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Publié le 17/04/2008 à 10:32
Par Josiane


 


Je vais aussi bientôt transférer ici, sur ce blog plus spécialement dédié à mes lectures, les articles précédemment écrits  sur la page lectures de mon site  

Musardises …la clé des champs ; en attendant, vous pouvez les trouver en cliquant sur les liens ci-dessous.



Effroyables Jardins  de Michel Quint

Une rivière verte et silencieuse  d'Hubert Mingarelli

Geai  de Ch. Bobin

Ceux d'Arasolé  de F.Masala


Publié le 17/04/2008 à 09:16
Par Josiane
Humeur : Souriante
Trois Chevaux
auteur : Erri de Luca
« ce n’est pas le jour qui vient, c’est la nuit qui se retire. »


           Un narrateur-personnage silencieux, solitaire ; il a 50 ans, il est jardinier ; signe particulier ? Lit en mangeant ; il aime , en effet, se plonger dans la lecture d'un livre, acheté d'occasion parce que ses pages se tournent alors facilement , "comme ça, il mâche et il lit".Ainsi, chaque midi, il va dans le même bistrot, s'assied sur la même chaise, demande de la soupe et du vin, et il lit....jusqu'au jour où une jeune femme s'approche de sa table et lui donne son numéro de téléphone ; le soir, il se décide à lui téléphoner ; elle est call-girl, s'appelle Laîla .
           Il décide d'accepter son invitation . ..Et tout peut à nouveau commencer : une deuxième vie pour le jardinier dont, peu à peu, on apprend à connaître la première : c'était en Argentine où il avait suivi Dvora, la femme qu'il aimait ; mais la dictature militaire qu'ils combattaient  a fini par arrêter sa femme ,  l'a jetée en pleine mer, les mains ligotées dans le dos, du haut d'un hélicoptère ; lui, absent à ce moment-là,  a échappé par miracle à la rafle et a dû fuir, se cacher jusqu'à ce qu'il réussisse à s'embarquer sur un bateau ;  débarqué aux Malouines bientôt en guerre, il a dû fuir à nouveau .Il revient en Italie, son pays d'origine, où on lui propose un emploi de jardinier ;  sans attentes, sans illusions, il n'est plus que le reste d'une autre vie , celle de la tragédie vécue en Argentine qu'il ne révèle que par bribes, comme les pièces d'un puzzle . 
           Le passé et le présent se mêlent sans cesse ; il tombe amoureux de Laîla et c'est comme si il croyait pouvoir revivre vraiment après sa "première mort" ; il se concentre alors totalement sur l'instant présent, sur Laîla ; la vie reprend ses droits.
          "Demain, et que sais-je de demain ? Ici, il y a tout l'aujourd'hui qu'il faut." 
            La mort rôde cependant à nouveau ;  Laîla ne peut "se libérer" de ses souteneurs : elle leur échappe , elle "en sait trop" sur eux...
            Mais avant de quitter l'Argentine, quelqu'un ne lui a-t-il pas dit que la vie d'un homme dure autant que celle de trois chevaux ? Alors ....

 


         Mon avis :
C'est un livre un peu déroutant d'abord, mais dont le charme opère très vite ; la poésie baigne le texte de ce récit  dépouillé et en chasse tout pessimisme ; ce  long poème en prose rédigé exclusivement au présent est un murmure pudique, poignant, qui se révéle un hymne à la vie :
        - d'abord à travers le symbolisme du personnage : un jardinier plante des jeunes pousses et les soigne pour qu'elles se développent, pour qu'elles vivent ; l'arbre s'enracine pour s'élancer vers le ciel ; 
        - ensuite par l'amour qui s'impose à l'être,  le pousse à renaître ; par l'amitié qui  apporte son aide ( le personnage de Selim) sans  qu'elle soit demandée.

Ce livre ne tiendrait-il pas le rôle que le narrateur attribue à ceux qu'il lit, ces livres qu'il emporte partout, dans sa poche, près du coeur, poche où ils remplacent l'arme qu'il portait autrefois ? Ces livres dont il dit qu'il "n'y a qu'eux pour changer un homme, pour apprendre la respiration d'un autre".

 Premières lignes 
 
          « Je lis seulement des livres d'occasion.
          Je les pose contre la corbeille à pain, je tourne une page d'un doigt et elle reste immobile. Comme ça je mâche et je lis.
          Les livres neufs sont impertinents, les feuilles ne se laissent pas tourner sagement, elles résistent et il faut appuyer pour qu'elles restent à plat. Les livres d'occasion ont le dos détendu, les pages, une fois lues, passent sans se soulever.
         Ainsi, à midi, au bistrot, je m'assieds sur la même chaise, je demande de la soupe et du vin et je lis.
        Ce sont des romans de mer, des aventures de montagne, pas des histoires de ville, je les ai déjà autour de moi.
        Je lève les yeux, attiré par le reflet du soleil sur la vitre de la porte d'entrée par laquelle ils entrent tous les deux, elle dans un air de vent, lui dans un air de cendre.
         Je reviens à mon livre de mer … »
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Extraits   
« Les jours se passent comme ça. Le soir, chez moi, j'écrase des tomates crues et de l'origan sur des pâtes égouttées et je grignote des gousses d'ail devant un livre russe. il rend mon corps plus léger." 
 

   « C'est ce que doivent faire les livres, porter une personne et non pas se faire porter par elle, décharger la journée de son dos, ne pas ajouter leurs propres grammes de papier sur les vertèbres. »  
  

« Je prends le livre ouvert à la pliure, je me remets à son rythme, à la respiration d'un autre qui raconte. Si moi aussi je suis un autre, c'est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes. »  
 

  « Un clignement de paupières et je suis repris par une ombre d'Argentine, de coups d'oeil rapides, de veste lourde, et un souffle chaud passe dans mon nez. Ma main va vers un geste oublié, je m'aperçois qu'elle est à l'endroit laissé vide par l'arme des années du Sud, et avant de reprendre la maîtrise de mes nerfs je sens son tâtonnement qui cherche l'objet disparu.
    Et je mets un moment avant de prendre une profonde respiration, de détachement. » 

    « Attendre. C’est mon verbe à vingt ans, un infinitif sec sans trace d’angoisse, sans bavure d’espérance. J’attends à vide. »

 


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