Tous les médias en parlent, un nouveau virus de la grippe vient de muter. La bête n’est pas bien méchante mais entre déclarations politiques alarmantes, recherche opiniâtre des rares victimes par les journalistes et goût du public pour le sensationnel, le flot d’informations répandu par les journaux de 20 heures est bu quotidiennement par au moins 50 millions de téléspectateurs. Chaque présentateur fait au quotidien des prouesses, transformant le banal bulletin épidémiologique quotidien en un feuilleton palpitant qui invite monsieur tout le monde à absorber quotidiennement une nouvelle dose d’angoisse.
Au matin du 31 août, une personne âgée souffrant d’un cancer généralisé est contaminée par la grippe A et décède malgré la prise de Tamiflu. Le soir même, Albert Chtrumf, journaliste vedette, pose en direct à un chercheur la question d’une possible mutation gravissime du virus. Devant la réponse trop réservée du scientifique, l’homme de presse annonce la possible mutation et demande à la population de prendre toutes les mesures pour se protéger. Une vague de panique gagne une petite partie de la population qui vient manifester son mécontentement sous les fenêtres du ministre de la santé. Cette dernière, un peu bousculée, déclare le passage au niveau 6 d’alerte. Plus de rentrée des classes, plus de regroupement, plus de TGV ni de métro ou bus, les magasins de grande distribution ferment également. Tout le monde se cloître à domicile, mange ce qu’il a à porté de main, date de péremption dépassée ou non.
Un ou deux mois se passent. La grippe passe également. Le bilan est effroyable :
Faillites industrielles en séries, déconfitures familiales, les 58 morts dus au virus H1N1 seront accompagnés de 215 morts par intoxication alimentaire et de 3542 morts par suicide : Pdg ayant vu leur outil de travail s’effondrer, père ou mère de famille au chômage une fois de trop. A la télévision, durant cette période, la moitié des sociétés de production ferme faute de personnel pour préparer les émissions. Albert Chtrumf déclare « j’ai voulu me suicider en jetant ma Ferrari contre un arbre, à 300 à l’heure, mais je n’ai pas pu, la vitesse est limitée à 90 ». Dans la jet set, l’héroïne a remplacé la cocaïne, on n’y meurt plus d’infarctus mais d’overdose.
Les gens découvrent l’étendu des dégâts et pensent que la connerie humaine a atteint son apogée. Finis les médias délirants, les personnalités politiques asservies à l’audimat, finis les masques anti-viraux qui n’ont jamais empêché le chômage, finis les vaccins qui engraissent les laboratoires médicaux.
H1N1 sourit, il a gagné, après le grand délire, les hommes se lassent et baissent la garde, plus de masques, plus de vaccins. Il va pouvoir muter sérieusement, un tour de planète et ce sera le grand ménage.







