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Publié le 07/05/2009 à 17:12
Par Docteur Gervaisot
Je me souviens de ces vieilles femmes assises aux pas des portes, brodant et jacassant et regardant passer les petits vacanciers aux shorts ridicules, aux yeux écarquillés.
J’étais parmi ceux là, frais moulu de la ville, tiré par les parents, respirant à plein nez l’air iodé de la mer: ce n’est pas pire que la soupe qui sert à faire grandir. Nos amis de Bretagne nous présentaient leurs mères, sœurs cousines et parentes, bigoudènes dans l’esprit, le cœur et le costume. Elles parlaient entre elles dans leur langue souriante. Elles causaient de nous, quelques mots de français ça et là échappés levaient un peu du voile de leur langage opaque. J’écoutais discrètement les adultes évoquer l’histoire de leurs vies, des histoires de marins, la mer qui les emporte, l’alcool qui les oublie, qui noie les souvenirs, les cancers qui les rongent, le tabac qui embrume un peu plus l’horizon.
Petit enfant rêveur, j’admirais ces femmes qui arboraient fièrement ces tabliers tout noir, ces châles lumineux, ces coiffes de dentelles blanches comme l’écume des vagues, ajourées vers le ciel, tournées vers le bon Dieu. Les deuils et les embruns de leurs vies difficiles, prenaient l’aspect joyeux d’un costume de Tudy, d’Aven ou d’ailleurs. Paris était pour elles au-delà du bout du monde, elles y avaient famille autant qu’à Miquelon. Comme ailleurs la mine, la pêche et la mer hypnotisaient les cœurs. Elles avaient été jeunes, amoureuses puis mères. Mais la pêche a changé, le travail s’est réduit comme une peau de chagrin. Les enfants de leurs enfants vivent sur la terre ferme, loin d’où finit la terre. On se côtoie, on est potes sur le plancher des vaches, on parle le même langage et on regarde passer les femmes venues d’ailleurs. Ce matin à Paris entre la gare du nord et l’arc de triomphe, il fait froid, il fait beau, il fait tôt, les parisiennes sont rares. Une femme venue d’ailleurs passe son chemin, un bébé dans un bras, un enfant à bout de doigt. Elle marche au rythme des alizés. Son boubou bleuazur dessine ses rondeurs, plaqué sur son corps par le vent d’hiver. Un fin duvet de neige trahit ses pas, comme son enfant qui ne veut pas, qui crie, qu’elle traine en palabrant. Plus loin une jeune femme, voilée d’un hijab noir, accompagne un homme en costume de messe. J’arrive rue de Châteaudun, quelques femmes en saris et châles chatoyants discutent dans un coin de rue.  Des enfants multicolores se croisent et se regardent. Ils ont presque 10 ans. Tiraillés entre mère et appel de la rue, leurs yeux n’hésitent plus, ils fixent, ils interrogent et les jambes maladroites ondulent entre les deux. Il est maintenant 9 heures, le boulevard Hausmann s’étire vers l’Etoile. Pas d’ado dans les rues, la nuit a été longue. Intello ou voyous, ils ont tefé ensemble, entre amis, entre potes. Ils ont regardé danser les meufes, les sœurs des copains. Ils ont peut-être rêvé du travail de demain.
Publié le 24/04/2009 à 22:16
Par Docteur Gervaisot
Madame Dubidul est diabétique. Elle pèse quelques 110 kilos pour 1.60 centimètres moins l’outrage des ans. Elle prend toute une série de médicaments pour faire baisser sa glycémie, c'est-à-dire son taux de sucre dans le sang.
A chaque consultation, on assiste au même rituel : -« Madame Dubidul, faites vous attention à ce que vous mangez » -« Docteur, je ne mange rien, je ne comprends pas, je regarde un biscuit, mon sucre monte à 3 grammes, je le mange, je prends 1 kilo. Je suis un mystère pour la médecine». Bonne foi, mauvaise foi, excès alimentaires conscients ou inconscients, difficile à dire.
Les consultations se suivent et se ressemblent au fil des années. Chaque confrontation avec le médecin est une victoire pour elle. Elle en sort avec l’impression d’être crue, elle se convainc de la qualité de son régime et de la cruauté de la nature, injuste envers elle malgré ses intentions sans cesse renouvelées de perdre du poids.
