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Publié le 30/04/2008 à 20:44
Par Josiane
Humeur : Tendre

Juliette sort de prison en liberté conditionnelle après une incarcération de 15 ans ; il est évident qu’elle est brisée par un drame, un lourd et terrible secret ; ce qui l’a conduite en prison l’a coupée définitivement de sa famille : ses parents l’ont rayée de leur vie et l’ayant rejetée ont interdit tout contact à Léa sa jeune sœur .

Durant les 15 ans de son incarcération, Juliette n’a reçu aucune visite, n’a eu aucune nouvelle de quiconque, la solitude absolue. 

Léa , contactée par l’ assistante sociale chargée de préparer la sortie de prison de Juliette, décide d’accueillir sa soeur chez elle, cette sœur qu’au fond d’elle-même, elle n’a jamais oubliée et qui lui a terriblement manqué.

Comment Juliette va-t-elle reprendre pied dans la vie, dans la société ? Difficile de vivre chez cette sœur dont elle a été séparée si longtemps et dont le mari ne voit pas d’un très bon œil la présence parmi eux, difficile de répondre à la curiosité de ses petites nièces. Difficile de trouver un travail quand on doit avouer qu’on a fait de la prison pour meurtre, difficile de se retrouver au milieu des autres, les amis de Léa qui ignoraient qu’elle avait une sœur… et qui intrigués, se posent beaucoup de questions . Pourtant, grâce à eux tous, à tout petits pas, Juliette va réapprendre à vivre et même, parfois, à sourire .

Comme tous, on se demande ce qui a poussé Juliette à commettre un tel acte

A la fin, l’explication arrive enfin quand , par hasard, Léa découvre dans la chambre de Juliette un petit billet , un dessin et un texte d’enfant …

 

Ce film est profondément émouvant et tout passe magnifiquement par le visage de Juliette, marqué de toute sa détresse. Kristin Scott Thomas interprète superbement  ce personnage de femme si fragile et si forte à la fois, absente, enfermée dans sa douleur, n’osant croire à une nouvelle vie possible.

Au cœur du film, des sujets graves qui nous concernent et, donc, nous touchent : l’enfermement ( qu’il soit physique ou moral ), la solitude, les conséquences des jugements hâtifs, les difficultés de la réinsertion, les liens familiaux,  le poids du silence …

  

Cette mélodie qui donne son titre au film « A la claire fontaine, m’en allant promener…..  Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai. » est le seul vrai souvenir que garde Léa du lien avec sa sœur, un souvenir heureux, l’ air qu’elles jouaient ensemble au piano, à 4 mains,  quand elles étaient enfants, avant que le drame ne survienne, avant que Juliette ne soit « effacée » de la vie des siens et ne « disparaisse » en prison , air qui symbolise ce qui les unit toujours, encore, plus fort que tout, qui va permettre de renouer dans le présent le fil cassé depuis 15 ans, air que Juliette va apprendre à jouer aux filles de Léa sur le vieux piano sur lequel plus personne ne jouait, air que Juliette et Léa vont à nouveau jouer ensemble dans leur familiarité aimante retrouvée. Qu’elles sont jolies, ces notes d’abord hésitantes, qui s’élèvent du piano ressuscité, jolies parce que pleines de promesses : elles chantent, elles disent que, même si le passé ne peut s’effacer, même si certaines blessures ne guérissent pas, les êtres peuvent renaître et vivre de nouveaux bonheurs.

 

Ce film ne m’a pas déçue ; j’y ai retrouvé la « patte » Claudel dans le mystère dévoilé par touches légères, dans le moment où l’explication se révèle même si on la pressent parfois subrepticement, dans la fragilité des êtres, dans le chagrin de l’absence, les deuils (au propre comme au figuré),  dans la complexité, la difficulté parfois, des rapports humains, dans l’importance des liens de tendresse, d’amitié pour faire face à l’adversité du destin,dans les non-dits plus forts, plus parlants que les paroles.. ; oui, décidément, j’aime l’œuvre de Philippe Claudel qui me touche très intimement.

Publié le 19/04/2008 à 20:45
Par Josiane


Aimé Césaire
Un homme au coeur des siens , au coeur de son peuple, au coeur des hommes...

" Je n'ai pour arme que ma parole....Je parle....Je parle..."

Quelques vers d'Aimé Césaire :

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas

l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot

mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?









 
Publié le 19/04/2008 à 18:15
Par Josiane



Je viens de voir ce film qui m'a beaucoup touchée; on y reconnaît la marque de Philippe Claudel, son auteur; très vite, je vous mets ici mon commentaire.
Publié le 18/04/2008 à 12:08
Par Josiane
sera plus spécialement consacré à mes commentaires de lectures ; je viens d'ouvrir un autre blog pour y présenter mes photos. Ce blog "photo" se trouve là Musardises....Instants d'année
Publié le 17/04/2008 à 10:32
Par Josiane


 


Je vais aussi bientôt transférer ici, sur ce blog plus spécialement dédié à mes lectures, les articles précédemment écrits  sur la page lectures de mon site  

Musardises …la clé des champs ; en attendant, vous pouvez les trouver en cliquant sur les liens ci-dessous.



