Etonnant lapsus sur France info d’un neuropsychologue qui, évoquant le sort des enfants et des hommes en général durant les guerres, utilise le mot « chance » pour dire : « Engager vous dans une armée, c’est là que vous avez le moins de chance d’être tué ». Comme si « être tué » était une chance en période de guerre. Ce lapsus n’enlève rien au reste de l’exposé.
Ce genre de formule malheureuse n’est pas une surprise dans le milieu médical. Nous médecins faisons toujours des diagnostics positifs, enzymologie positive d’infarctus, sérologie positive de SIDA, enregistrement positif de trouble du rythme, biopsies positives de cancer etc. Cela vient des études qui ont précédé notre cursus médical. Dans les bacs scientifiques, la résolution des problèmes de mathématique et de physique est toujours jubilatoire. On trouve à l’hôpital chez les étudiants en médecine des courses au premier qui fera le « diagnostic de la maladie » et certains médecins sont restés de grands enfants.
Un diagnostic établi reste un élément positif, acceptons la formule ! Le problème est que parfois, après un diagnostic constitué à grand renfort de moyens et avec la plus grande célérité, la prise en charge thérapeutique traine, comme si le patient était devenu brutalement beaucoup moins intéressant.
La médecine n’a pas l’exclusivité de ce type de comportement. Il suffit de se remémorer l’attentat sur les tours jumelles de New York et les réactions de certains voisins ou amis pour comprendre l’ambivalence de nos perceptions et de nos sentiments.
Notre inconscient et son système de récompense a inscrit dans notre verbiage ce mot « positif » ainsi que la jouissance qui l’accompagne, même dans les circonstances les plus sombres : diagnostiquer dans la jubilation comme regarder la guerre à la télévision est l’évolution logique des jeux qui ont meublé notre enfance, notre inconscient est juste insuffisamment affecté par les drames des autres.