La suite est classique, deux ou trois accidents vasculaires cérébraux ou cardiaques, un peu de démence et le trépas en dépit de toutes ces victoires.
Monsieur Trukmuch est alcoolique. Il s’est fait prendre par la police en état d’ivresse au volant. Le juge a prononcé une « mise à l’épreuve avec obligation de soins pendant 2 ans ». Il pointe à la consultation, pour la 1ère fois, 15 jours avant le nième rendez vous avec un juge d’application des peines. Il veut un certificat de suivi. Il n’obtiendra qu’un certificat de demande de prise en charge daté du jour de la consultation. Peut-être le juge sera-t-il clément ou aveugle?
Des « monsieur Trukmuch », j’en ai vu plusieurs dans mon exercice. On n’a jamais pu parler du fond du problème. Ils ne viennent pas là pour ça. Soit ils « ne boivent pas » et ils viennent pour satisfaire la famille, soit ils veulent un traitement miracle qui ne les empêchera pas de boire, mais qui leur évitera tous les ennuis de l’alcool en commençant par l’étiquette « alcoolique ». Bref leur vie est émaillée de victoires qui vont des petites routes pour éviter les contrôles routiers en passant par les abstinences périodiques pour avoir des gamma GT correctes devant le médecin de la commission préfectorale, par les promesses à la famille de ne plus boire, et par les consultations chez le médecin et les cures de sevrage pour dire qu’il a fait tout ce qu’il fallait et qu’il n’y a personne capable de le soigner. Suprême victoire, même la famille finit par être d’accord avec cette conclusion.
Comme pour madame Dubidul, les suites funestes potentielles sont pléthores : accident de la route plus ou moins mortel, cirrhose, cancer, démence. Dans presque tous les cas, une déconfiture sordide vient clôturer une succession de victoires ou une résistance héroïque.
Tous les consommateurs d’alcool, tous les diabétiques, tous les dyslipidémiques, tous les fumeurs ne fonctionnent pas comme cela, mais ce syndrome de « qui gagne perd » est très répandu. On le rencontre chez beaucoup de consommateurs de drogues, chez les anorexiques, mais aussi chez les joueurs, les cleptomanes, les Don Juan, les "pilotes de route nationale". Pour certains comportements, la défaite finale est sociale, pour d’autres elle s’accompagne de problèmes de santé irréversibles pour eux-mêmes ou pour les autres.
« Besoin », quand tu nous tiens !
Publié le 24/02/2009 à 15:31
Par Docteur Gervaisot
Etonnant lapsus sur France info d’un neuropsychologue qui, évoquant le sort des enfants et des hommes en général durant les guerres, utilise le mot « chance » pour dire : « Engager vous dans une armée, c’est là que vous avez le moins de chance d’être tué ». Comme si « être tué » était une chance en période de guerre. Ce lapsus n’enlève rien au reste de l’exposé. Ce genre de formule malheureuse n’est pas une surprise dans le milieu médical. Nous médecins faisons toujours des diagnostics positifs, enzymologie positive d’infarctus, sérologie positive de SIDA, enregistrement positif de trouble du rythme, biopsies positives de cancer etc. Cela vient des études qui ont précédé notre cursus médical. Dans les bacs scientifiques, la résolution des problèmes de mathématique et de physique est toujours jubilatoire. On trouve à l’hôpital chez les étudiants en médecine des courses au premier qui fera le « diagnostic de la maladie » et certains médecins sont restés de grands enfants. Un diagnostic établi reste un élément positif, acceptons la formule ! Le problème est que parfois, après un diagnostic constitué à grand renfort de moyens et avec la plus grande célérité, la prise en charge thérapeutique traine, comme si le patient était devenu brutalement beaucoup moins intéressant. La médecine n’a pas l’exclusivité de ce type de comportement. Il suffit de se remémorer l’attentat sur les tours jumelles de New York et les réactions de certains voisins ou amis pour comprendre l’ambivalence de nos perceptions et de nos sentiments. Notre inconscient et son système de récompense a inscrit dans notre verbiage ce mot « positif » ainsi que la jouissance qui l’accompagne, même dans les circonstances les plus sombres : diagnostiquer dans la jubilation comme regarder la guerre à la télévision est l’évolution logique des jeux qui ont meublé notre enfance, notre inconscient est juste insuffisamment affecté par les drames des autres.
