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Publié le 08/11/2009 à 21:59
Par Docteur Gervaisot
Une formidable dissociation médiatico-civile.
J’appelle « dissociation médiatico-civile » le divorce entre les médias et le gouvernement d’un côté, monsieur et madame « tout le monde » de l’autre. Sur un événement comme la grippe A, le gouvernement a pour projet d’éradiquer cette nouvelle grippe. A la date d’aujourd’hui la très grande majorité des français ne se vaccinera pas. Quand on regarde le résultat du sondage en cours dans « médecine et santé », à peine 2% des personnes font confiance en priorité au gouvernement. Entre les deux, les médias diffusent des informations à sensation, évoquant tour à tour la dangerosité du virus, mais aussi des vaccins, les syndromes respiratoires aigus, le nombre de cas, la moindre dangerosité par rapport à la grippe saisonnière, bref des informations qui sans être vraiment contradictoires, sont psychologiquement désorientantes parce que décalées par rapport à la réalité quotidienne. Il est difficile de ne pas se disqualifier aux yeux du public lorsqu’un même journal fait ses gros titres autours des 5 décès par grippe en période estivale, et met un entrefilet pour les 300 ou 400 noyades de juillet/août.Idem pour les accidents de la route, il y a eu 400 morts en octobre. Chacun d’entre nous a plus de malchance d’être frappé par un de ces deux événement que par une grippe A mortelle. En qualité de médecin, j’ai vu une vingtaine de grippes A typiques, tel qu’elles sont décrites dans les médias, et plusieurs centaines de syndromes grippaux bâtards et bénins, dont finalement les personnes qui détiennent l’information ne parlent pas, la réalité de la grippe A est pourtant ces syndromes batards et bénins.Chacun d'entre nous en a vu des dizaine et a bien fait le lien avec la grippe.Le sondage de « médecine et santé » crédite les médias de moins de 2% de confiance. Logique!
La dissociation médiatico-civile est aujourd’hui un état de fait.
En prenant du recul, on ne peut que voir dans cette affaire une rengaine événementielle: -Les médias informent d’un événement à venir,-Le gouvernement annonce les mesures susceptibles de répondre au risque potentiel, -L’événement arrive et touche les populations, il n’a pas les conséquences annoncées, -Les médias et le gouvernement maintiennent leur « niveau d’alerte », niveau que la population juge soit plus nuisible que l’événement lui-même, soit insuffisant, La dissociation débute. -Toutes les personnes et mouvements susceptibles de tirer profit de la dissociation s’engouffrent dans la brèche: négationnistes, journalistes en quête de scoop, presse à scandale, personnages avides de bulletins de vote ou de notoriété, -Les mécontents adhèrent et la mayonnaise se transforme en vinaigrette… La dissociation est à son comble, chacun va faire à sa sauce. Il n’y a plus qu’à attendre que l’événement passe, ensuite la chasse aux boucs émissaires commencera.
Si l’on regarde bien le passé, cette rengaine dissociative n’en finit de se reproduire. L’événement, parfois est plus grave que prévu, d'autres fois il l’est moins. Plus le gouvernement et les médias collent à la réalité du vécu du citoyen, moins il y a de dissociation et plus l’information est productive. Lorsque le citoyen ne touche pas directement à l’événement (catastrophe à l’étranger par exemple), il adhérera proportionnellement à la couverture médiatique, le tsunami en est un bon exemple.Si le gouvernement et les médias sont en décalage par rapport à la réalité, monsieur « tout le monde » utilise cette dissociation comme amplificateurs de doutes sans rapport avec l’événement. Je ne serais pas étonné que durant ces périodes, sectes, négationnistes et extrémistes de tous bords recrutent les plus fragiles de nos concitoyens. Dommages collatéraux.
