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Publié le 24/02/2009 à 15:31
Par Docteur Gervaisot
Etonnant lapsus sur France info d’un neuropsychologue qui, évoquant le sort des enfants et des hommes en général durant les guerres, utilise le mot « chance » pour dire : « Engager vous dans une armée, c’est là que vous avez le moins de chance d’être tué ». Comme si « être tué » était une chance en période de guerre. Ce lapsus n’enlève rien au reste de l’exposé. Ce genre de formule malheureuse n’est pas une surprise dans le milieu médical. Nous médecins faisons toujours des diagnostics positifs, enzymologie positive d’infarctus, sérologie positive de SIDA, enregistrement positif de trouble du rythme, biopsies positives de cancer etc. Cela vient des études qui ont précédé notre cursus médical. Dans les bacs scientifiques, la résolution des problèmes de mathématique et de physique est toujours jubilatoire. On trouve à l’hôpital chez les étudiants en médecine des courses au premier qui fera le « diagnostic de la maladie » et certains médecins sont restés de grands enfants. Un diagnostic établi reste un élément positif, acceptons la formule ! Le problème est que parfois, après un diagnostic constitué à grand renfort de moyens et avec la plus grande célérité, la prise en charge thérapeutique traine, comme si le patient était devenu brutalement beaucoup moins intéressant. La médecine n’a pas l’exclusivité de ce type de comportement. Il suffit de se remémorer l’attentat sur les tours jumelles de New York et les réactions de certains voisins ou amis pour comprendre l’ambivalence de nos perceptions et de nos sentiments. Notre inconscient et son système de récompense a inscrit dans notre verbiage ce mot « positif » ainsi que la jouissance qui l’accompagne, même dans les circonstances les plus sombres : diagnostiquer dans la jubilation comme regarder la guerre à la télévision est l’évolution logique des jeux qui ont meublé notre enfance, notre inconscient est juste insuffisamment affecté par les drames des autres.
Publié le 04/02/2009 à 14:42
Par Docteur Gervaisot
Avec l’arrivée des traitements de substitution et la surveillance des patients consommateurs d’opiacés, le nombre de décès par surdosage avec considérablement diminué. Il y a quelques jours, la presse faisait état d’une série de morts, et évoquait des mélanges de produits. De quoi parlait-elle au juste ?
Pour comprendre les faits, il faut expliquer ce qu’est le commerce des stupéfiants par le dealer local. Comme tout commercial, un dealer va essayer d’attirer un maximum de clients pour un maximum de bénéfice. Il va aussi fidéliser ses acheteurs en proposant un peu de nouveauté. Étant lui-même le plus souvent consommateur, ses ventes conditionnent son bien être, c'est-à-dire « ne pas se retrouver en état de manque d’héroïne ». Il va donc couper ses produits avec d’autres produits moins chers et pas toxiques, susceptibles d’engendrer des sensations agréables sensations qui amènent de l’originalité et font revenir ses clients. Il va aussi pour un même client faire évoluer ses produits et ses goûts, de façon à ce que l’ennui ne s’installe pas. En pratique, le client se verra proposer occasionnellement des produits plus excitants, c'est-à-dire de l’héroïne mélangée avec un peu de cocaïne par exemple, produit qui conviendra mieux à une personne qui travaille, ou qui se réinscrit dans une vie active et qui a besoin d’être stimulée. La dégustation est souvent "cadeau". Retenez que l’héroïne est toujours coupée, c'est-à-dire mélangée à des produits neutres ou sédatifs, car trop dangereuse pure.
Les accidents arrivent lorsque le "dealers" n'est pas un « professionnel » des produits mais un vendeur occasionnel, ou lorsque l’usager fait sa propre « cuisine » pour voir ou pour « ne plus voir ». Lorsque l’on a affaire à ces vendeurs néophytes, ils vont avoir tendance, soit à faire des mélanges bon marché avec n’importe quoi pour augmenter leur marge bénéficiaire, soit vendre un produit trop pur pour se faire une clientèle.
Les problèmes résultants sont que: - qui dit produit mélangé avec n’importe quoi dit accident toxique ou embolie pulmonaire ou septicémies, - qui dit produit pur dit surdosage et donc parfois décès, mais le plus souvent déficit intellectuel plus ou moins important mais définitif. A noter qu’actuellement, on trouve beaucoup de shit (cannabis) coupé avec des amphétamines ou des produits hallucinogènes. Cela génère pour certains un nouveau plaisir, pour d’autres des poussées délirantes ou des crises d’épilepsie. On ne choisit l'effet, c'est l'organisme qui encaisse plus ou moins bien. Tous ces accidents ne font que s’ajouter à la toxicité spécifique de chaque produit.
Mais si ces produits n’étaient que toxiques et n’avaient pas aussi des effets positifs, il n’y aurait pas de débat sur le sujet.
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