Publié le 04/02/2009 à 14:42
Par Docteur Gervaisot
Avec l’arrivée des traitements de substitution et la surveillance des patients consommateurs d’opiacés, le nombre de décès par surdosage avec considérablement diminué. Il y a quelques jours, la presse faisait état d’une série de morts, et évoquait des mélanges de produits. De quoi parlait-elle au juste ?
Pour comprendre les faits, il faut expliquer ce qu’est le commerce des stupéfiants par le dealer local. Comme tout commercial, un dealer va essayer d’attirer un maximum de clients pour un maximum de bénéfice. Il va aussi fidéliser ses acheteurs en proposant un peu de nouveauté. Étant lui-même le plus souvent consommateur, ses ventes conditionnent son bien être, c'est-à-dire « ne pas se retrouver en état de manque d’héroïne ». Il va donc couper ses produits avec d’autres produits moins chers et pas toxiques, susceptibles d’engendrer des sensations agréables sensations qui amènent de l’originalité et font revenir ses clients. Il va aussi pour un même client faire évoluer ses produits et ses goûts, de façon à ce que l’ennui ne s’installe pas. En pratique, le client se verra proposer occasionnellement des produits plus excitants, c'est-à-dire de l’héroïne mélangée avec un peu de cocaïne par exemple, produit qui conviendra mieux à une personne qui travaille, ou qui se réinscrit dans une vie active et qui a besoin d’être stimulée. La dégustation est souvent "cadeau". Retenez que l’héroïne est toujours coupée, c'est-à-dire mélangée à des produits neutres ou sédatifs, car trop dangereuse pure.
Les accidents arrivent lorsque le "dealers" n'est pas un « professionnel » des produits mais un vendeur occasionnel, ou lorsque l’usager fait sa propre « cuisine » pour voir ou pour « ne plus voir ». Lorsque l’on a affaire à ces vendeurs néophytes, ils vont avoir tendance, soit à faire des mélanges bon marché avec n’importe quoi pour augmenter leur marge bénéficiaire, soit vendre un produit trop pur pour se faire une clientèle.
Les problèmes résultants sont que: - qui dit produit mélangé avec n’importe quoi dit accident toxique ou embolie pulmonaire ou septicémies, - qui dit produit pur dit surdosage et donc parfois décès, mais le plus souvent déficit intellectuel plus ou moins important mais définitif. A noter qu’actuellement, on trouve beaucoup de shit (cannabis) coupé avec des amphétamines ou des produits hallucinogènes. Cela génère pour certains un nouveau plaisir, pour d’autres des poussées délirantes ou des crises d’épilepsie. On ne choisit l'effet, c'est l'organisme qui encaisse plus ou moins bien. Tous ces accidents ne font que s’ajouter à la toxicité spécifique de chaque produit.
Mais si ces produits n’étaient que toxiques et n’avaient pas aussi des effets positifs, il n’y aurait pas de débat sur le sujet.
Publié le 10/01/2009 à 20:52
Par Docteur Gervaisot
(parce drogue rime trop souvent avec soumission)
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme au cœur paisible, qui n’a jamais connu la paix. Enfant, j’ai quitté l’Europe malade d’une folie nommée shoah, et gagné la terre promise pour rejoindre mes cousins des tribus de Juda.
Yad Vashem promène ses ombres, et ses ombres me promènent parmi les âmes des Justes.
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme sans haine et sans ennemi. Je n’ai jamais connue la paix et je n’y suis pour rien. Je suis venue très jeune dans la ville de Yerouchalayim. La violence et la haine m’y ont accompagnée et m’ont mordu les jambes comme de mauvais chiens.
Yad Vashem promène ses ombres, et ses ombres me promènent parmi les âmes des Justes. Et je rêve à graver mon nom, ici sur cette terre.
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme aux bras ouverts, au cœur brûlant, mais ma maison est vide. Pourtant je n’ai d’ennemis qui me soient reconnus. Frères, amis, cousins et d’autres encore sont morts, emportés par leur foi et les ardeurs guerrières. Et je reste sans haine. Et je rêve d’Abel, de Rachid, de Fathma. Ils n’ont jamais connu la paix et je n’y suis pour rien.
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme qui n’aura jamais fait que rechercher la paix, que rechercher le calme. Et ma maison est chaude de mon cœur brûlant, et ma maison est vide de tous ces inconnus que l’ardeur a éteints, que j’aurai réchauffé du souffle de l’amie.
