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Publié le 18/07/2009
Par lafeepourquoipas
L’amitié comme un cadeau, l’amour comme un don.

Alors ? l’amour ?
Il est dans la terre qui nous a nourris, qui nous tient, c’est d’abord l’amour inconditionnel de nos parents, celui qui a fait de nous des piliers, des êtres, beaux, solides… et rayonnants.
Car l’amour rayonne de nous aussi, vers l’ensemble de ce(ux) qui nous entoure(nt). C’est un don, sans attente, sans calcul, la diffusion autour de nous de ce que l’on a reçu. C’est le respect, l’estime, le soutien, l’empathie vers toute personne, connue ou inconnue.
C’est un don universel, sans destinataire particulier.

Bon… et l’amitié alors ?
Eh bien amour et amitié ont des points communs tout en étant fondamentalement différents.
L’amour est une entité unique, universelle et infinie : il n’est pas limité en quantité, on peut en distribuer sans crainte d’en manquer, quel que soit le nombre de personnes que l’on rencontre. C’est une source inépuisable, tel l’amour maternel (ou paternel), qu’il est possible de donner avec une intensité identique, quel que soit le nombre  de personnes ou d’enfants. Je dirais même qu’il s’enrichit et se ressource en étant distribué : il se reflète en l’autre et revient nous réchauffer, encore plus fortement. Chaque être qui le reçoit le redistribue, c’est là sa source et l’explication de son renouvellement infini.
Seul le temps est limité… les amitiés aussi, donc, qui nécessitent du temps pour être bâties.
L’amitié est aussi infinie mais en nombre : chacune est unique, mais il n’y a pas une amitié ; il y a autant d’amitiés que de couples d’amis.
Chaque amitié s’appuie sur un ou plusieurs aspects de notre personnalité (notre pilier) et les rend encore plus solides, les développe, les étend. C’est un lien unique, donc, par sa composition, et privilégié, puisque entre deux être parmi la multitude.
Mais ni l’amour ni l’amitié ne donnent lieu à des contraintes, ni ne privent de liberté.
 C’est séduisant, mais ça manque un peu de piquant, non ? Où est passé le désir, où sont le plaisir, l’émotion, le battement de cœur ?
Peut-être qu’un jour on devient assez sage pour s’en passer, mais j’avoue que moi aussi j’en ai encore besoin… est-ce parce que ça flatte mon ego ? Est-ce parce que je n’ai pas encore atteint la félicité permanente qui me rendra ces petits plaisirs bien futiles et minuscules ? C’est bien possible…
Et en même temps, dois-je vraiment m’en priver ? Pas le moins du monde ! Un être libre peut jouir de toutes les possibilités que lui offrent son corps, son esprit, son intimité et ses désirs. Et partager ces opportunités avec qui l’on veut est aussi une manière de s’enrichir… agréablement qui plus est.

Mais pourquoi se mettre volontairement des bâtons dans les roues, des freins et des obstacles en tout genre ?
Pourquoi décider que telle amitié, parce qu’elle serait agrémentée de désir sexuel réciproque, et qu’elle aurait éventuellement donné la vie à des bambins, serait l’Amitié, la seule, la vraie, celle de toute notre vie… celle que l’on nomme abusivement l’Amour ?
Notre pilier, ainsi affublé d’une seule arche bien lourde et encombrante, est déséquilibré ! Certains de ses aspects sont oubliés voire niés et notre personnalité n’est alors pas épanouie dans son ensemble, uniquement dans celles de ses caractéristiques qui répondent aux goûts de l’être aimé.

Pourquoi se priver de la richesse d’autres liens et se restreindre à une relation unique ?
Alors, le hasard, la chance ou la malchance des rencontres décideraient de tout le reste de notre vie ?
La première personne dont on tombe (réciproquement) amoureux serait-elle la seule « valable » ?
Et tisser des liens avec d’autres personnes serait la condamnation absolue de la première relation ? Elles ne peuvent donc pas cohabiter sans se gêner ?
Si, bien sûr, chacun a différentes pierres à apporter à notre édifice, et ces constructions se complètent les unes les autres.  
Même le grand Romain Gary (dans Clair de Femme), plein de son amour absolu pour son épouse, a pu du jour au lendemain en faire offrande à une autre, alors…
Le lien puissant qui unit deux êtres, que vous l’appeliez amitié ou préfériez continuer à le nommer amour, n’est pas une condamnation à perpète, c’est un cadeau en forme d’ouverture, un lien vers l’autre en particulier et les autres en général, certainement pas une barrière et encore moins un enclos !
C’est en donnant cet exemple à nos enfants que l’on bâtira la société solide dont le monde de demain a besoin… dès aujourd’hui.

