Thomas a 11 ans. Ses parents me l’amènent parce qu’il a eu 38° de température à l’école, un rhume léger et un peu mal au ventre. Le personnel l’a isolé dans une pièce en lui mettant un masque « à ne surtout pas retirer » et en lui disant qu’il avait la grippe A.
Les parents ont été sollicités en urgence pour amener l’enfant immédiatement chez le médecin. Sans doute par effet de mansuétude, le directeur de l’école n’a alerté ni les pompiers ni le SAMU.
La première chose qu’à dit Tomas à ses parents a été : « je vais mourir, j’ai la grippe A».
En questionnant rapidement les parents autour de ce diagnostic de grippe A, le bon sens a rapidement repris le dessus sur l’émotion. L’aspect « hystérique » de l’hypothèse a vite ramené le sourire au détriment de l’image de notre éducation nationale, pourtant déjà bien caricaturée.
Montrer l’éducation nationale du doigt n’est pas juste, mais il faut bien désamorcer les bombes, et le rire est un outil inoffensif. Les grandes peurs collectives sont des phénomènes épidémiques. Des tas de petits mécanismes irraisonnables viennent en amplifier la propagation. Ainsi beaucoup de patients se plaignant de l’abus d’informations contradictoires et de scoop virulents autour du H1N1, mais ils avouent changer de chaîne télévisée lorsque le journal n’évoque pas assez vite le dossier « grippe A », le dernier mot de la ministre de santé ou le dernier dénombrement de cas de grippe A. Les 5 ou 6 premiers morts de l’épidémie grippale ont totalement éclipsé des 300 morts par noyade de cet été. Dans les transports en commun, le port de masque est exceptionnel, les passagers scrutent consciencieusement le moindre éternuement ou nez qui coule. Ils ont bien raison car cette semaine, il y a eu 265 cas de H1N1 pour 100000 habitants, soit environ 17000 nouveau cas dont 22000 seulement ont réellement ressemblé à une grippe A, les reste étant des rhumes H1N1, donc des nez qui coulent sans beaucoup de fièvre ni courbatures.
Alors si avoir besoin de penser « grippe A » en permanence ne ressemble pas un trouble envahissant de la pensée médiatiquement entretenu, qu’est-ce ? Le syndrome de l’effet de presse !
Bref revenant à Thomas. Il a vécu grâce à une très mauvaise compréhension de l’information sa première terrible angoisse de mort. Cela peut entraîner des séquelles psychologiques, n’importe quel psychologue vous le dira. Il serait peut-être temps de désamorcer la bombe. Quand le ministère nous annoncera-t-il que la grippe est bénigne et que l’application des mesures de sécurité ne rentre plus maintenant que dans le cadre d’un exercice de mise en condition de la population face une épidémie grave, hypothétique et à venir ; pourquoi pas la 2ème vague de grippe A, sensée arriver à distance de la première comme dans toute épidémie de grippe. Cette 2ème vague n’est à ma connaissance arrivée dans aucun pays précédemment touché par le virus H1N1.







