Les répét', rythme de croisière : pour la Beuglante, compter au moins une soirée par semaine, et un peu plus en cas de concert imminent. En général, on est prévenus le mardi ou le mercredi pour... le soir même ! Heureusement, quand on entend l'appel, on s'y attendait.
Rendez-vous vers 19h30 chez Nico pour le repas en famille. Chaque semaine, à tour de rôle, l'un de nous six est chargé de la cuisine. Parfois, "cuisine" est un bien grand mot, et d'autres fois le mot est faible. En la matière, à la Beuglante tous les styles sont permis, de la pizza tiède au menu bio-végétarien en passant par les pâtes à ce que tu veux...
En attendant que ce soit prêt, s'il fait beau on prend l'apéro et on joue au volley dans le jardin avec les enfants ; s'il fait pas beau, tant pis pour le volley : on prend quand même l'apéro mais à l'intérieur.
Puis on passe à table. Il est 20h, 20h30, c'est à peu près l'heure d'arrivée du dernier retardataire (et c'est souvent moi). C'est le moment privilégié pour échanger des nouvelles et discuter des projets concernant le groupe, pour se mettre d'accord sur l'ordre du jour, les morceaux à travailler, et visionner les dernières photos ou vidéos, s'il y en a. Mais c'est aussi le lieu des propos anodins et des bonnes vieilles blagues : en somme, ça tient à la fois de l'ambiance réunion de travail et de la soirée entre potes.
21h (dans le meilleur des cas). Les enfants partent se coucher pendant qu'on passe dans la salle de répétition (une remise qui, le reste du temps, sert de débarras). Chacun chauffe ou accorde son instrument (ou du moins tente de le faire), et c'est parti pour trois heures minimum de travail non-stop, à part la pause-café. Tous ensemble ou en sous-groupes : voix d'un côté, instruments de l'autre, on reprend le répertoire connu, on réarrange un morceau, on découvre une nouvelle chanson (c'est ce qu'il y a de meilleur), on la déchiffre et défriche pas à pas (exercice à la fois éprouvant et passionnant), ou on se la joue et rejoue dix fois de suite pour bien l'avoir en tête et dans les doigts, et ça, c'est incontournable mais il faut bien avouer que c'est le moins drôle du travail. Il peut arriver qu'on passe comme ça deux heures d'affilée sur un seul morceau qui, en concert, ne représentera que trois ou quatre minutes de prestation !
S'il reste du temps, autrement dit très rarement, on termine la soirée en boeuffant à deux ou trois sur des standards de rock, de blues, ou à partir d'anciennes improvisations. Puis les derniers survivants nettoient leur(s) instrument(s), ramassent leurs affaires et s'en repartent sur la pointe des pieds en traversant la maison endormie. Il est entre minuit et demie et 2h du matin, l'heure de se dire au revoir sans trop de cérémonies car ça commence à tirer dur sur les paupières et y a de la route à faire...
Je n'ai pas de photos de répét', dommage, mais ça se comprend : pas le temps, pas le moment ni le lieu, et d'ailleurs ça serait pas très photogénique. Je dis ça peut-être à cause d'une certaine photo de moi, prise en sortie de répétition, qui a traîné un moment sur le site de la Beuglante, faute de mieux, et qui a fait marrer les quelques copains qui l'ont vue... Je ne prétends pas être plus photogénique maintenant, mais au moins, je me reconnais !
Quand je relis ce qui précède, je me demande ce qu'il y a d'excitant à répéter, et surtout pourquoi j'ai toujours hâte de recommencer. Pour les concerts, la question ne se pose même pas : c'est un pur plaisir ! Et c'est sans doute une partie de la réponse : j'aime les répétitions parce qu'elles annoncent les concerts à venir. Mais il y a autre chose, que je mets en rapport avec toutes ces choses plus ou moins désagréables en soi (planter des clous, couler une dalle de béton, déménager, arracher les chardons, changer en pleine nuit une roue crevée au bord de la voie express...) mais qui deviennent presque délicieuses quand elles sont vécues à plusieurs, entre amis. En bref : répéter sans projet précis de jouer en public, je l'ai fait autrefois, je ne le ferai plus. Mais répéter avec de simples collègues, avec des gens que je n'aime pas, même pour un grand concert, ça, je ne l'ai jamais fait et je ne le ferai jamais, j'en suis sûr. Ça existe, pourtant. Mais il faut être un pur professionnel, un technicien de son instrument, de ces musiciens qu'on appelle des "requins de studio" pour accepter de faire de la musique (on ne peut même plus dire "jouer") dans des conditions pareilles. Le show-biz en est plein, il n'y a pas de mal à ça, ils grattent des cordes, frappent des peaux ou soufflent dans un cylindre et pour gagner leur vie ils font ça mieux que moi, mais justement, eux travaillent et gagnent leur vie alors que moi, je joue et je vis la mienne.
Alors tant pis pour la contradiction : ce qu'on fait à la Beuglante, si parfois ça peut ressembler à de l'artisanat, ça n'en est pas, ça n'est pas que ça.
P.S. : alors qu'est-ce que c'est ?







