L’amitié comme un cadeau, l’amour comme un don.
Alors ? l’amour ?
Il est dans la terre qui nous a nourris, qui nous tient, c’est d’abord l’amour inconditionnel de nos parents, celui qui a fait de nous des piliers, des êtres, beaux, solides… et rayonnants.
Car l’amour rayonne de nous aussi, vers l’ensemble de ce(ux) qui nous entoure(nt). C’est un don, sans attente, sans calcul, la diffusion autour de nous de ce que l’on a reçu. C’est le respect, l’estime, le soutien, l’empathie vers toute personne, connue ou inconnue.
C’est un don universel, sans destinataire particulier.
Bon… et l’amitié alors ?
Eh bien amour et amitié ont des points communs tout en étant fondamentalement différents.
L’amour est une entité unique, universelle et infinie : il n’est pas limité en quantité, on peut en distribuer sans crainte d’en manquer, quel que soit le nombre de personnes que l’on rencontre. C’est une source inépuisable, tel l’amour maternel (ou paternel), qu’il est possible de donner avec une intensité identique, quel que soit le nombre de personnes ou d’enfants. Je dirais même qu’il s’enrichit et se ressource en étant distribué : il se reflète en l’autre et revient nous réchauffer, encore plus fortement. Chaque être qui le reçoit le redistribue, c’est là sa source et l’explication de son renouvellement infini.
Seul le temps est limité… les amitiés aussi, donc, qui nécessitent du temps pour être bâties.
L’amitié est aussi infinie mais en nombre : chacune est unique, mais il n’y a pas une amitié ; il y a autant d’amitiés que de couples d’amis.
Chaque amitié s’appuie sur un ou plusieurs aspects de notre personnalité (notre pilier) et les rend encore plus solides, les développe, les étend. C’est un lien unique, donc, par sa composition, et privilégié, puisque entre deux être parmi la multitude.
Mais ni l’amour ni l’amitié ne donnent lieu à des contraintes, ni ne privent de liberté.
C’est séduisant, mais ça manque un peu de piquant, non ? Où est passé le désir, où sont le plaisir, l’émotion, le battement de cœur ?
Peut-être qu’un jour on devient assez sage pour s’en passer, mais j’avoue que moi aussi j’en ai encore besoin… est-ce parce que ça flatte mon ego ? Est-ce parce que je n’ai pas encore atteint la félicité permanente qui me rendra ces petits plaisirs bien futiles et minuscules ? C’est bien possible…
Et en même temps, dois-je vraiment m’en priver ? Pas le moins du monde ! Un être libre peut jouir de toutes les possibilités que lui offrent son corps, son esprit, son intimité et ses désirs. Et partager ces opportunités avec qui l’on veut est aussi une manière de s’enrichir… agréablement qui plus est.
Mais pourquoi se mettre volontairement des bâtons dans les roues, des freins et des obstacles en tout genre ?
Pourquoi décider que telle amitié, parce qu’elle serait agrémentée de désir sexuel réciproque, et qu’elle aurait éventuellement donné la vie à des bambins, serait l’Amitié, la seule, la vraie, celle de toute notre vie… celle que l’on nomme abusivement l’Amour ?
Notre pilier, ainsi affublé d’une seule arche bien lourde et encombrante, est déséquilibré ! Certains de ses aspects sont oubliés voire niés et notre personnalité n’est alors pas épanouie dans son ensemble, uniquement dans celles de ses caractéristiques qui répondent aux goûts de l’être aimé.
Pourquoi se priver de la richesse d’autres liens et se restreindre à une relation unique ?
Alors, le hasard, la chance ou la malchance des rencontres décideraient de tout le reste de notre vie ?
La première personne dont on tombe (réciproquement) amoureux serait-elle la seule « valable » ?
Et tisser des liens avec d’autres personnes serait la condamnation absolue de la première relation ? Elles ne peuvent donc pas cohabiter sans se gêner ?
Si, bien sûr, chacun a différentes pierres à apporter à notre édifice, et ces constructions se complètent les unes les autres.
Même le grand Romain Gary (dans Clair de Femme), plein de son amour absolu pour son épouse, a pu du jour au lendemain en faire offrande à une autre, alors…
Le lien puissant qui unit deux êtres, que vous l’appeliez amitié ou préfériez continuer à le nommer amour, n’est pas une condamnation à perpète, c’est un cadeau en forme d’ouverture, un lien vers l’autre en particulier et les autres en général, certainement pas une barrière et encore moins un enclos !
C’est en donnant cet exemple à nos enfants que l’on bâtira la société solide dont le monde de demain a besoin… dès aujourd’hui.
Spéciale dédicace et respect infini à Maria Montessori.
Alors libérons nous, ouvrons nous aussi… et protégeons nous, bien sûr !
…
Eh bien… c’est ce que je disais… c’est simpliste tout ça !
C’est simpliste, certainement… simple, en tout cas.
Et si la vie était plus simple qu’on ne le croit ?
