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Addictologie sociale. "Pages ouvertes aux toxicomanes et à ceux qui les regardent"
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Publié le 06/12/2008
Par Docteur Gervaisot
                   Les produits commercialisés par les laboratoires pharmaceutiques ayant pour objectif de faire perdre du poids via une action sur le cerveau, n'ont décidément pas une grande espérance de vie. Sanofi en a fait l'expérience avec Acomplia. Le mécanisme se voulait original, bloquer les récepteurs à cannabinoïdes, le cannabis ayant pour réputation chez ses supporteurs de favoriser l'appétit. (cf. article: http://www.stethonet.org/cervo/doc22.html)
 L’action du cannabis et des apparentés sur certains noyaux gris du cerveau engendre en autre une augmentation de certaines monoamines (adrénaline et noradrénaline), donc même résultante que les amphétamines et que certains antidépresseurs. Ce sont l’effet coupe faim et l’effet psychotrope qui peuvent engendrer des troubles du comportement et qui ont entrainé le retrait du produit. En pratique, des produits agissant de façon équivalente ont les mêmes effets secondaires et imposent les mêmes réserves. Les antidépresseurs adrénergiques et noradrénergiques sont prescrits pour la dépression, et les médecins sont sensibilisés à l’augmentation possible du risque « passage à l’acte » chez les dépressifs et les bipolaires. Le cadre de prescription est correct, ces produits ne seront pas à priori exclus du marché.

                     Stratégiquement parlant, pour Sanofi, n’aurait-il pas mieux fallu lancer ce produit comme nouvel antidépresseur et s’apercevoir secondaire qu’il faisait perdre du poids et qu’il améliorait le diabète. Peut-être, mais pas sûr. Les psychiatres auraient sans doute levé le bouclier en précisant que ce produit semblait avoir plus d’effets psychotropes que les autres et donc plus de risques (sous-entendu: usage hospitalier uniquement). De toute façon, malgré son action en apparence assez globale sur le boulimique en surpoids, cette molécule n'aurait pas réglé les problèmes des troubles du comportement alimentaire à elle toute seule, elle aurait trouvé sa place comme un appoint d’accompagnement. L’histoire commerciale de la pharmacologie montre que l’indication « coupe faim, perte de poids » est toujours sulfureuse. Le mot « cannabinnoïde » ajouté là-dessus n’arrange pas plus que le mot « amphétamine ». Pour preuve, une molécule vendue comme «adjuvant du traitement adapté chez les diabétiques avec surcharge » existe depuis des années et est parfois prescrit par les médecins. Elle est plus ou moins détournée de son cadre de prescription afin de perdre du poids. Ça marche ou ça ne marche pas ? A l’évidence le produit n’est pas menacé de retrait et la formulation de la mise sur le marché a été plus déterminante pour l’avenir de cette molécule que son efficacité supposée ou l’usage détourné qui en est fait.

                     D’une manière générale, toutes les molécules qui touchent aux comportements addictifs sont plus ou moins consciemment mal perçues par le corps médical. Les effets secondaires, prévisibles, sont mal définis, les indications insuffisamment ciblées et, au bout de la chaîne, les prescriptions à risque. Dés qu’un trouble du comportement sous tend une pathologie, la prescription isolée d’une molécule reste une démarche simpliste vouée à l’échec car elle fait fie de l’identité du patient. Dans ce domaine, il n’y a pas d’avenir sans prise en charge à dimension humaine, donc complexe et incertaine, heureusement.
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