Et mon cœur se consume de n’avoir pu faire plus.
Je m’appelle Sara, je suis à bout d’un souffle qui aspire à dormir et à ne plus rêver de ces années passées à espérer l’Eden, sous le couvert des armes et des mots incendiaires.
Yad Vashem promène ses ombres, et ses ombres me promènent parmi les âmes des Justes. Et je rêve à graver, ici, mon nom, sur la terre, sur une plaque, prés de ceux d’Abel, de Rachid, de Fathma qui n’ont jamais connu la paix et qui n’y sont pour rien. Et nos cœurs se consument de n’avoir pu faire plus. Et les âmes nous rassurent de n’avoir su faire mieux. Et la table des Justes s’ouvre à notre famine.
Publié le 24/12/2008 à 11:52
Par Docteur Gervaisot
Couleurs
Noël, c’est la neige, les étoiles, des lumières multicolores de la ville et de la fête. Un monsieur, qui pendant de longues années avait pris de l’héroïne comme unique accès au plaisir, racontait : « L’héroïne, ça me donnait un plaisir intense, tout blanc, toujours le même. Maintenant, j’ai arrêté. Depuis je connais des quantités de plaisirs, différents, de toutes les couleurs. C’est moins intense, c’est des fois plus difficile à mériter, mais c’est beaucoup plus touchant et je suis très heureux d’avoir changé. ».
Conte de Noël
« Docteur, faut que je vous dise, j’ai 35 ans et c’est le premier Noël où je fais des cadeaux à mes enfants. Avant, on n’avait jamais d’argent, tout partait dans l’héro. »
Ses yeux fermés regardaient ses enfants déballant les jouets autour de l’arbre de Noël. Son sourire, meublé de dents gâtées par des années de « came », accompagnait chacun de leurs gestes. Des perles d’émotion glissaient silencieusement sur ses joues creuses.
L'an prochain il se fera pour la première fois un vrai cadeau pour Noël: des dents neuves pour dévorer la vie.
Publié le 21/12/2008 à 16:00
Par Docteur Gervaisot
La crise actuelle n'est pas que la faute de quelques personnes ou sociétés irresponsables montées en exergue par les médias. Elle est aussi inscrite dans les rêves impossibles de monsieur "tout le monde" et dans les comportements de ceux qui s'emploient à les créer, à les satisfaire et à en entretenir de nouveaux.
Nous sommes en 2003, comme beaucoup de personnes, monsieur et madame M. ont pris trop de crédits à la consommation car ils sont incapables de se refuser quelque chose. Au bord de la déconfiture financière, ils font, avec l’aide du service social, un dossier de surendettement. Les conditions sont simples : plus de chéquier, plus de nouveau crédit, on se sert la ceinture et la dette se trouve répartie sur 10 ans à un taux d’intérêt correct loin des 16 ou 18% qu’ils connaissaient pour les crédits en cours. Cela dit en passant, chaque objet acheté à crédit leur coûte entre 2 et 3 fois le prix de vente lorsqu’ils arrivent à honorer le crédit associé, mais quand on ne sait pas résister à ses envies, on ne compte pas. Bref, qui dit commission de surendettement dit frustration. Ils en parlent à leur banquier favori. Ce dernier leur propose de racheter leurs dettes et de leur faire le même taux que celui proposé par la commission. Là, par contre, pas de frustration, on leur conseille simplement d’être raisonnable, mais, si éventuellement ils voulaient se faire une petite gâterie… Bref un mois plus tard, ils sortent de leur banque avec de nouvelles traites plus modestes, pour 10 ans au lieu de 5, à un taux sympathique de 4% au lieu de 16%. Ça change la vie et ça se fête. On se paye donc un repas au meilleur restaurant du coin et on va chez le concessionnaire automobile du coin pour changer de véhicule, car le dernier a 3 ans, il n’est plus sous garantie, et les éventuelles pannes pourraient vite coûter cher. Nouveau crédit !
Nous sommes maintenant en 2008, le couple se trouve dans le même état de finance qu’en 2003 avec X prêts à la consommation en plus du prêt de rachat des anciens prêts. Tous ces nouveaux prêts leur ont été concédés par des sociétés de crédit moyennant une attestation sur l’honneur stipulant qu’ils ne se sont pas surendettés. Les sociétés qui développent ce genre de crédit savent pertinemment qu'une bonne partie de leur clientèle fait une fausse déclaration. Demander à contrôler leur compte ou à obtenir une garanti bancaire de paiement, leur ferait perdre beaucoup de clients, ils choisissent donc la solution rentable à court terme.
