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Publié le 24/12/2008 à 11:52
Par Docteur Gervaisot
Couleurs
Noël, c’est la neige, les étoiles, des lumières multicolores de la ville et de la fête. Un monsieur, qui pendant de longues années avait pris de l’héroïne comme unique accès au plaisir, racontait : « L’héroïne, ça me donnait un plaisir intense, tout blanc, toujours le même. Maintenant, j’ai arrêté. Depuis je connais des quantités de plaisirs, différents, de toutes les couleurs. C’est moins intense, c’est des fois plus difficile à mériter, mais c’est beaucoup plus touchant et je suis très heureux d’avoir changé. ».
Conte de Noël
« Docteur, faut que je vous dise, j’ai 35 ans et c’est le premier Noël où je fais des cadeaux à mes enfants. Avant, on n’avait jamais d’argent, tout partait dans l’héro. »
Ses yeux fermés regardaient ses enfants déballant les jouets autour de l’arbre de Noël. Son sourire, meublé de dents gâtées par des années de « came », accompagnait chacun de leurs gestes. Des perles d’émotion glissaient silencieusement sur ses joues creuses.
L'an prochain il se fera pour la première fois un vrai cadeau pour Noël: des dents neuves pour dévorer la vie.
Publié le 21/12/2008 à 16:00
Par Docteur Gervaisot
La crise actuelle n'est pas que la faute de quelques personnes ou sociétés irresponsables montées en exergue par les médias. Elle est aussi inscrite dans les rêves impossibles de monsieur "tout le monde" et dans les comportements de ceux qui s'emploient à les créer, à les satisfaire et à en entretenir de nouveaux.
Nous sommes en 2003, comme beaucoup de personnes, monsieur et madame M. ont pris trop de crédits à la consommation car ils sont incapables de se refuser quelque chose. Au bord de la déconfiture financière, ils font, avec l’aide du service social, un dossier de surendettement. Les conditions sont simples : plus de chéquier, plus de nouveau crédit, on se sert la ceinture et la dette se trouve répartie sur 10 ans à un taux d’intérêt correct loin des 16 ou 18% qu’ils connaissaient pour les crédits en cours. Cela dit en passant, chaque objet acheté à crédit leur coûte entre 2 et 3 fois le prix de vente lorsqu’ils arrivent à honorer le crédit associé, mais quand on ne sait pas résister à ses envies, on ne compte pas. Bref, qui dit commission de surendettement dit frustration. Ils en parlent à leur banquier favori. Ce dernier leur propose de racheter leurs dettes et de leur faire le même taux que celui proposé par la commission. Là, par contre, pas de frustration, on leur conseille simplement d’être raisonnable, mais, si éventuellement ils voulaient se faire une petite gâterie… Bref un mois plus tard, ils sortent de leur banque avec de nouvelles traites plus modestes, pour 10 ans au lieu de 5, à un taux sympathique de 4% au lieu de 16%. Ça change la vie et ça se fête. On se paye donc un repas au meilleur restaurant du coin et on va chez le concessionnaire automobile du coin pour changer de véhicule, car le dernier a 3 ans, il n’est plus sous garantie, et les éventuelles pannes pourraient vite coûter cher. Nouveau crédit !
Nous sommes maintenant en 2008, le couple se trouve dans le même état de finance qu’en 2003 avec X prêts à la consommation en plus du prêt de rachat des anciens prêts. Tous ces nouveaux prêts leur ont été concédés par des sociétés de crédit moyennant une attestation sur l’honneur stipulant qu’ils ne se sont pas surendettés. Les sociétés qui développent ce genre de crédit savent pertinemment qu'une bonne partie de leur clientèle fait une fausse déclaration. Demander à contrôler leur compte ou à obtenir une garanti bancaire de paiement, leur ferait perdre beaucoup de clients, ils choisissent donc la solution rentable à court terme.
Donc, d’un côté des consommations addictives et de l’autre côté des comportements commerciaux pervers, à terme ça fait des micro-bulles.