Publié le 23/09/2009 à 22:21
Par Docteur Gervaisot
Thomas a 11 ans. Ses parents me l’amènent parce qu’il a eu 38° de température à l’école, un rhume léger et un peu mal au ventre. Le personnel l’a isolé dans une pièce en lui mettant un masque « à ne surtout pas retirer » et en lui disant qu’il avait la grippe A. Les parents ont été sollicités en urgence pour amener l’enfant immédiatement chez le médecin. Sans doute par effet de mansuétude, le directeur de l’école n’a alerté ni les pompiers ni le SAMU. La première chose qu’à dit Tomas à ses parents a été : « je vais mourir, j’ai la grippe A». En questionnant rapidement les parents autour de ce diagnostic de grippe A, le bon sens a rapidement repris le dessus sur l’émotion. L’aspect « hystérique » de l’hypothèse a vite ramené le sourire au détriment de l’image de notre éducation nationale, pourtant déjà bien caricaturée. Montrer l’éducation nationale du doigt n’est pas juste, mais il faut bien désamorcer les bombes, et le rire est un outil inoffensif. Les grandes peurs collectives sont des phénomènes épidémiques. Des tas de petits mécanismes irraisonnables viennent en amplifier la propagation. Ainsi beaucoup de patients se plaignant de l’abus d’informations contradictoires et de scoop virulents autour du H1N1, mais ils avouent changer de chaîne télévisée lorsque le journal n’évoque pas assez vite le dossier « grippe A », le dernier mot de la ministre de santé ou le dernier dénombrement de cas de grippe A. Les 5 ou 6 premiers morts de l’épidémie grippale ont totalement éclipsé des 300 morts par noyade de cet été. Dans les transports en commun, le port de masque est exceptionnel, les passagers scrutent consciencieusement le moindre éternuement ou nez qui coule. Ils ont bien raison car cette semaine, il y a eu 265 cas de H1N1 pour 100000 habitants, soit environ 17000 nouveau cas dont 22000 seulement ont réellement ressemblé à une grippe A, les reste étant des rhumes H1N1, donc des nez qui coulent sans beaucoup de fièvre ni courbatures. Alors si avoir besoin de penser « grippe A » en permanence ne ressemble pas un trouble envahissant de la pensée médiatiquement entretenu, qu’est-ce ? Le syndrome de l’effet de presse ! Bref revenant à Thomas. Il a vécu grâce à une très mauvaise compréhension de l’information sa première terrible angoisse de mort. Cela peut entraîner des séquelles psychologiques, n’importe quel psychologue vous le dira. Il serait peut-être temps de désamorcer la bombe. Quand le ministère nous annoncera-t-il que la grippe est bénigne et que l’application des mesures de sécurité ne rentre plus maintenant que dans le cadre d’un exercice de mise en condition de la population face une épidémie grave, hypothétique et à venir ; pourquoi pas la 2ème vague de grippe A, sensée arriver à distance de la première comme dans toute épidémie de grippe. Cette 2ème vague n’est à ma connaissance arrivée dans aucun pays précédemment touché par le virus H1N1.
Publié le 04/08/2009 à 08:25
Par Docteur Gervaisot
Tous les médias en parlent, un nouveau virus de la grippe vient de muter. La bête n’est pas bien méchante mais entre déclarations politiques alarmantes, recherche opiniâtre des rares victimes par les journalistes et goût du public pour le sensationnel, le flot d’informations répandu par les journaux de 20 heures est bu quotidiennement par au moins 50 millions de téléspectateurs. Chaque présentateur fait au quotidien des prouesses, transformant le banal bulletin épidémiologique quotidien en un feuilleton palpitant qui invite monsieur tout le monde à absorber quotidiennement une nouvelle dose d’angoisse.
Au matin du 31 août, une personne âgée souffrant d’un cancer généralisé est contaminée par la grippe A et décède malgré la prise de Tamiflu. Le soir même, Albert Chtrumf, journaliste vedette, pose en direct à un chercheur la question d’une possible mutation gravissime du virus. Devant la réponse trop réservée du scientifique, l’homme de presse annonce la possible mutation et demande à la population de prendre toutes les mesures pour se protéger. Une vague de panique gagne une petite partie de la population qui vient manifester son mécontentement sous les fenêtres du ministre de la santé. Cette dernière, un peu bousculée, déclare le passage au niveau 6 d’alerte. Plus de rentrée des classes, plus de regroupement, plus de TGV ni de métro ou bus, les magasins de grande distribution ferment également. Tout le monde se cloître à domicile, mange ce qu’il a à porté de main, date de péremption dépassée ou non.
