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Publié le 11 décembre 2008
Par jjjberland

Le skipper:

« Voyez-vous, Monsieur, ce que j’aime chez un équipier c’est qu’il aime autant que moi, mon cher, mon très cher navire; que dans sa cabine il se sente chez lui et qu’il se fonde sans bruit, dans l’ordre établi du bord.

Il doit posséder des qualités exceptionnelles de rareté dans notre monde d’individualistes et être adepte d’une philosophie altruiste: le bateau et les autres sont plus importants que lui-même!

Son sens de l’observation, aigu, et sa mémoire, infaillible, lui permettront d’enregistrer immédiatement comment sont tournées les amarres, comment sont frappés les pare battages, comment sont ferlées les voiles et comment sont stockées les drisses et les écoutes, au port.

 Il devra aussi être doublé d’un esprit de fin psychologue pour percevoir rapidement si le skipper aime naviguer au mieux des performances de son unité ou si la température du muscadet est plus importante que la chute du génois qui bat et les penons qui « folleyent » . »

 L’équipier:

« Voyez-vous Capitaine, ce que j’aime chez un skipper, c’est qu’il ne fasse rien et que rien ne lui échappe.

 C’est qu’il parle avec le yeux, observe avec les oreilles et sache que les paroles inutiles sont emportées par la brise.

J’aime qu’il suggère plus qu’il n’ordonne, que son bord, à l’image de celui du grand Amundsen, soit un lieu d’interdépendance, de liberté , d’égalité de discipline librement consentie, dont les effets sont infiniment plus puissants que ceux produit par les meilleurs règlements ou hiérarchies. »

Le skipper:

« Voyez-vous, Monsieur, tout comme il ne suffit pas d’avoir été un automobiliste moyen pour être un bon piéton, il ne suffit pas d’avoir été un skipper honnête pour être bon équipier,... encore faut-il en avoir la mémoire.
Beaucoup de patrons ont oublié qu’ils ont été ouvrier , de prof qu’ils ont été potache.

Une manœuvre ratée n’est pas rare, en revendiquer sa propre part de responsabilité, a des vertus inestimables et des effets spectaculaires sur la qualité de la vie du bord.

Néanmoins je ne crois pas qu’un skipper digne de ce nom supporterait à son bord des « passagers ». Avez-vous remarqué comme les « passagers » ont du géni pour se mettre juste à l’endroit où ils gênent le plus. La plupart du temps ils s’ennuient, car le bateau est une école de lenteur et de patience où tout peut s’accélérer brutalement et brièvement avant de retrouver un rythme de sénateur.

Il est aussi nécessaire que la communication soit efficace et que chacun parle le langage des bords où tout à un nom , et , comme dans tout corps de métier il faut en posséder le jargon.
Non pas qu’il s’agisse de plaisir fait à l’auteur qui épate le bourgeois, mais parce que c’est nécessaire.
Quelquefois il faut faire vite!
Il est alors plus simple de dire « choque » que «  relâche la corde verte enroulée sur le moulin , qui tient tendu la voile triangulaire la plus en avant du bateau ».

 A ce sujet je vais vous conter une anecdote que l’on trouve dans le petit livre, « Recettes pour ne pas être un cafouilleux »:

 le président du club nautique arrivant un jour club house pour courir une régate dominicale, trouve un mot de son équipier habituel lui disant qu’il serait absent ce dimanche.

Le président avise un jeune homme accoudé au bar et lui demande s’il veut bien servir d’équipier. Le jeune homme accepte tout en précisant honnêtement qu’il n’a jamais mis les pieds sur un bateau.

« Qu’ à cela ne tienne, il n’aura qu’ à faire ce qu’on lui dira! »

La régate s’engage.

Sur le bord de portant, l’équipier est sagement assis au pied du mat et le président, à la barre, s’aperçoit que la balancine trop raidie coupe la grand voile en deux.

Il dit aimablement à l’équipier: « cher ami, s’il vous plait, veuillez larguer la balancine .»

L’équipier ouvre un œil rond et reste ébahi, donnant tous les signes de la perplexité.

Le président, plus ferme: « Larguez la balancine, mon vieux !»

L’équipier : « ??! »

Le président voyant qu'il se fait doubler par d’autre concurrents : «  la balancine, bon dieu!, larguez la balancine!! »

Le novice affolé regarde autour de lui mais ne voit rien de nature à l’éclairer sur le sens de ce message; il regarde alors le barreur tout rouge au bord du malaise, et comprend enfin que ce pauvre homme est en train de s’étouffer: soulagé d’avoir compris, il se précipite sur le yachtman et prestement lui desserre la cravate avec l’effet qu’on imagine sur le moral du président.

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