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Publié le 18/07/2009
Par lafeepourquoipas
... l'éducation à l'autonomie ?

C’est vrai, comment faire pour lutter ?  Quel « bonheur » formidable, pourtant, de s’entendre dire « Je t’aime », « C’est toi que je veux », « Tu es la femme/l’homme de ma vie », « je veux faire ma vie avec toi » !
Mais est-ce simplement réaliste ? possible ? honnête ? vivable, même ?

Ça fait plaisir, ça, oui, c’est sûr… et d’ailleurs, pourquoi ?
Ah, quel baume au cœur, quel sentiment d’accomplissement, de réussite, d’aboutissement… Allez, sûr que c’est de la psychologie de comptoir mais j’ai envie d’émettre une hypothèse : le jour (tant rêvé) où l’on entend cela, il est possible qu’on pense qu’on a (enfin !) trouvé ce que l’on cherchait depuis toujours, ou depuis qu’on l’avait perdu : l’amour parental ! Le total, l’indestructible, le merveilleux amour de nos parents… et leur admiration, et leur estime.

Je ne sais pas vous, mais moi, toute mon enfance, on m’a « appris » (ou laissé penser) que j’étais incapable de prendre soin de moi-même, de réfléchir, de faire des choix valables, d’avoir des initiatives ou même des paroles dignes d’intérêt…On m’a inculqué (sans le vouloir peut-être, c’était l’époque…) le besoin de l’autre, de son aide, de son avis, de son jugement, de sa présence… la recherche de son amour et de son estime, aussi.
Je me suis construite autour d’un tuteur trop rigide qui a laissé, après son départ, l’empreinte de son vide et l’envie de le combler, d’obtenir enfin la reconnaissance et l’approbation parentales, l’amour inconditionnel en fait, que j’attendais tant.

« Ne donnez pas trop d’amour à vos enfants, vous allez les gâter, les pourrir »… qui n’a jamais entendu ça ? J’ai l’impression qu’on raisonne à l’envers :

à quand le bébé est en besoin affectif permanent, on dit « laissez-le pleurer », « il faut qu’il apprenne à dormir seul », « ne le prenez pas toujours dans vos bras » !
à et puis, quand il cherche à faire les choses par lui-même (oh, assez vite, ça commence avant deux ans !), quand il se sent prêt, cette fois, à prendre son envol par étapes, on se substitue à lui, on fait tout à sa place (pas méchamment, hein, mais ça va plus vite, ça « repose » tout le monde de le nourrir à la cuiller, de l’habiller, de le porter, le tenir…), on décide pour lui de ce qu’il doit faire à tel ou tel moment, à la maison, à l’école…
On le soumet, ni plus ni moins, à notre volonté, à notre autorité… à notre amour. A la condition de notre amour, plus exactement.

Et si on faisait l’inverse ? Si notre amour lui était acquis, quoi qu’il arrive et pour toujours ? Et qu’à partir de là on soit un tuteur aimant, c’est-à-dire souple, non pas démissionnaire ni qui laisse tout faire, mais qui guide en s’adaptant, en se moulant à la forme, unique, de chaque enfant ; qui le mène vers l’accomplissement mais sans contrainte inutile, sans rigidité ni rigueur excessives.
Ainsi arrivée à maturité, notre belle plante pourrait s’épanouir et étendre ses branches vers les autres, se passer enfin de tout tuteur (ou substitut de tuteur) et, campée sur son pied solide, diffuser tout l’amour qu’elle a reçu et qui l’a imprégnée, pour la vie, comme Obélix par la potion magique.

C’est beau hein ? En attendant, moi, on m’a loupée… et je suis (ou j’étais ?) comme beaucoup, je voulais toujours être «LA seule et l’unique », « la plus » pour quelqu’un, pour mon Prince Charmant, bien sûr.
Et à vouloir « le plus », le parfait, le formidable, le toujours, on en oublie de profiter déjà d’être là, simplement, à ce moment-là et avec cette personne-là.

Mais quel formatage subit-on, après notre éducation, par la société elle-même, quel bourrage de crâne ai-je reçu pour me sentir encore aujourd’hui une bien belle salope ou, au mieux, une petite conne, en écrivant ces lignes ? Qui m’a fait (et essaie de continuer à me faire) croire que je ne m’appartenais pas ? Que j’avais besoin d’un autre pour vivre ?  Pas toi, mon amour, c’est grâce à toi que j’en suis arrivée là aujourd’hui.

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 Petit aparté : les 13 règles d’or du tuteur aimant

à Connais-toi toi même, admets tes faiblesses et sers-toi de tes erreurs et de ta personnalité comme d’un outil.

à Souviens-toi de ton ressenti d’enfant ou, à défaut, place-toi le plus souvent possible dans la peau de l’enfant qui te fait face ; tu comprendras ainsi son sentiment d’injustice, d’incompréhension ou sa blessure, souvent légitimes, et tu gagneras en tolérance.

à Ne pense pas être supérieur en quoi que ce soit : un enfant peut t’en apprendre bien plus que tu ne lui en apprendras, mais pour cela il faut lui ouvrir ton cœur, l’observer, l’écouter et le comprendre le plus sincèrement possible pour t’adapter à lui, et non le contraire.

à Donne autant de valeur (et même davantage) à l’enfant qu’à n’importe quel adulte : ne lui refuse pas le droit à l’erreur (casser un joli verre par exemple), le besoin de respect, l’attention qu’il demande.

