Oui, bon ! Je sais, c'est un raccourci trompeur et très artificiel, ce titre. Artificiel, parce que tout le monde sait bien que les Malouins n'ont jamais parlé que le malouin. Et trompeur, parce que si la Beuglante est basée en Ille et Vilaine, département qui, rappelons-le, fait partie de la Bretagne, si donc la Beuglante est bel et bien un groupe breton (n'en déplaise à J.C...), il ne s'agirait pas de faire croire que c'est un groupe bretonnant ou de musique traditionnelle bretonne. "Kenavo" est un des cinq mots bretons que je connais, et là il tombait bien, vu que tout le monde le comprend et surtout, qu'il rime avec "Saint Malo".
Or Saint Malo, c'est fini pour cette année. Et c'est bien dommage, parce que les concerts intra-muros, c'est quelque chose ! Imagine : tu déballes ton instrument devant une rue parcourue par quelques touristes pressés, tu te mets à jouer avec les copains, et...
...Et là, le miracle ! Deux ou trois petits groupes s'arrêtent, d'autres bientôt les imitent, un cercle se forme, s'épaissit, se referme sur toi et tes copains, et en quelques instants, tu te retrouves au beau milieu d'un public enthousiaste et chaud, qui claque des mains et reprend en chœur des refrains qu'il ne connaissait pas deux minutes avant. Là, je ne parle pas des reprises (on en fait quelques-unes), mais des compos. Je l'ai déjà dit, nos chansons sont simples, faciles à chanter, mais encore faut-il en avoir envie ! La Beuglante se produit ailleurs qu'à Saint Malo, avec le même répertoire. Partout, on est bien accueillis et tout le monde repart content. Ici, c'est différent : on n'est pas accueillis, on est attendus ! Et à la fin, le monde ne repart pas !! On comprend mieux, dès lors, les horaires stricts imposés par la municipalité : si on écoutait le public, les concerts n'auraient pas de fin !
Je n'ai pas recompté mais on a dû faire une dizaine de dates cet été à Saint Malo. Et plus d'une fois, au rappel, on a chanté Je t'aime (tu connais des refrains plus faciles à reprendre ?). Eh bien à chaque fois, lorsqu'on saluait le public en chantant le tout dernier "je t'aime", je te jure que je le pensais sincèrement, de tout mon cœur qui, à cet instant-là, débordait d'amour pour les gens que j'avais en face de moi ! D'ailleurs c'est une question que j'ai très envie de poser aux beuglants : « Quand tu chantes "je t'aime", à qu(o)i tu penses ? » Je te promets de te faire part de leurs réponses dans une prochaine chronique...
Les musiciens ne sont pas toujours raisonnables, le public malouin non plus, et la ville, qui le sait, fixe une heure limite aux spectacles. Heureusement pour nous ! D'abord parce que jouer de la musique, c'est faire du sport, et que pour tenir plusieurs soirs de suite à raison de deux concerts par soirée, il vaut mieux garder des forces. Mais c'est surtout qu'après les concerts, il y a au moins deux rendez-vous auxquels on tient beaucoup et qui sont comme des rituels de la vie du groupe :
- le rendez-vous avec les amis et les aficionados (je n'ose pas dire "les fans"), sur les lieux mêmes du dernier concert. C'est à la fois étonnant et rassurant de constater à quel point une musique partagée peut rapprocher des gens qui par ailleurs ne se connaissent pas. Elle crée une complicité spontanée qui ressemble à celle des amis de longue date ;
- le rendez-vous entre nous, et parfois avec des amis très proches, dans un bar intra-muros (presque toujours le même) où nous dilapidons joyeusement à la santé de Saint Malo les sous que le public a déposés dans la casquette au cours de la soirée. Ce bar dont j'ai oublié le nom, la rue, et où je ne saurais même pas aller tout seul parce que ça ne m'est jamais arrivé, ce bar que par contre je pourrais te décrire les yeux fermés et les doigts dans le nez, ce bar, en particulier sa petite salle tout au fond, c'est comme si c'était chez nous : on se détend, on rigole, on parle un peu des concerts qu'on vient de faire, et beaucoup de n'importe quoi d'autre... Enfin bref, on vit ce moment vraiment ensemble, peut-être même plus que les concerts où c'est au public qu'on fait face, à lui qu'on s'adresse.
Des musiciens qui ne vivent rien d'autre ensemble que les concerts et les répétitions, ça existe, mais ça ne constitue pas plus un groupe que des touristes en pirogue sur le fleuve Maroni ne forment une tribu. Or, comme une tribu, un groupe a besoin de ses rituels, et il y a bien d'autres rituels auxquels la Beuglante tient...
Mais ce sera pour une prochaine fois : il est tard, et on m'a déjà reproché (gentiment, certes) de faire "un peu long" dans ma toute première chronique qui, pourtant, l'était moins que celle-ci... Alors, kenavo !
P.S. : s'il t'est déjà arrivé, à toi aussi, qu'un énergumène armé d'une guitare vienne te prier de beugler "je t'aime" avec lui, et si tu l'as fait : à qu(o)i tu pensais, dis, à cet instant précis ?







