LES YEUX OUVERTS
La nuit, pour aller de ma chambre à la salle d’eau, je dois traverser la cuisine, la salle de séjour et la petite entrée … les yeux fermés. Je n’allume pas la lumière pour ne pas réveiller mes trois chats ! Deux d’entre eux dorment dans la salle de séjour et le troisième dort dans l’entrée. Pourquoi garder les yeux fermés puisque déjà j’évolue dans le noir ? Je ne sais pas ! Je fais cela par habitude.
Ca me fait penser que lorsque j’étais au plus profond désespoir, je fermais les yeux sur l’optimisme et sur les belles choses de la vie !… Lorsque mon amour m’a quitté, j’ai fermé les yeux sur la jolie demoiselle qui voulait me consoler ! Lorsque j’ai perdu un emploi, j’ai fermé les yeux sur les opportunités qui s’offraient à moi. En fait, j’en conclus que lorsque la barque fait mine de chavirer, je la laisse aussitôt partir à la dérive ! Il ne faut pas que cela se reproduise ! Pour aller de ma chambre à la salle d’eau, désormais j’ouvrirais mes yeux dans le noir même si je connais le chemin par cœur dans ma tête. Je n’y verrais peut-être pas plus mais je me réserve ainsi la possibilité d’y voir si soudain quelque chose se passait !
On ne change jamais ! ? C’est faux !… Et c’est vrai ! On change petit à petit, imperceptiblement …Mais les années passant, on devient quelqu’un d’autre. C’est la vie qui blesse et qui forge … La vie qui embellit et qui parfois magnifie ! La vie qui passe simplement.
Si j’avais gardé les yeux fermés sous le prétexte que tout n’allait pas bien en ce moment, je ne t’aurais pas vue arriver. Je n’aurais pas compris ton cheminement, pas perçu ton éclat ! Deux cœurs qui ne vont pas très bien, si on les mélange dans un tourbillon étourdissant, ça peut donner un seul cœur, gros comme ça et qui ne va pas si mal au fond !
Les yeux ouverts, je continue le chemin. Je vois de la lumière là où je n’en voyais pas avant. Je vois de l’amour, je sens de l’amitié, j’entends de douces musiques.
Les yeux ouverts, je revois mieux les erreurs, les saynètes insupportables, les moments où l’on a fait mine de ne pas se comprendre, de ne pas s’aimer, de ne pas se voir, de ne pas s’entendre ! L’instant où tu m’as dit que rien n’avait commencé… le moment de lumière qui laissait flotter dans les airs, des cris et des pleurs et puis des rires et des chants de petit enfant imaginaire mais déjà si présent …
Tout cela, je l’ai compris ce soir … dans le noir … durant les quelques secondes qu’il me faut pour aller de ma chambre à la salle d’eau.
Toute cette réflexion sur ma vie, je l’ai faite grâce à un petit pipi !…

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