à L’enfant, grâce à ses tuteurs, est en liberté  protégée :  il a une certaine liberté dans ses choix, qui seront respectés, et les coudées franches entre des limites clairement établies le plus tôt possible, pour sa sécurité, sa santé, son respect et ceux des autres.

à Limite les interdits et tes interventions à leur strict minimum, en quantité et en intensité : un enfant qui apprend à se lâcher ne doit pas être maintenu : le tuteur est là, à côté, prêt à le rattraper pour éviter les blessures graves, mais il ne fait pas intrusion dans son espace de liberté.
Cela demande plus de temps (on avance moins vite quand c’est l’enfant qui marche) et plus d’attention (être là pour le protéger, en cas de besoin, donc rester en état de vigilance) mais c’est la seule manière de respecter ce principe de base, essentiel :
Le  tuteur  n’est pas là pour empêcher, ni même  limiter ou corriger les erreurs (c’est là le rôle de l’enfant),  il  est  là  pour  en  limiter  les  conséquences   néfastes  et  empêcher qu’elles  ne  soient  graves.
Il ne tient pas l’enfant par la manche, il se tient à sa disposition.
Cela implique aussi, bien sûr, une maison organisée pour faciliter la vie à l’enfant, pour qu’il ait le moins possible à demander d’aide (aide qu’on lui accorde, bien sûr, dès que demandée, mais toujours de la manière la plus légère possible, en expliquant pour faire en sorte que cette aide ne soit bientôt plus nécessaire).

à Pose tes limites, mais justifie toutes tes décisions : les interdits ont des raisons bien fondées, ils n’ont rien d’arbitraire, il faut donc les exposer sans pudeur excessive ni mensonge. Ce temps d’explications, souvent répétées, est un investissement mille fois rentabilisé par la suite.

à Traiter l’enfant en personne, c’est respecter ses choix, ses activités et ses envies dès que possible, mais c’est aussi lui apprendre à respecter les tiens !

à Pas de zèle, corvées ou sacrifices non indispensables au bon fonctionnement de la maison, en matière de ménage en particulier : en faire le moins possible et faire participer l’enfant le plus possible, toujours en autonomie bien sûr, c’est du temps gagné en commun (faire le ménage ensemble mais aussi plus de temps pour jouer ensemble) et donc de la richesse pour tous !

à Avoue tes erreurs, tu n’en perdras pas en crédibilité, bien au contraire !
Chaque  erreur  assumée  est  un  exemple  de  réussite.

à Ne refuse jamais un câlin, une marque d’affection, une consolation, ne fais pas de ton amour une monnaie, répète lui aussi souvent que nécessaire que tu aimeras toujours ton enfant pour ce qu’il est, quoi qu’il fasse. Nier une douleur ou un chagrin (« oh, la belle cascade ! ah, ah, ah ! »), ce n’est pas la rendre plus légère pour l’enfant, bien au contraire, c’est l’enfouir, enfouir avec elle la légitimité de ce besoin d’affection et nier la véracité des sensations de l’enfant et la confiance qu’il peut leur accorder.

à En  bref,  donne à ton enfant ta confiance (n’aie jamais peur de lui, il est le seul qui ait quelque chose  à perdre dans tout cela, toi tu ne peux qu’y gagner !) , et donc la sienne,  dans ses choix, ses décisions, ses ressentis, ses capacités à agir et à accomplir une tâche, apprends lui que l’erreur est surmontée par son acceptation et sa prise en compte, elle n’est pas source de frustration  ni  de  souffrance,   mais  au  contraire   à l’origine   de  chaque  progrès.

à Et enfin, n’écoute pas les « il faut », les « il doit », la vie n’est ni une discipline ni un ensemble de contraintes, c’est au contraire un espace de liberté, d’échange, d’adaptation,  de   respect  des  différences  et  d’inventivité !
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Les parents, l’école, la société, le travail ont fait de moi un adulte incomplet, non autonome, incapable de suivre sa volonté et ses choix, en recherche permanente d’un idéal et d’un bonheur impossibles… et je ne dois pas être la seule, à en juger par le succès des comédies romantiques et l’efficacité des publicités en général… de tout ce qui touche au magnétique « amour », en particulier.

Sommes-nous des êtres à ce point incomplets que nous cherchions ainsi partout notre « moitié » ?
A-t-on nécessairement besoin de fusionner avec un autre ?
Pour procréer, oui.
Pour vivre, non.
Ah, bien sûr, pour élever un ou des enfants, il est préférable d’être (au moins) deux : difficile, autrement, de trouver le temps ET les moyens, tout à la fois, de s’en occuper. Mais cela implique-t-il une relation si exclusive qu’elle en devienne redevable ? Un ami aussi peut nous aider à subvenir à nos besoins ; en échange il ne demande rien : l’amitié est sa seule « garantie ».
La confiance est partie intégrante de l’amitié, et ne serait-ce pas finalement la seule chose nécessaire et suffisante à l’intérieur d’un couple de parents ?  

Je sais, c’est dur de se convaincre que, si l’autre part courir le guilledou, il n’y a aucune raison de s’en offusquer ni même de s’inquiéter, dès lors qu’on sait que notre relation n’en sera en rien changée. Je ne sais pas moi-même comment je prendrais ça, avec tous mes jolis raisonnements, si ça m’arrive un jour en pleine figure.

Et, même si j’y arrive, il reste encore une grosse épine charnue dans mon petit peton : le poids de la société, son regard pesant.
 
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