Donc, d’un côté des consommations addictives et de l’autre côté des comportements commerciaux pervers, à terme ça fait des micro-bulles.
Si monsieur et madame M n’avaient jamais eu de crédits à la consommation, avec les intérêts économisés, ils auraient consommé 3 ou 4 fois plus, dommage pour nos entreprises et pour leurs employés. Quant à savoir ce que les sociétés de crédits ont fait de cette manne « addictive », il suffit de regarder l’état de leurs finances aujourd’hui : certaines sont en grandes difficultés, coincées entre leurs clients non solvables et leurs comportements boursiers addictifs. Elles prêtent de plus en plus difficilement aux entreprises, elles sont bien placées pour savoir que monsieur « tout le monde » a au minimum 4 ou 5 ans de « dettes d’avance » et qu’il n’achètera plus grand-chose à nos braves entrepreneurs. Pour assainir, il faut intervenir sur les clauses et comportements pervers, nos addicts apprendront à attendre et dans 4 ou 5 ans, ça ira mieux.
4 ou 5 ans, c'est politiquement très loin.
Publié le 06/12/2008 à 19:33
Par Docteur Gervaisot
Les produits commercialisés par les laboratoires pharmaceutiques ayant pour objectif de faire perdre du poids via une action sur le cerveau, n'ont décidément pas une grande espérance de vie. Sanofi en a fait l'expérience avec Acomplia. Le mécanisme se voulait original, bloquer les récepteurs à cannabinoïdes, le cannabis ayant pour réputation chez ses supporteurs de favoriser l'appétit. (cf. article: http://www.stethonet.org/cervo/doc22.html) L’action du cannabis et des apparentés sur certains noyaux gris du cerveau engendre en autre une augmentation de certaines monoamines (adrénaline et noradrénaline), donc même résultante que les amphétamines et que certains antidépresseurs. Ce sont l’effet coupe faim et l’effet psychotrope qui peuvent engendrer des troubles du comportement et qui ont entrainé le retrait du produit. En pratique, des produits agissant de façon équivalente ont les mêmes effets secondaires et imposent les mêmes réserves. Les antidépresseurs adrénergiques et noradrénergiques sont prescrits pour la dépression, et les médecins sont sensibilisés à l’augmentation possible du risque « passage à l’acte » chez les dépressifs et les bipolaires. Le cadre de prescription est correct, ces produits ne seront pas à priori exclus du marché.
Stratégiquement parlant, pour Sanofi, n’aurait-il pas mieux fallu lancer ce produit comme nouvel antidépresseur et s’apercevoir secondaire qu’il faisait perdre du poids et qu’il améliorait le diabète. Peut-être, mais pas sûr. Les psychiatres auraient sans doute levé le bouclier en précisant que ce produit semblait avoir plus d’effets psychotropes que les autres et donc plus de risques (sous-entendu: usage hospitalier uniquement). De toute façon, malgré son action en apparence assez globale sur le boulimique en surpoids, cette molécule n'aurait pas réglé les problèmes des troubles du comportement alimentaire à elle toute seule, elle aurait trouvé sa place comme un appoint d’accompagnement. L’histoire commerciale de la pharmacologie montre que l’indication « coupe faim, perte de poids » est toujours sulfureuse. Le mot « cannabinnoïde » ajouté là-dessus n’arrange pas plus que le mot « amphétamine ». Pour preuve, une molécule vendue comme «adjuvant du traitement adapté chez les diabétiques avec surcharge » existe depuis des années et est parfois prescrit par les médecins. Elle est plus ou moins détournée de son cadre de prescription afin de perdre du poids. Ça marche ou ça ne marche pas ? A l’évidence le produit n’est pas menacé de retrait et la formulation de la mise sur le marché a été plus déterminante pour l’avenir de cette molécule que son efficacité supposée ou l’usage détourné qui en est fait.
