| | Quel musicien n'a jamais connu ça ? Tu invites des copains copines à venir taper le bœuf chez toi. Après une bouffe vite expédiée, chacun sort son instrument... |
Enfin bref, les autres commencent à s'impatienter, tu accordes ta gratte, et au bout de quelques minutes, ça démarre doucement. Pendant les premières mesures, tu surveilles vaguement du coin de l'œil le dénommé Riton : occupé à finir les Kro qui traînent, à chercher la réserve, peut-être... Bah ! Bientôt, emporté par la fièvre d'un vieux standard de blues, tu n'y penses plus.
| Et tu ne remarques pas que le Riton, déjà bien imbibé, a entrepris de s'incruster dans le cercle, en bonne place mais sans faire de bruit ! Et voilà qu'à l'instant où tu reposes ta guitare pour reprendre une gorgée, hop ! il tend le bras, jette un « Tu permets que j'l'essaye ? » ...et sans te laisser le temps de répondre, il l'empoigne brusquement par le manche et se la cale sur les genoux, refermant sur elle deux grosses serres de rapace. Ton éducation et un reste d'espoir te retiennent d'intervenir tout de suite... |
Il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre la fin du morceau – une caricature de rock rudimentaire sur deux accords approximatifs et un rythme chaotique : un truc qui, évidemment, peut facilement durer deux plombes ! Heureusement, les dernières bonnes volontés s'épuisent, et on finit par laisser notre lascar jouer tout seul sur TA guitare. Tout le monde va se resservir un verre... sauf toi, de plus en plus inquiet et cherchant le moyen de reprendre l'instrument sans faire d'esclandre. Tu tentes une approche, « Hep ! Riton... » mais comme en plus il braille des borborygmes à faire dresser les cheveux sur la tête d'un hard-rockeur, tu penses bien qu'il ne t'entend pas ! Jusqu'au moment où il lève la tête, en sueur, la face rouge (et tu t'aperçois qu'il bave) : « Ah ! Tu la veux ? » Enfin, il te rend ton bien, écorché mais réparable : il vient juste de repérer le djembé du copain, posé sans surveillance à sa portée...
| ...Et ainsi de suite. Des barbares de cette espèce, j'en ai croisé des tas, et il en suffit d'un pour complètement gâcher une soirée. Généralement, l'individu ne se lasse que lorsque les potes, découragés, remballent un à un leurs affaires... et qu'il n'y a plus rien à boire. Echaudé après quelques soirées sabotées de la sorte, tu t'efforces d'intervenir au plus tôt, employant s'il le faut la manière forte, mais baste ! |
Pour éviter ça, j'ai fini par trouver la solution, la seule qui soit à la fois soft (pas de clash) et efficace (pas trop de bruit). Les premiers signes de présence des casse-bonbons de ce genre sont toujours les mêmes (relis le synopsis : le type discret, qui s'approche quand ça joue et qui, à la fin d'un morceau, tend le bras...). Il faut bien guetter l'intrus, anticiper le moment où il va sévir, et juste avant l'instant fatal : « Tiens ! Tu sais jouer du turlupon ? »
| Ne pas attendre sa réponse : on sait trop bien comment l'oiseau procède avec les autres ! Immédiatement, lui tendre ledit turlupon que, prudent, on aura préalablement posé dans les parages... |
Un turlupon bien choisi occupe le turluponiste à temps plein, sans trop déranger les musiciens. La prochaine fois, nous verrons les critères de sélection d'un bon turlupon, ainsi que quelques techniques de jeu discret, pour joueur qui ne l'est pas naturellement. En plus, si tu es sage, je te présenterai le mien.
P.S. : si quelqu'un peut m'apprendre à utiliser les fonctions de mise en page sous iFrance, qu'il n'hésite pas : je lui réserve un accueil royal, et la médaille du mérite informatique !







