La bataille des Cardinaux
Ce n’est pas une lutte pour le plus haut niveau d’autorité de l’Eglise de Rome.
Ce n’est pas non plus le combat de l’est et de l’ouest qui se seraient disputé la suprématie des plus belles lumières obliques du soleil roi,… ou du Roi Soleil!
En l’honneur de Louis XIV l’arsenal de Brest a construit , pour la Marine Royale Française le premier vaisseaux d’une série de quatre, tous nommés le Soleil Royal..

Chateau arrière du Soleil Royal
C’était au cours d’une énième bataille contre l’Anglais, au début de la guerre de sept ans.
La flotte anglaise, en chien de garde agressif, louvoie devant les ports français de la façade Atlantique et entretient un blocus qui empêche Louis XV de mettre à exécution son plan d’envahissement de la perfide Albion, en vue de contrecarrer les ambitions coloniales de celle-ci.
Pour cela, il faut embarquer 17 000 hommes en garnison dans le Golf du Morbihan. Pour l’heure, un fort coup de suroît balaye les atterrages de Brest et refoule la flotte anglaise sur les côtes britanniques.
C’est l’occasion pour l’Amiral de Conflans de se glisser hors de la rade et de cingler vers le golf du Morbihan.
Vingt et un vaisseaux se constituent en trois divisions, et, à la faveur d’une bascule à l’ouest, font force voile vers Belle Île.
l’Amiral français donne alors l’ordre de mettre de l’est dans le cap de la flotte pour se présenter devant le Golf, qu’il compte atteindre le lendemain.
Mais le vent n’est pas revenu seul!
La nuit a été dure, le vent a forcé et halé au noroît. Au matin, le sud-ouest est constellé de voiles: c’est Hawke l’anglais, qui est de retour.
Les comptes sont vites faits.
Les Anglais, forts de trente vaisseaux se ruent , toutes voiles dehors et vent arrière sur l’escadre française.
Que faire? Décrocher? Où?
Conflans laisse porter dans la baie de Quiberon. Il pense que Hawke n’aura pas l’audace de s’engager dans cette baie étroite où la navigation est délicate pour ces bateaux nombreux et peu manoeuvrants.
Il se trompe!

Sir Edward Hawke
Hawke connaît bien le littoral français, où il navigue depuis des mois et par tous les temps.
La bataille est engagée.

La flotte française est balayée, tant par le vent que par l ‘Anglais.
Le Soleil Royal, fuyant d’abord vers le fond de la baie, vire et revient se placer bâbord amure au milieu de plusieurs des siens que le vent avait hasardeusement désordonnés!
Les combats se poursuivent dans les abords de l’île Dumet.
Ce retour du Soleil Royal ne fait que reculer le dénouement catastrophique de l’affrontement. Cinq vaisseaux français sont pris ou coulés, les autres se réfugient dans la Vilaine ou à Rochefort, d’où il ne sortirons plus. 2500 hommes sont tués ou noyés.
Du coté anglais, seulement deux vaisseaux sont échoués et 300 hommes sont perdus.
Le Soleil Royal, lui, s’est échoué sur l’un des quatre rochers des Cardinaux, celui qui porte la tourelle!
Alors quand vous naviguerez dans les eaux qui baignent le sud de Quiberon, peut-être aurez-vous un instant de contemplation que votre équipage ne saura interpréter.








