Le changement, oui, mais comment ?
Oui, c’est toujours bien joli ces idées, mais concrètement, comment on fait ? C’est fini ? On n’a plus le droit de tomber amoureux ? de succomber à la flamme ?
Mais si ! Mais il y a l’art et la manière…
Ce ne sont pas nos sens qu’il faut bâillonner, mais notre attachement qu’il faut contrôler.
Tomber amoureux, oui, mais sans les contraintes et l’exclusivité qui nous entravent ! Ne pas chercher son reflet (ou celui de ses parents ?) en l’autre, ne pas attendre l’amour qu’on désire pour soi dans celui que l’on donne à l’autre. Tout cela doit nous y aider.
Finalement, c’est la relation à notre ego qui est à viser et contrôler. C’est elle qui influence et régit notre manière d’aimer. Se changer soi, donc, c’est la solution pour sublimer nos relations aux autres.
On tombe amoureux, oui, pourquoi pas, mais on en est conscient, je serais même tentée de dire, non-romantiquement parlant, que l’idéal est d’y consentir tous deux de manière éclairée.
Mais ça casse tout !
Vous êtes sûr ? Tout cela implique qu’on se parle, qu’on prenne son temps, qu’on y aille doucement… et l’attente est aussi agréable que bénéfique, non ? C’est toujours plus de plaisir qu’un tac-tac précipité dans le feu de l’action, vous ne trouvez pas ?
D’ailleurs, je ne sais pas vous, mais moi, pour m’endormir, rien de tel qu’une petite rêverie, yeux fermés, de romance débutante (ah ben oui, on ne se refait pas, je sais), une historiette qui débute, avec le fard et les palpitations des premiers instants où l’on comprend qu’on est la personne que l’autre vise… Mais je m’arrête et je reprends au début si par hasard je ne me suis pas endormie avec la scène du premier baiser,ah ça non ! après, ça n’est plus aussi bien… ça n’a rien à voir même… il faudra décidément que je pense à une petite psychothérapie à l’occasion…
Trêve de digressions, revenons à nos amoureux : cette attente, c’est le temps de construire l’arche, de choisir ses pierres, de la faire solide. C’est pouvoir faire à tout moment marche arrière, être maître de son avancée, ne pas résister à l’embrasement, non, mais en faire un facteur supplémentaire en faveur de la solidité de l’arche, lui donner du combustible, même, créer une fusion qui rendrait cette arche dure et indestructible, encore davantage une fois le feu éteint et la lave refroidie.
C’est l’exact contre-pied de l’expression « tomber amoureux » prise au sens propre : la chute de deux colonnes l’une vers l’autre, éventuellement dans les flammes et souvent avec les dégâts que cela occasionne : le besoin de l’autre pour tenir debout, les fissures, les éboulis de pierres… bref un condensé des conséquences néfastes d’un embrasement.
Je précise ici que je parle uniquement de liens durables : bien entendu rien n’interdit les relations charnelles temporaires et entièrement « gratuites » (et toujours protégées bien sûr !), sans lendemain, c’est simplement différent, la dimension en est uniquement physique, sans autre prétention mais pas sans charme, c’est certain.
Mais dès lors qu’on espère autre chose d’un coup de foudre (ou d’un embrasement progressif, d’une montée lente du désir, d’ailleurs), rien n’est meilleur à mon avis que la franchise et le dialogue.
Quoi de plus excitant que de lier les mots à l’action ? Qu’accéder à chaque étape en pleine conscience de son propre embrasement, du feu d’artifice de ses sens ?
Dire « Tiens, là non, je n’ai plus envie, on reprendra plus tard, je veux en profiter pleinement », jouir de chaque instant en fait, se laisser aller à l’abandon et au bonheur en totale conscience, à chaque seconde.
Voir son désir et celui de l’autre bien en face, ne pas se bercer d’illusions ni se laisser aller sans volonté,, ne serait-ce pas justement amplifier encore l’intensité des émotions ?
Bon, prendre son temps donc… mais aussi et surtout agir objectivement, en pleine conscience et respect de nous-même . Car le temps ne fait pas tout : il ne doit pas, par exemple, nous laisser construire l’arche avec la pierre de nos piliers…
Les liens d’amitié que sont ces arches sont d’une solidité à toute épreuve, ils ne sont pas dépendants de l’usage plus ou moins intensif que l’on en fait ; ils sont là, à jamais, intacts le jour où on les sollicite à nouveau.
La seule menace qui peut les mettre en danger, c’est l’atteinte de l’intégrité d’un (ou des) piliers qui les portent.
Mais chaque amitié véritable vient solidifier et renforcer les piliers porteurs, maintenir leur intégrité par la cohésion ainsi créée.
Conclusion à nouveau : multiplions les amitiés !
Oui, oui, multiplions les amitiés, mais il me manque tout de même quelque chose… il est passé où, l’amour ? …
…Ne me dites pas que je dois y renoncer ?!