D’une manière générale, toutes les molécules qui touchent aux comportements addictifs sont plus ou moins consciemment mal perçues par le corps médical. Les effets secondaires, prévisibles, sont mal définis, les indications insuffisamment ciblées et, au bout de la chaîne, les prescriptions à risque. Dés qu’un trouble du comportement sous tend une pathologie, la prescription isolée d’une molécule reste une démarche simpliste vouée à l’échec car elle fait fie de l’identité du patient. Dans ce domaine, il n’y a pas d’avenir sans prise en charge à dimension humaine, donc complexe et incertaine, heureusement.
Publié le 29/11/2008 à 11:16
Par Docteur Gervaisot
Question du groupe: On est contrôlé par la police avec leurs tests salivaires, on a fumé la veille et on est positif. On se retrouve au poste de police c'est pas juste.
Réponse : Connaissez-vous la première cause de mort dans les accidents de la route Réponse du groupe: (la plus fréquente et la meilleur) : La vitesse Question: Et la deuxième cause? Réponse (s) du groupe (car multiples et incertaines) : alcool, cannabis, médicaments, portable... Bonne réponse: Alcool Question : Et chez l'adulte jeune Réponse du groupe (silence général le plus souvent): "" Bonne réponse: Cannabis Question : Et chez l'adulte moins jeune (même silence lourd en général): "" Bonne réponse: Alcool. D'un point de vue général, l'alcool fait plus de mort au volant que la cannabis. Un accident n'arrive jamais complètement par hasard, il faut plusieurs facteurs, la fatigue par exemple, des préoccupations, un retard, la météo, des problèmes d'argent et un véhicule en mauvais état. Le produit ou la vitesse arrive en plus mais devant tous les autres,car on voit qu'ils sont statistiquement déterminants. On pourrait peut-être penser aux victimes avant de dire que c'est pas juste. Autour de mon village, presque tous les petits bouquets de fleurs le long de la route, c'est "cannabis". L'alcool, il n'y a pas de bouquet, c'est pas la mode pour les plus vieux, et c'est dommage. On finit de répondre sur les tests salivaires. Question: Une personne boit 1/2 litre de whisky le soir. Le lendemain, il est contrôlé par la police positif à l'alcootest. Il va au poste pour dégrisement et aura au moins une amende et des points de permis en moins. Qu'en pensez-vous? Réponse du groupe: (Etonnante!) C'est pas juste, il n'est plus ivre puisqu'il a bu la veille. Commentaire personnel au groupe: J'ai une amie qui buvait cela tous les soirs. Un lendemain, elle a eu un accident grave. Il n'y a pas eu heureusement de mort. Elle avait 1 gr dans le sang, c'est à dire 0.5 à l'éthylomètre. Maintenant, elle ne voit plus les choses comme ça, elle pense même que les éthylomètres ne sont pas assez sensibles. Savez-vous pourquoi les éthylomètres ne sont pas à son avis assez sensibles? Réponse du groupe (on rentre dans le technique): "" (silence) Réponse : Un éthylomètre donne une réponse positive ou négative. Il ne mesure pas une quantité. Si vous avez 0.30 d'alcool dans l'air expiré, il répondra "négatif", c'est à dire pas d'alcool chez cette personne. Pour les tests salivaires à cannabis ou autres drogues, c'est pareil, si votre taux de cannabis est bas dans la salive, le test sera négatif. Si il répond positif alors que vous n'avez fumé qu'un pétard la veille au soir, vous êtes comme mon amie, plus dangereux pour vous même et pour les autres. Je me répète un peu: Premiers éléments les plus fréquemment rencontrés dans les accidents: la vitesse puis l'alcool, le cannabis, les tranquillisants, le portable, manipuler sa radio, discuter avec un passager. Je passe sur le véhicule en mauvais état ou la fatigue. Le but de la prévention est de réduire les prises de risques au minimum pour réduire le nombre de victimes, et donc d'en faire prendre connaissance aux conducteurs.
question du groupe Le cannabis peut s'éliminer au moins 15 jours ou un mois après la consommation. On peut même le retrouver dans les cheveux 6 mois ou un an après. Ces tests salivaires vont être positifs chez tous les jeunes.