Un ou deux mois se passent. La grippe passe également. Le bilan est effroyable :
Faillites industrielles en séries, déconfitures familiales, les 58 morts dus au virus H1N1 seront accompagnés de 215 morts par intoxication alimentaire et de 3542 morts par suicide : Pdg ayant vu leur outil de travail s’effondrer, père ou mère de famille au chômage une fois de trop. A la télévision, durant cette période, la moitié des sociétés de production ferme faute de personnel pour préparer les émissions. Albert Chtrumf déclare « j’ai voulu me suicider en jetant ma Ferrari contre un arbre, à 300 à l’heure, mais je n’ai pas pu, la vitesse est limitée à 90 ». Dans la jet set, l’héroïne a remplacé la cocaïne, on n’y meurt plus d’infarctus mais d’overdose.
Les gens découvrent l’étendu des dégâts et pensent que la connerie humaine a atteint son apogée. Finis les médias délirants, les personnalités politiques asservies à l’audimat, finis les masques anti-viraux qui n’ont jamais empêché le chômage, finis les vaccins qui engraissent les laboratoires médicaux.
H1N1 sourit, il a gagné, après le grand délire, les hommes se lassent et baissent la garde, plus de masques, plus de vaccins. Il va pouvoir muter sérieusement, un tour de planète et ce sera le grand ménage.
Publié le 07/05/2009 à 17:12
Par Docteur Gervaisot
Je me souviens de ces vieilles femmes assises aux pas des portes, brodant et jacassant et regardant passer les petits vacanciers aux shorts ridicules, aux yeux écarquillés.
J’étais parmi ceux là, frais moulu de la ville, tiré par les parents, respirant à plein nez l’air iodé de la mer: ce n’est pas pire que la soupe qui sert à faire grandir. Nos amis de Bretagne nous présentaient leurs mères, sœurs cousines et parentes, bigoudènes dans l’esprit, le cœur et le costume. Elles parlaient entre elles dans leur langue souriante. Elles causaient de nous, quelques mots de français ça et là échappés levaient un peu du voile de leur langage opaque. J’écoutais discrètement les adultes évoquer l’histoire de leurs vies, des histoires de marins, la mer qui les emporte, l’alcool qui les oublie, qui noie les souvenirs, les cancers qui les rongent, le tabac qui embrume un peu plus l’horizon.
Petit enfant rêveur, j’admirais ces femmes qui arboraient fièrement ces tabliers tout noir, ces châles lumineux, ces coiffes de dentelles blanches comme l’écume des vagues, ajourées vers le ciel, tournées vers le bon Dieu. Les deuils et les embruns de leurs vies difficiles, prenaient l’aspect joyeux d’un costume de Tudy, d’Aven ou d’ailleurs. Paris était pour elles au-delà du bout du monde, elles y avaient famille autant qu’à Miquelon. Comme ailleurs la mine, la pêche et la mer hypnotisaient les cœurs. Elles avaient été jeunes, amoureuses puis mères. Mais la pêche a changé, le travail s’est réduit comme une peau de chagrin. Les enfants de leurs enfants vivent sur la terre ferme, loin d’où finit la terre. On se côtoie, on est potes sur le plancher des vaches, on parle le même langage et on regarde passer les femmes venues d’ailleurs. Ce matin à Paris entre la gare du nord et l’arc de triomphe, il fait froid, il fait beau, il fait tôt, les parisiennes sont rares. Une femme venue d’ailleurs passe son chemin, un bébé dans un bras, un enfant à bout de doigt. Elle marche au rythme des alizés. Son boubou bleuazur dessine ses rondeurs, plaqué sur son corps par le vent d’hiver. Un fin duvet de neige trahit ses pas, comme son enfant qui ne veut pas, qui crie, qu’elle traine en palabrant. Plus loin une jeune femme, voilée d’un hijab noir, accompagne un homme en costume de messe. J’arrive rue de Châteaudun, quelques femmes en saris et châles chatoyants discutent dans un coin de rue.  Des enfants multicolores se croisent et se regardent. Ils ont presque 10 ans. Tiraillés entre mère et appel de la rue, leurs yeux n’hésitent plus, ils fixent, ils interrogent et les jambes maladroites ondulent entre les deux. Il est maintenant 9 heures, le boulevard Hausmann s’étire vers l’Etoile. Pas d’ado dans les rues, la nuit a été longue. Intello ou voyous, ils ont tefé ensemble, entre amis, entre potes. Ils ont regardé danser les meufes, les sœurs des copains. Ils ont peut-être rêvé du travail de demain.
