Il poussa énergiquement du coude, la porte de la Dina Panhard noire qui se claqua sèchement. Il ajusta la clé dans la serrure et donna un tour d’un coup vif.
Son regard croisa celui de Wlady quelque peu embrumé et trop sombre à son goût ! Il y avait dans ses yeux la détresse et le souvenir du bonheur mélangés, la langueur, la paresse, la volonté. Il traversa la rue à grandes enjambées pour la rattraper. Elle n’avait pas attendu qu’il ferme la voiture pour commencer à s’éloigner.
- Tu veux vraiment qu’on en reste là ? demanda t’il anxieux que la réponse fût " oui ".
- Je ne sais pas André… je ne sais plus !…
- Tu sais … peut-être sommes-nous liés pour l’éternité mais ce n’est pas une raison pour gâcher cette vie !
- Gâcher cette vie ! ?
- Oui ! Ma vie sans toi… ce serait une vie oubliée de Dieu ! Transparente pour les autres… inutile pour le monde… pour la terre … pour l’essence d’elle-même !
- Je ne comprends strictement rien à ce que tu me dis !
- Wlady, écoute-moi une dernière fois. Si tu crois qu’il vaut mieux ensuite, ne plus se voir, ne plus se parler, ne plus se toucher, ne plus s’aimer… on fera comme tu l’auras décidé !
- Je t’écoute … une dernière fois !
- Merci !… vraiment… eh bien voilà… …
Eh bien voilà, je pense que c’est cette nuit-là qu’ils m’ont fabriqué !
Merci maman, d’avoir une dernière fois tendu l’oreille à papa.
Merci papa, d’avoir insisté même si après … on peut dire que les choses n’ont pas pris une tournure avantageuse…
… Moi, je suis rudement content d’exister !
