Révolution à la maison : à peu près tous les soirs, je m'y mettais. Ecouteurs sur les oreilles, je travaillais, à partir des enregistrements de répétition, des morceaux que j'avais entendus pour la première fois deux semaines plus tôt, et dans ces morceaux, des passages de notes que je n'avais jamais encore pu sortir de ma clarinette ! Je ne sais pas ce qui m'a retenu, tous ces soirs, d'appeler Nico pour déclarer forfait...
Puis le jour J est arrivé. Vite, se choisir un costume (pourquoi faut-il qu'on pense à ce genre de choses au tout dernier moment ?), repérer l'itinéraire, nettoyer et lustrer l'instrument, vérifier l'heure du rendez-vous, faire le plein... et en route, réécouter une dernière fois le répertoire de la Beuglante : "notre" répertoire !
Je suis arrivé à l'heure (donc le premier de l'équipe...), seul à débarquer parmi des inconnus qui semblaient tous se connaître et qui, eux, m'apparaissaient très nombreux ! Evidemment, je n'en menais pas large. Pincement au cœur (mon premier trac !), et la tentation, avant de descendre de voiture, de simuler une occupation de la plus haute importance en attendant les renforts : ranger les papiers de la boîte à gants ? Me faire les ongles ? Un appel urgent et... très long ?
Il y a des moments dans la vie où il faut trouver la force de contrarier sa nature (et la mienne est plutôt du genre timide). De ces moments comme, par exemple, un premier rendez-vous amoureux. Et là, seul dans ma voiture à me ronger les ongles en zieutant sans cesse le rétroviseur (où je pouvais compter et recompter les multitudes d'invités à cette soirée privée), j'ai entendu une voix qui me susurrait entre les oreilles : "Tu es amoureux ! Et c'est ton premier rendez-vous, là, maintenant ! Tu ne te sens pas prêt, bon, mais on ne l'est jamais dans ces occasions-là ! Le seul moyen de ne pas perdre... tous ses moyens, c'est de vivre l'instant sans se projeter dans l'instant qui va suivre, en étant vrai ! Alors vas-y, fonce dans le tas !" (A la vérité, c'était pas tout à fait une voix et c'était un peu plus confus que des mots, mais ça revenait à ça.) Je suis descendu de voiture, je suis allé droit au cœur de l'attroupement, je me suis présenté au premier venu, en quelques mots très simples (ce qui, pour moi, n'est pas si simple !). Et à partir de là, tout a été très vite.
Si vite que j'en ai oublié les détails. Partout des gens sympathiques, prêts à me faire entrer dans leur cercle, et à discuter (mais de quoi déjà ?). Il y a eu David d'abord, puis Thomas, Luc (du groupe 8 fois rien), et les autres... Tant et si bien que lorsque, enfin, le reste de l'équipe de la Beuglante est arrivé, je me sentais parfaitement à l'aise, intégré, en confiance. J'avais presque oublié l'essentiel...
Il allait falloir jouer ! Mais c'est une autre histoire, et, fort heureusement pour la longueur sûrement déjà excessive de ma chronique, je viens de retrouver une photo qui date de ce 22 avril, la toute première de moi en concert (ici, à côté de Delphine). La prise de vue n'est pas très nette, et d'ailleurs ce soir-là le sujet ne l'était pas non plus (maudit cocktail de bienvenue !). Mais plus je la regarde, plus il me paraît qu'elle en dit long sur l'état d'esprit dans lequel je me trouvais pendant notre prestation...
"nous avons joué notre répertoire de façon très détendue..." (citation extraite du site de la Beuglante... J'aurais aimé, sur le moment, pouvoir en dire autant !)
Je ne refermerai pas cette chronique sans avoir rendu un hommage appuyé à ces chers beuglants qui, m'ayant fait confiance dès le premier jour, m'ont aussi, depuis cette fameuse date du 22 avril, accepté pour de bon comme un des leurs !
P.S. : oui, je sais, le costume est à revoir !
Et encore, tu n'as pas le son.
Mais c'était la première fois...
Et toi, ta première fois, c'était comment ?