Réponse: Il y a peu de risques qu'un test salivaire soit positif au delà d'un jour, les taux deviennent trop faibles, mais cela reste peut-être à démontrer de façon formelle. Le cannabis se stock effectivement dans les graisses chez l'homme, mais le relargage occasionnel est très faible. Je n'ai jamais entendu un patient au décours d'un gros stress, d'un effort ou d'un régime amaigrissant (circonstances idéales pour faire fondre les graisses) me dire: j'ai eu l'impression d'avoir fumé un pétard. Pour ce qui est des cheveux ou des ongles, le cannabis est aussi éliminé par ces parties du corps, mais du point de vue légal, sauf erreur de ma part, prélèvement de cheveu ou d'ongle est assimilable à une amputation, donc sanctionnable sans l'autorisation du porteur de cheveu. Un cheveu pousse d'un à deux centimètres par mois, dix centimètres de cheveu, c'est un recul de cinq mois dans la vie d'une personne. Ça a probablement un intérêt dans les autopsies pour meurtre ou empoisonnement et ça concerne la victime.
question du groupe Si un type grille un feu rouge et nous rentre dedans. La police nous fait passer le test au cannabis et on se retrouve avec tous les torts. C'est pas juste.
Réponse: C'est pas ça. Si vous êtes victime d'un accident de la route et que la police intervient et découvre que vous avez bu ou vous avez pris une drogue, vous serez poursuivi pour usage de drogue au volant. La personne qui a grillé le feu sera poursuivie pour infraction sur la voie publique et coups et blessures involontaires. Il devra vous dédommager.
question du groupe Oui mais on connait quelqu'un qui n'a pas été remboursé des dégâts de son véhicule.
Réponse: (On est de moins en moins médecin dans ce type de dialogue): Avez vous lu le contrat qui vous lie avec votre assurance automobile. Elle vous assure à condition de ne conduire pas sous l'empire de drogues légales ou illégales comme l'alcool ou le cannabis. Si elle apprend que vous aviez des traces de drogues aux prélèvements, vous vous retrouvez hors contrat. -Si dans un accident, vous avez tous les torts, elle ne remboursera rien. idem si vous êtes "tout risque". -Si vous êtes victime, c'est l'assurance adverse qui prend en charge, c'est plus long, il faut attendre parfois les décisions de justice en cas de blessures. Votre assureur est alors sensé vous avancer de l'argent et se faire payer à terme par l'assurance adverse. Si vous avez consommé une drogue, elle ne vous avancera rien. Vous aurez à avancer les frais de procès, et si le responsable de l'accident n'est pas solvable ou a un trop bon avocat, "c'est pour votre pomme et non pour celle de votre assurance". Assurance = rentabilité, pas philanthropie.
Autres questions dans la salle...
Publié le 12/11/2008 à 16:41
Par Docteur Gervaisot
Humeur : Au secours !
Le mot "addiction" a été emprunté il y a une dizaine d'années aux Anglo-saxons pour palier aux insuffisances et à l'ambiguïté du mot francophone "toxicomanie". Lorsque l'on regarde dans un dictionnaire anglais/français le sens du mot "addiction", on trouve en général comme traduction "toxicomanie". L'étymologie de ce vocable est en réalité latine: ad - diction = diction en dedans. Le mot avait au moyen âge traversé la Manche. Il appartenait au vocabulaire notarial et désignait une contrainte morale. Si l'on veut donc prononcer correctement ce mot, il faut donc non pas utiliser les intonations anglo-saxonnes mais des intonations "vieux françois". Utiliser un anglicisme pour définir une notion qui n'existe pas dans le vocabulaire français n'est pas à mon sens ridicule. Après tout, on verra sans doute bientôt le terme "addiction" dans les dictionnaires Anglais/Français traduit par "addiction", ce qui est en soit une fin très raisonnable. Par contre utiliser des termes anglo-saxon pour remplacer des mots ou des formules francophones explicites relève parfois du ridicule lorsque l'on connait le sens du terme anglo-saxon. Ainsi le terme "syndrome d'épuisement professionnel" est souvent remplacé dans des publications ou discours francophones par le terme "burnout". "Burnout" signifie très approximativement "gravure extérieure", on est dans "l'imagé", pas dans l'explicite. Dans le même esprit, la formule francophone "syndrome d'épuisement professionnel" pourrait très bien se traduire par une image: "burnes H.S" Pourquoi aller chercher "burnout". Il n'y a pas de place pour "burnout" dans le langage francophone. Ceux qui trouvent laborieux de dire "j'ai un syndrome d'épuisement professionnel" peuvent se rabattre sur l'expression imagée: "j'ai les burnes H.S" (ou pour les canadiens francophones: "j'ai les gosses HS").
Simple, non!
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