Publié le 24/04/2009 à 22:16
Par Docteur Gervaisot
Madame Dubidul est diabétique. Elle pèse quelques 110 kilos pour 1.60 centimètres moins l’outrage des ans. Elle prend toute une série de médicaments pour faire baisser sa glycémie, c'est-à-dire son taux de sucre dans le sang.
A chaque consultation, on assiste au même rituel : -« Madame Dubidul, faites vous attention à ce que vous mangez » -« Docteur, je ne mange rien, je ne comprends pas, je regarde un biscuit, mon sucre monte à 3 grammes, je le mange, je prends 1 kilo. Je suis un mystère pour la médecine». Bonne foi, mauvaise foi, excès alimentaires conscients ou inconscients, difficile à dire.
Les consultations se suivent et se ressemblent au fil des années. Chaque confrontation avec le médecin est une victoire pour elle. Elle en sort avec l’impression d’être crue, elle se convainc de la qualité de son régime et de la cruauté de la nature, injuste envers elle malgré ses intentions sans cesse renouvelées de perdre du poids.
La suite est classique, deux ou trois accidents vasculaires cérébraux ou cardiaques, un peu de démence et le trépas en dépit de toutes ces victoires.
Monsieur Trukmuch est alcoolique. Il s’est fait prendre par la police en état d’ivresse au volant. Le juge a prononcé une « mise à l’épreuve avec obligation de soins pendant 2 ans ». Il pointe à la consultation, pour la 1ère fois, 15 jours avant le nième rendez vous avec un juge d’application des peines. Il veut un certificat de suivi. Il n’obtiendra qu’un certificat de demande de prise en charge daté du jour de la consultation. Peut-être le juge sera-t-il clément ou aveugle?
Des « monsieur Trukmuch », j’en ai vu plusieurs dans mon exercice. On n’a jamais pu parler du fond du problème. Ils ne viennent pas là pour ça. Soit ils « ne boivent pas » et ils viennent pour satisfaire la famille, soit ils veulent un traitement miracle qui ne les empêchera pas de boire, mais qui leur évitera tous les ennuis de l’alcool en commençant par l’étiquette « alcoolique ». Bref leur vie est émaillée de victoires qui vont des petites routes pour éviter les contrôles routiers en passant par les abstinences périodiques pour avoir des gamma GT correctes devant le médecin de la commission préfectorale, par les promesses à la famille de ne plus boire, et par les consultations chez le médecin et les cures de sevrage pour dire qu’il a fait tout ce qu’il fallait et qu’il n’y a personne capable de le soigner. Suprême victoire, même la famille finit par être d’accord avec cette conclusion.
Comme pour madame Dubidul, les suites funestes potentielles sont pléthores : accident de la route plus ou moins mortel, cirrhose, cancer, démence. Dans presque tous les cas, une déconfiture sordide vient clôturer une succession de victoires ou une résistance héroïque.
Tous les consommateurs d’alcool, tous les diabétiques, tous les dyslipidémiques, tous les fumeurs ne fonctionnent pas comme cela, mais ce syndrome de « qui gagne perd » est très répandu. On le rencontre chez beaucoup de consommateurs de drogues, chez les anorexiques, mais aussi chez les joueurs, les cleptomanes, les Don Juan, les "pilotes de route nationale". Pour certains comportements, la défaite finale est sociale, pour d’autres elle s’accompagne de problèmes de santé irréversibles pour eux-mêmes ou pour les autres.