Spéciale dédicace et respect infini à Maria Montessori.

Alors libérons nous, ouvrons nous aussi… et protégeons nous, bien sûr !






Eh bien… c’est ce que je disais… c’est simpliste tout ça !


C’est simpliste, certainement… simple, en tout cas.

Et si la vie était plus simple qu’on ne le croit ?
Les commentaires
Publié le 19/07/2009
Par Pierre
Texte lumineux, léger, sautillant, qui explore toutes les variations du mot "amour". Je suis admiratif de la fluidité et de la simplicité avec laquelle tout ceci est décrit.

Je n'ai rien à ajouter :o)
Publié le 19/07/2009
Par lafeepourquoipas
merci Pierre, je suis heureuse d'avoir un commentaire, ça fait plaisir ! Les critiques sont autorisées aussi d'ailleurs ! ;o)
Publié le 20/07/2009
Par Ange
Magnifique !
Tu devrais ecrire un livre !!!
Comment faire quand l'autre te prive de ta présence parce qu'il se met les barrières alors que toi tu ne lui mets pas....
Publié le 20/07/2009
Par lafeepourquoipas
merci Ange ! Je ne sais pas comment faire... c'est surtout à lui de faire le travail, tu peux l'y aider mais il faut éviter de t'y perdre...
Publié le 21/07/2009
Par jeff
Si j'ai bien compris ton maître mot en matière de sentiments relationnels, c'est "ouverture":
- ouverture à l'amour qui nous délivre des angoisses de l'ego et nous re-lie au grand sentiment océanique de l'existence
- ouverture à l'amitié qui nous fait découvrir l'individualité de chaque Autre.

La lecture de ton texte a suscité en moi de grands troubles tellement il est fort et simple (fort PARCE QUE simple).

Le gros problème reste l'énigme que constitue notre "personnalité" (le fameux noyau de l'Ego), J'ai peur de ne pas accepter facilement l'idée d'un amour non-possessif ("mon" amour (se) dit-on souvent, c'est révélateur...).

L'amour sans jalousie (cette peur de perdre l'amour de l'autre) est-il pour demain ?
Publié le 21/07/2009
Par lafeepourquoipas
Sans doute mon texte est-il inspiré de mes lectures aussi, lesquelles vont à l'encontre de tout ce que j'avais appris au niveau psychologie (bien peu de choses, mais au moins Freud en terminale) jusque là. Les concepts bouddhiques (en mettant de côté la religion) m'ont ouverte, justement, à la vie "sans ego", ou du moins à la vie le moins polluée possible par l'ego... C'est dans ce cadre que l'amour, le relationnel au quotidien, avec les uns et les autres, est grandement simplifié. Les conflits deviennent rares et les discussions bien plus constructives, on apprend à aimer l'autre de la manière suivante : ne chercher que son bien, et rien d'autre. Et cet "alter ego" est aussi bien l'amoureux, l'ami que toutes les personnes que l'on côtoie. Et tout cela pas du tout dans un esprit de sacrifice, mais bien au contraire en gagnant en bonheur chaque jour : on évite ainsi les blessures de l'ego, quel soulagement !
Le langage est effectivement révélateur de nos envies de possession, et même si je dis encore "mon" à l'être aimé, je pense que j'arriverais de plus en plus facilement à lui laisser sa liberté, dans la mesure où elle ne fait pas de mal à nos enfants ni à moi.
Je pense que je n'ai plus peur de perdre son amour, soit que je le pense durable (surtout s'il ne l'entrave pas), soit que je sache m'en passer au besoin. Et pourtant cette peur-panique m'a hantée des années durant...
Donc je dirais oui, c'est possible d'aimer sans jalousie, en dehors des premières années de passion bien sûr.
Merci de ton intérêt, jeff, je suis toujours très heureuse de lire des commentaires, de partager un peu ces "rêveries".
Publié le 21/07/2009
Par jeff
Ce qui me gène un peu dans le boudhisme (même si je reconnais tout à fait sa valeur spirituelle) c'est cette façon de biffer l'ego comme une erreur. Pour Moi (ah, ce moa...), c'est un peu jeter le bébé (ce soi mystérieux que je recherche comme la source de ma liberté) avec l'eau du bain (les affects "tristes": peurs, angoisses, frustration, etc...).

Or, l'amour (ou l'amitié) des autres, il me semble, peut me révéler à moi-même. Si le moi n'est pas une fiction, j'ai l'impression que son secret est quelque part au fond du regard de ceux à qui je prends le risque de me dévoiler tel que je crois être.