Si monsieur et madame M n’avaient jamais eu de crédits à la consommation, avec les intérêts économisés, ils auraient consommé 3 ou 4 fois plus, dommage pour nos entreprises et pour leurs employés. Quant à savoir ce que les sociétés de crédits ont fait de cette manne « addictive », il suffit de regarder l’état de leurs finances aujourd’hui : certaines sont en grandes difficultés, coincées entre leurs clients non solvables et leurs comportements boursiers addictifs. Elles prêtent de plus en plus difficilement aux entreprises, elles sont bien placées pour savoir que monsieur « tout le monde » a au minimum 4 ou 5 ans de « dettes d’avance » et qu’il n’achètera plus grand-chose à nos braves entrepreneurs. Pour assainir, il faut intervenir sur les clauses et comportements pervers, nos addicts apprendront à attendre et dans 4 ou 5 ans, ça ira mieux.
4 ou 5 ans, c'est politiquement très loin.
Publié le 06/12/2008 à 19:33
Par Docteur Gervaisot
Les produits commercialisés par les laboratoires pharmaceutiques ayant pour objectif de faire perdre du poids via une action sur le cerveau, n'ont décidément pas une grande espérance de vie. Sanofi en a fait l'expérience avec Acomplia. Le mécanisme se voulait original, bloquer les récepteurs à cannabinoïdes, le cannabis ayant pour réputation chez ses supporteurs de favoriser l'appétit. (cf. article: http://www.stethonet.org/cervo/doc22.html) L’action du cannabis et des apparentés sur certains noyaux gris du cerveau engendre en autre une augmentation de certaines monoamines (adrénaline et noradrénaline), donc même résultante que les amphétamines et que certains antidépresseurs. Ce sont l’effet coupe faim et l’effet psychotrope qui peuvent engendrer des troubles du comportement et qui ont entrainé le retrait du produit. En pratique, des produits agissant de façon équivalente ont les mêmes effets secondaires et imposent les mêmes réserves. Les antidépresseurs adrénergiques et noradrénergiques sont prescrits pour la dépression, et les médecins sont sensibilisés à l’augmentation possible du risque « passage à l’acte » chez les dépressifs et les bipolaires. Le cadre de prescription est correct, ces produits ne seront pas à priori exclus du marché.
Stratégiquement parlant, pour Sanofi, n’aurait-il pas mieux fallu lancer ce produit comme nouvel antidépresseur et s’apercevoir secondaire qu’il faisait perdre du poids et qu’il améliorait le diabète. Peut-être, mais pas sûr. Les psychiatres auraient sans doute levé le bouclier en précisant que ce produit semblait avoir plus d’effets psychotropes que les autres et donc plus de risques (sous-entendu: usage hospitalier uniquement). De toute façon, malgré son action en apparence assez globale sur le boulimique en surpoids, cette molécule n'aurait pas réglé les problèmes des troubles du comportement alimentaire à elle toute seule, elle aurait trouvé sa place comme un appoint d’accompagnement. L’histoire commerciale de la pharmacologie montre que l’indication « coupe faim, perte de poids » est toujours sulfureuse. Le mot « cannabinnoïde » ajouté là-dessus n’arrange pas plus que le mot « amphétamine ». Pour preuve, une molécule vendue comme «adjuvant du traitement adapté chez les diabétiques avec surcharge » existe depuis des années et est parfois prescrit par les médecins. Elle est plus ou moins détournée de son cadre de prescription afin de perdre du poids. Ça marche ou ça ne marche pas ? A l’évidence le produit n’est pas menacé de retrait et la formulation de la mise sur le marché a été plus déterminante pour l’avenir de cette molécule que son efficacité supposée ou l’usage détourné qui en est fait.
D’une manière générale, toutes les molécules qui touchent aux comportements addictifs sont plus ou moins consciemment mal perçues par le corps médical. Les effets secondaires, prévisibles, sont mal définis, les indications insuffisamment ciblées et, au bout de la chaîne, les prescriptions à risque. Dés qu’un trouble du comportement sous tend une pathologie, la prescription isolée d’une molécule reste une démarche simpliste vouée à l’échec car elle fait fie de l’identité du patient. Dans ce domaine, il n’y a pas d’avenir sans prise en charge à dimension humaine, donc complexe et incertaine, heureusement.
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