop voyante des touristes qui venaient de temps en temps

Il ne se l'expliquait pas, il se disait que c'était ainsi, les femmes n'avaient pas sur lui l'impérieux pouvoir qu'elles ont sur les autres
Il se disait cela jusqu'à ce qu'il ait vu la Rbati, la touriste de rabat qui a pris une chambre chez Azzouz pour l'été

Elle s'appelait Loubna. Loubna répétait Sallam dans sa moustache

C’était au début de Juillet, Il était allé voir Azzouz qui lui devait deux semaines pour le poisson

- Mon ami Sallam dit celui-ci voici ce que je te dois au sou prés

- Bonne journée répondit Salam en prenant l'argent sans le compter et en

tournant le dos

- Quand est ce que tu me réserveras ton meilleur poisson?

- Tu te plains de mes poissons? demanda Sallam

- Tout le monde sait que tu ne me donnes pas ta meilleure pêche

- C'est que je la réserve à des personnes que j'aime

- Tu parles de ces Bayaas crève la faim? Je te paierais plus qu'eux

- Ce n'est pas une question d'argent

- Pourquoi, tu ne m'aimes pas Sallam?

- Tu n'as pas besoin de mon amour, eux si

- Ce n'est pas pour moi que je te demande ça mais pour mes invités

- Quels invités? demanda Sallam

- Moi répondit une voix enjouée

Sallam se tourna et faillit tomber à la renverse

Devant lui, une fille les cheveux au vent, les yeux noires rieurs, insistants, moqueurs

Sallam la regardait de tous ses yeux, incapable de penser, tout à cette

apparition, le visage de la fille le regardait et de plus en plus le rire s'accentuait dans ses yeux

Sallam comme ensorcelé avait arrêté de penser
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