Comble de l'illusion narcissique ?
Publié le 22/07/2009
Par lafeepourquoipas
Je ne suis pas assez pointue sur le sujet pour répondre à cela...
Il me semble que ce qui est très positif dans la mise de côté de l'ego et du moi, c'est de se découvrir ainsi un potentiel infini de possibilités, de ne pas se sentir restreint par ce que l'on croit être son caractère ou sa personnalité. On peut changer du tout au tout, grandir timide et devenir très confiant par la suite, être "nul en math" (faire un blocage en fait), et avoir ensuite le déclic etc. Les barrières que l'on se met sont éducatives et culturelles pour la plupart, très peu (voire aucune ? à part les instincts de survie etc bien sûr) sont intrinsèques à notre personne, elles se sont juste ancrées profondément en nous à une période propice de l'enfance, de l'adolescence ou de la vie en général. Les rechercher ensuite dans les yeux des autres peut amener à trouver celui ou celle que l'on était dans les yeux de ses parents, mais pas forcément celui ou celle que l'on est véritablement, c'est la crainte que j'en ai en tout cas.
Du coup, là où je te rejoins c'est que ce sont bien nos relations aux autres qui nous aident à développer tel ou tel potentiel. Le risque c'est de croire que ce que l'on est avec telle personne est notre personnalité profonde. Pour moi, avec une autre personne cette personnalité serait devenue différente, elle se modèle au fil du temps et des rencontres, et c'est en cela aussi que l'on peut agir et que l'on n'a pas à rechercher une personnalité profonde "prédestinée" : selon les relations que l'on construit, les personnes que l'on décide de connaître, on se bâtit la personnalité qui nous plaît, celle qui nous rend le plus heureux...
Je ne suis pas très claire, désolée, et ce ne sont que des intuitions, mais plus j'avance et plus elles me semblent possibles... une personnalité prédestinée, qui me semblait rassurante au départ (je suis comme ci, comme ça, je serai comme ma mère, ou comme mon père... ), m'est finalement apparue comme plutôt négative, voire parfois comme une sorte de "malédiction" qui pèse sur la tête, comme une maladie familiale que l'on serait condamné à attraper un jour ou l'autre.
Je suis comme toi, nier l'ego me semble impossible, mais ce qui est possible, je pense, c'est de comprendre comment cet ego s'est construit, d'en déjouer les tours en l'intégrant totalement, en faisant une sorte d'analyse de soi-même, pour repartir libéré, en ayant "conscientisé" ce qui nous hantait jusqu'ici inconsciemment.
C'est en ce sens en particulier que l'envisage "l'éducation consciente" : comme le fait d'éduquer ses enfants en mettant à jour tous ces schémas qui nous avaient été inculqués, pour mieux s'en libérer et tenter d'agir réellement pour le bien de l'enfant, pas pour reproduire, compenser ou exorciser une partie de notre inconscient... Jusqu'à quel point peut-on se libérer ainsi de notre "ego", de ce que l'on nous a imposé comme personnalité je dirais, je ne sais pas... il a sans doute toujours une influence, mais chaque jour de ce travail nous en libère un peu plus, je l'espère.
Publié le 22/07/2009
Par jeff
Je pense que ton propos est aussi clair que le sujet le permet, et que nos connaisances respectives l'autorisent !

Quand je parlais de personnalité, je ne parlais pas de prédestination, mais de liberté au contraire: dans les yeux des autres, il ne s'agirait pas de (re)trouver des barrières psychologiques archaïques, mais les signes de potentialités encore inconscientes du "moi" mais pressenties par l'autre; c'est en cela que celui-ci serait libérateur , et que le choix qu'on que l'on fait des rencontres est décisif, puisqu'il oriente mon développement dans le sens de l'affirmation de certaines potentialités (et pas d'autres).
Encore faut-il pressentir quel autre pourra pressentir mes potentialités ! Combien se choisissent des dominateurs (trices) et vivent dans la "servitude volontaire" (!!)

De toutes façons, seul un "ego" libéré de ses constructions mentales, capable d'aimer l'autre et assuré d' "être aimé d'allleurs" (j'emprunte la formule au philosophe JL.Marion) me semble supportable autrement que sur le mode de la névrose !

Très heureux aussi d'avoir pu échanger avec toi, fée pourquoi-pas. Te lire fut, - et je cède ici un peu, milles excuses, à la tentation de la flatterie - un enchantement !
Publié le 22/07/2009
Par lafeepourquoipas
merci pour le compliment ;o)
enchantement partagé, d'autant qu'on a l'air d'accord en plus ^^
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