« Besoin », quand tu nous tiens !
Publié le 24/02/2009 à 15:31
Par Docteur Gervaisot
Etonnant lapsus sur France info d’un neuropsychologue qui, évoquant le sort des enfants et des hommes en général durant les guerres, utilise le mot « chance » pour dire : « Engager vous dans une armée, c’est là que vous avez le moins de chance d’être tué ». Comme si « être tué » était une chance en période de guerre. Ce lapsus n’enlève rien au reste de l’exposé. Ce genre de formule malheureuse n’est pas une surprise dans le milieu médical. Nous médecins faisons toujours des diagnostics positifs, enzymologie positive d’infarctus, sérologie positive de SIDA, enregistrement positif de trouble du rythme, biopsies positives de cancer etc. Cela vient des études qui ont précédé notre cursus médical. Dans les bacs scientifiques, la résolution des problèmes de mathématique et de physique est toujours jubilatoire. On trouve à l’hôpital chez les étudiants en médecine des courses au premier qui fera le « diagnostic de la maladie » et certains médecins sont restés de grands enfants. Un diagnostic établi reste un élément positif, acceptons la formule ! Le problème est que parfois, après un diagnostic constitué à grand renfort de moyens et avec la plus grande célérité, la prise en charge thérapeutique traine, comme si le patient était devenu brutalement beaucoup moins intéressant. La médecine n’a pas l’exclusivité de ce type de comportement. Il suffit de se remémorer l’attentat sur les tours jumelles de New York et les réactions de certains voisins ou amis pour comprendre l’ambivalence de nos perceptions et de nos sentiments. Notre inconscient et son système de récompense a inscrit dans notre verbiage ce mot « positif » ainsi que la jouissance qui l’accompagne, même dans les circonstances les plus sombres : diagnostiquer dans la jubilation comme regarder la guerre à la télévision est l’évolution logique des jeux qui ont meublé notre enfance, notre inconscient est juste insuffisamment affecté par les drames des autres.
Publié le 04/02/2009 à 14:42
Par Docteur Gervaisot
Avec l’arrivée des traitements de substitution et la surveillance des patients consommateurs d’opiacés, le nombre de décès par surdosage avec considérablement diminué. Il y a quelques jours, la presse faisait état d’une série de morts, et évoquait des mélanges de produits. De quoi parlait-elle au juste ?
Pour comprendre les faits, il faut expliquer ce qu’est le commerce des stupéfiants par le dealer local. Comme tout commercial, un dealer va essayer d’attirer un maximum de clients pour un maximum de bénéfice. Il va aussi fidéliser ses acheteurs en proposant un peu de nouveauté. Étant lui-même le plus souvent consommateur, ses ventes conditionnent son bien être, c'est-à-dire « ne pas se retrouver en état de manque d’héroïne ». Il va donc couper ses produits avec d’autres produits moins chers et pas toxiques, susceptibles d’engendrer des sensations agréables sensations qui amènent de l’originalité et font revenir ses clients. Il va aussi pour un même client faire évoluer ses produits et ses goûts, de façon à ce que l’ennui ne s’installe pas. En pratique, le client se verra proposer occasionnellement des produits plus excitants, c'est-à-dire de l’héroïne mélangée avec un peu de cocaïne par exemple, produit qui conviendra mieux à une personne qui travaille, ou qui se réinscrit dans une vie active et qui a besoin d’être stimulée. La dégustation est souvent "cadeau". Retenez que l’héroïne est toujours coupée, c'est-à-dire mélangée à des produits neutres ou sédatifs, car trop dangereuse pure.
Les accidents arrivent lorsque le "dealers" n'est pas un « professionnel » des produits mais un vendeur occasionnel, ou lorsque l’usager fait sa propre « cuisine » pour voir ou pour « ne plus voir ». Lorsque l’on a affaire à ces vendeurs néophytes, ils vont avoir tendance, soit à faire des mélanges bon marché avec n’importe quoi pour augmenter leur marge bénéficiaire, soit vendre un produit trop pur pour se faire une clientèle.
