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Publié le 15 septembre 2008
Par jjjberland


« J’aime parler avec la mer ; elle, à mes pieds et moi, assis sur le sable, c’est émouvant.

Quand je lui ai demandé d’où pouvait bien provenir toute cette eau qu’elle répand sur le rivage à marée haute, elle est restée très vague, peut-être ne voulait-elle pas révéler qu’elle s’approvisionnait dans des bas-fonds. Elle m’a confié qu’elle est fort occupée par d’incessants va-et-vient sur le littoral et qu’au moment de la pleine lune, elle doit travailler à flux tendu. Elle nettoie la plage ; cette besogne ingrate lui prend beaucoup de temps et lui pompe énormément d’énergie : elle envoie ses tourbillons sur les galets sans se faire trop d’alluvions sur leur efficacité.

 La mer a parfois des états d’âme, il lui arrive de s’épancher surtout en période de gros temps. Non, ce n’est pas un long fleuve tranquille, elle connaît des hauts et des bas, même de très fortes dépressions. Elle est toujours agitée, sans doute anxieuse craignant de se briser sur les écueils. Certes, les hommes ne la ménagent pas : qu’elle essaie seulement de mettre le cap sur la jetée, elle sera impitoyablement endiguée ; alors, elle se rue sur les rochers et se livre furieuse à un véritable sac voire à un ressac. Elle s’étonne du comportement des humains : l’engouement des touristes sur ses falaises les jours d’équinoxe de printemps ou d’automne la fait tellement marrer qu’elle se tient aux côtes.

 Elle est capable de se mettre en houle : cette belle mer bleue et accueillante devient alors colère noire mais malgré tout, elle a bon fond, elle donne des fruits que l’on peut récupérer dans ses baies. Parfois, elle s’amuse, elle s’avance dans les terres, délimite en quelque sorte son territoire, fait son trou, jouant ainsi dans son golfe.

Ce matin, la mer était violente ; s’étonnant d’être à découvert, elle a constaté qu’elle était couverte d’embruns. La nuit dernière, la brise du nord, sans doute soumise à de fortes pressions, est passée très rapidement, en coup de vent et d’une traite lui a pris une partie de sa couleur argentée. Ah ! Si la mer l’avait vu venir, vite elle serait allée au fond s’armer d’une lame, ce qui aurait fait des remous… Bien sûr, cela n’était qu’une goutte d’eau dans la mer mais ce courant d’air vicié et vicieux l’avait tellement perturbée qu’elle écumait.

 Quand elle est au bout de son rouleau, elle rêve de rester en rade, de trouver un havre de paix, de ne plus rien faire, bref de s’étendre sur la grève. »

gercordier@wanadoo.fr
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