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Addictologie sociale. "Pages ouvertes aux toxicomanes et à ceux qui les regardent"
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Publié le 24/04/2009 à 22:16
Par Docteur Gervaisot
Madame Dubidul est diabétique. Elle pèse quelques 110 kilos pour 1.60 centimètres moins l’outrage des ans. Elle prend toute une série de médicaments pour faire baisser sa glycémie, c'est-à-dire son taux de sucre dans le sang.

                  A chaque consultation, on assiste au même rituel :
-« Madame Dubidul, faites vous attention à ce que vous mangez »
-« Docteur, je ne mange rien, je ne comprends pas, je regarde un biscuit, mon sucre monte à 3 grammes, je le mange, je prends 1 kilo. Je suis un mystère pour la médecine».
Bonne foi, mauvaise foi, excès alimentaires conscients ou inconscients, difficile à dire.

                 Les consultations se suivent et se ressemblent au fil des années. Chaque confrontation avec le médecin est une victoire pour elle. Elle en sort avec l’impression d’être crue, elle se convainc de la qualité de son régime et de la cruauté de la nature, injuste envers elle malgré ses intentions sans cesse renouvelées de perdre du poids.

               La suite est classique, deux ou trois accidents vasculaires cérébraux ou cardiaques, un peu de démence et le trépas en dépit de toutes ces victoires.



                   Monsieur Trukmuch est alcoolique. Il s’est fait prendre par la police en état d’ivresse au volant. Le juge a prononcé une « mise à l’épreuve avec obligation de soins pendant 2 ans ». Il pointe à la consultation, pour la 1ère fois, 15 jours avant le nième rendez vous avec un juge d’application des peines. Il veut un certificat de suivi. Il n’obtiendra qu’un certificat de demande de prise en charge daté du jour de la consultation.
Peut-être le juge sera-t-il clément ou aveugle?

          Des « monsieur Trukmuch », j’en ai vu plusieurs dans mon exercice. On n’a jamais pu parler du fond du problème. Ils ne viennent pas là pour ça. Soit ils « ne boivent pas » et ils viennent pour satisfaire la famille, soit ils veulent un traitement miracle qui ne les empêchera pas de boire, mais qui leur évitera tous les ennuis de l’alcool en commençant par l’étiquette « alcoolique ».
Bref leur vie est émaillée de victoires qui vont des petites routes pour éviter les contrôles routiers en passant par les abstinences périodiques pour avoir des gamma GT correctes devant le médecin de la commission préfectorale, par les promesses à la famille de ne plus boire, et par les consultations chez le médecin et les cures de sevrage pour dire qu’il a fait tout ce qu’il fallait et qu’il n’y a personne capable de le soigner.
Suprême victoire, même la famille finit par être d’accord avec cette conclusion.

               Comme pour madame Dubidul, les suites funestes potentielles sont pléthores : accident de la route plus ou moins mortel, cirrhose, cancer, démence. Dans presque tous les cas, une déconfiture sordide vient clôturer une succession de victoires ou une résistance héroïque.



                 Tous les consommateurs d’alcool, tous les diabétiques, tous les dyslipidémiques, tous les fumeurs ne fonctionnent pas comme cela, mais ce syndrome de « qui gagne perd » est très répandu. On le rencontre chez beaucoup de consommateurs de drogues, chez les anorexiques, mais aussi chez les joueurs, les cleptomanes, les Don Juan, les "pilotes de route nationale". Pour certains comportements, la défaite finale est sociale, pour d’autres elle s’accompagne de problèmes de santé irréversibles pour eux-mêmes ou pour les autres.


                                         « Besoin », quand tu nous tiens !

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