Les problèmes résultants sont que: - qui dit produit mélangé avec n’importe quoi dit accident toxique ou embolie pulmonaire ou septicémies, - qui dit produit pur dit surdosage et donc parfois décès, mais le plus souvent déficit intellectuel plus ou moins important mais définitif. A noter qu’actuellement, on trouve beaucoup de shit (cannabis) coupé avec des amphétamines ou des produits hallucinogènes. Cela génère pour certains un nouveau plaisir, pour d’autres des poussées délirantes ou des crises d’épilepsie. On ne choisit l'effet, c'est l'organisme qui encaisse plus ou moins bien. Tous ces accidents ne font que s’ajouter à la toxicité spécifique de chaque produit.
Mais si ces produits n’étaient que toxiques et n’avaient pas aussi des effets positifs, il n’y aurait pas de débat sur le sujet.
Publié le 10/01/2009 à 20:52
Par Docteur Gervaisot
(parce drogue rime trop souvent avec soumission)
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme au cœur paisible, qui n’a jamais connu la paix. Enfant, j’ai quitté l’Europe malade d’une folie nommée shoah, et gagné la terre promise pour rejoindre mes cousins des tribus de Juda.
Yad Vashem promène ses ombres, et ses ombres me promènent parmi les âmes des Justes.
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme sans haine et sans ennemi. Je n’ai jamais connue la paix et je n’y suis pour rien. Je suis venue très jeune dans la ville de Yerouchalayim. La violence et la haine m’y ont accompagnée et m’ont mordu les jambes comme de mauvais chiens.
Yad Vashem promène ses ombres, et ses ombres me promènent parmi les âmes des Justes. Et je rêve à graver mon nom, ici sur cette terre.
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme aux bras ouverts, au cœur brûlant, mais ma maison est vide. Pourtant je n’ai d’ennemis qui me soient reconnus. Frères, amis, cousins et d’autres encore sont morts, emportés par leur foi et les ardeurs guerrières. Et je reste sans haine. Et je rêve d’Abel, de Rachid, de Fathma. Ils n’ont jamais connu la paix et je n’y suis pour rien.
Je m’appelle Sara, je suis une vieille femme qui n’aura jamais fait que rechercher la paix, que rechercher le calme. Et ma maison est chaude de mon cœur brûlant, et ma maison est vide de tous ces inconnus que l’ardeur a éteints, que j’aurai réchauffé du souffle de l’amie.
Et mon cœur se consume de n’avoir pu faire plus.
Je m’appelle Sara, je suis à bout d’un souffle qui aspire à dormir et à ne plus rêver de ces années passées à espérer l’Eden, sous le couvert des armes et des mots incendiaires.
Yad Vashem promène ses ombres, et ses ombres me promènent parmi les âmes des Justes. Et je rêve à graver, ici, mon nom, sur la terre, sur une plaque, prés de ceux d’Abel, de Rachid, de Fathma qui n’ont jamais connu la paix et qui n’y sont pour rien. Et nos cœurs se consument de n’avoir pu faire plus. Et les âmes nous rassurent de n’avoir su faire mieux. Et la table des Justes s’ouvre à notre famine.
Publié le 24/12/2008 à 11:52
Par Docteur Gervaisot
Couleurs
Noël, c’est la neige, les étoiles, des lumières multicolores de la ville et de la fête. Un monsieur, qui pendant de longues années avait pris de l’héroïne comme unique accès au plaisir, racontait : « L’héroïne, ça me donnait un plaisir intense, tout blanc, toujours le même. Maintenant, j’ai arrêté. Depuis je connais des quantités de plaisirs, différents, de toutes les couleurs. C’est moins intense, c’est des fois plus difficile à mériter, mais c’est beaucoup plus touchant et je suis très heureux d’avoir changé. ».