Effroyables Jardins  de Michel Quint

Une rivière verte et silencieuse  d'Hubert Mingarelli

Geai  de Ch. Bobin

Ceux d'Arasolé  de F.Masala


Publié le 17/04/2008 à 09:16
Par Josiane
Humeur : Souriante
Trois Chevaux
auteur : Erri de Luca
« ce n’est pas le jour qui vient, c’est la nuit qui se retire. »


           Un narrateur-personnage silencieux, solitaire ; il a 50 ans, il est jardinier ; signe particulier ? Lit en mangeant ; il aime , en effet, se plonger dans la lecture d'un livre, acheté d'occasion parce que ses pages se tournent alors facilement , "comme ça, il mâche et il lit".Ainsi, chaque midi, il va dans le même bistrot, s'assied sur la même chaise, demande de la soupe et du vin, et il lit....jusqu'au jour où une jeune femme s'approche de sa table et lui donne son numéro de téléphone ; le soir, il se décide à lui téléphoner ; elle est call-girl, s'appelle Laîla .
           Il décide d'accepter son invitation . ..Et tout peut à nouveau commencer : une deuxième vie pour le jardinier dont, peu à peu, on apprend à connaître la première : c'était en Argentine où il avait suivi Dvora, la femme qu'il aimait ; mais la dictature militaire qu'ils combattaient  a fini par arrêter sa femme ,  l'a jetée en pleine mer, les mains ligotées dans le dos, du haut d'un hélicoptère ; lui, absent à ce moment-là,  a échappé par miracle à la rafle et a dû fuir, se cacher jusqu'à ce qu'il réussisse à s'embarquer sur un bateau ;  débarqué aux Malouines bientôt en guerre, il a dû fuir à nouveau .Il revient en Italie, son pays d'origine, où on lui propose un emploi de jardinier ;  sans attentes, sans illusions, il n'est plus que le reste d'une autre vie , celle de la tragédie vécue en Argentine qu'il ne révèle que par bribes, comme les pièces d'un puzzle . 
           Le passé et le présent se mêlent sans cesse ; il tombe amoureux de Laîla et c'est comme si il croyait pouvoir revivre vraiment après sa "première mort" ; il se concentre alors totalement sur l'instant présent, sur Laîla ; la vie reprend ses droits.
          "Demain, et que sais-je de demain ? Ici, il y a tout l'aujourd'hui qu'il faut." 
            La mort rôde cependant à nouveau ;  Laîla ne peut "se libérer" de ses souteneurs : elle leur échappe , elle "en sait trop" sur eux...
            Mais avant de quitter l'Argentine, quelqu'un ne lui a-t-il pas dit que la vie d'un homme dure autant que celle de trois chevaux ? Alors ....

 


         Mon avis :
C'est un livre un peu déroutant d'abord, mais dont le charme opère très vite ; la poésie baigne le texte de ce récit  dépouillé et en chasse tout pessimisme ; ce  long poème en prose rédigé exclusivement au présent est un murmure pudique, poignant, qui se révéle un hymne à la vie :
        - d'abord à travers le symbolisme du personnage : un jardinier plante des jeunes pousses et les soigne pour qu'elles se développent, pour qu'elles vivent ; l'arbre s'enracine pour s'élancer vers le ciel ; 
        - ensuite par l'amour qui s'impose à l'être,  le pousse à renaître ; par l'amitié qui  apporte son aide ( le personnage de Selim) sans  qu'elle soit demandée.

Ce livre ne tiendrait-il pas le rôle que le narrateur attribue à ceux qu'il lit, ces livres qu'il emporte partout, dans sa poche, près du coeur, poche où ils remplacent l'arme qu'il portait autrefois ? Ces livres dont il dit qu'il "n'y a qu'eux pour changer un homme, pour apprendre la respiration d'un autre".

 Premières lignes 
 
          « Je lis seulement des livres d'occasion.
          Je les pose contre la corbeille à pain, je tourne une page d'un doigt et elle reste immobile. Comme ça je mâche et je lis.
          Les livres neufs sont impertinents, les feuilles ne se laissent pas tourner sagement, elles résistent et il faut appuyer pour qu'elles restent à plat. Les livres d'occasion ont le dos détendu, les pages, une fois lues, passent sans se soulever.
         Ainsi, à midi, au bistrot, je m'assieds sur la même chaise, je demande de la soupe et du vin et je lis.
        Ce sont des romans de mer, des aventures de montagne, pas des histoires de ville, je les ai déjà autour de moi.
        Je lève les yeux, attiré par le reflet du soleil sur la vitre de la porte d'entrée par laquelle ils entrent tous les deux, elle dans un air de vent, lui dans un air de cendre.
         Je reviens à mon livre de mer … »
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Extraits   
« Les jours se passent comme ça. Le soir, chez moi, j'écrase des tomates crues et de l'origan sur des pâtes égouttées et je grignote des gousses d'ail devant un livre russe. il rend mon corps plus léger." 
 

   « C'est ce que doivent faire les livres, porter une personne et non pas se faire porter par elle, décharger la journée de son dos, ne pas ajouter leurs propres grammes de papier sur les vertèbres. »  
  

« Je prends le livre ouvert à la pliure, je me remets à son rythme, à la respiration d'un autre qui raconte. Si moi aussi je suis un autre, c'est parce que les livres, plus que les années et les voyages, changent les hommes. »  
 

  « Un clignement de paupières et je suis repris par une ombre d'Argentine, de coups d'oeil rapides, de veste lourde, et un souffle chaud passe dans mon nez. Ma main va vers un geste oublié, je m'aperçois qu'elle est à l'endroit laissé vide par l'arme des années du Sud, et avant de reprendre la maîtrise de mes nerfs je sens son tâtonnement qui cherche l'objet disparu.
    Et je mets un moment avant de prendre une profonde respiration, de détachement. » 

    « Attendre. C’est mon verbe à vingt ans, un infinitif sec sans trace d’angoisse, sans bavure d’espérance. J’attends à vide. »

 

Pages : 1 2

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