Conte de Noël
« Docteur, faut que je vous dise, j’ai 35 ans et c’est le premier Noël où je fais des cadeaux à mes enfants. Avant, on n’avait jamais d’argent, tout partait dans l’héro. »
Ses yeux fermés regardaient ses enfants déballant les jouets autour de l’arbre de Noël. Son sourire, meublé de dents gâtées par des années de « came », accompagnait chacun de leurs gestes. Des perles d’émotion glissaient silencieusement sur ses joues creuses.
L'an prochain il se fera pour la première fois un vrai cadeau pour Noël: des dents neuves pour dévorer la vie.
Publié le 21/12/2008 à 16:00
Par Docteur Gervaisot
La crise actuelle n'est pas que la faute de quelques personnes ou sociétés irresponsables montées en exergue par les médias. Elle est aussi inscrite dans les rêves impossibles de monsieur "tout le monde" et dans les comportements de ceux qui s'emploient à les créer, à les satisfaire et à en entretenir de nouveaux.
Nous sommes en 2003, comme beaucoup de personnes, monsieur et madame M. ont pris trop de crédits à la consommation car ils sont incapables de se refuser quelque chose. Au bord de la déconfiture financière, ils font, avec l’aide du service social, un dossier de surendettement. Les conditions sont simples : plus de chéquier, plus de nouveau crédit, on se sert la ceinture et la dette se trouve répartie sur 10 ans à un taux d’intérêt correct loin des 16 ou 18% qu’ils connaissaient pour les crédits en cours. Cela dit en passant, chaque objet acheté à crédit leur coûte entre 2 et 3 fois le prix de vente lorsqu’ils arrivent à honorer le crédit associé, mais quand on ne sait pas résister à ses envies, on ne compte pas. Bref, qui dit commission de surendettement dit frustration. Ils en parlent à leur banquier favori. Ce dernier leur propose de racheter leurs dettes et de leur faire le même taux que celui proposé par la commission. Là, par contre, pas de frustration, on leur conseille simplement d’être raisonnable, mais, si éventuellement ils voulaient se faire une petite gâterie… Bref un mois plus tard, ils sortent de leur banque avec de nouvelles traites plus modestes, pour 10 ans au lieu de 5, à un taux sympathique de 4% au lieu de 16%. Ça change la vie et ça se fête. On se paye donc un repas au meilleur restaurant du coin et on va chez le concessionnaire automobile du coin pour changer de véhicule, car le dernier a 3 ans, il n’est plus sous garantie, et les éventuelles pannes pourraient vite coûter cher. Nouveau crédit !
Nous sommes maintenant en 2008, le couple se trouve dans le même état de finance qu’en 2003 avec X prêts à la consommation en plus du prêt de rachat des anciens prêts. Tous ces nouveaux prêts leur ont été concédés par des sociétés de crédit moyennant une attestation sur l’honneur stipulant qu’ils ne se sont pas surendettés. Les sociétés qui développent ce genre de crédit savent pertinemment qu'une bonne partie de leur clientèle fait une fausse déclaration. Demander à contrôler leur compte ou à obtenir une garanti bancaire de paiement, leur ferait perdre beaucoup de clients, ils choisissent donc la solution rentable à court terme.
Donc, d’un côté des consommations addictives et de l’autre côté des comportements commerciaux pervers, à terme ça fait des micro-bulles.
Si monsieur et madame M n’avaient jamais eu de crédits à la consommation, avec les intérêts économisés, ils auraient consommé 3 ou 4 fois plus, dommage pour nos entreprises et pour leurs employés. Quant à savoir ce que les sociétés de crédits ont fait de cette manne « addictive », il suffit de regarder l’état de leurs finances aujourd’hui : certaines sont en grandes difficultés, coincées entre leurs clients non solvables et leurs comportements boursiers addictifs. Elles prêtent de plus en plus difficilement aux entreprises, elles sont bien placées pour savoir que monsieur « tout le monde » a au minimum 4 ou 5 ans de « dettes d’avance » et qu’il n’achètera plus grand-chose à nos braves entrepreneurs. Pour assainir, il faut intervenir sur les clauses et comportements pervers, nos addicts apprendront à attendre et dans 4 ou 5 ans, ça ira mieux.
4 ou 5 ans, c'est politiquement très loin.
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