Les Grands Maîtres sont séparés au sommet de cette montagne maudite. L'esprit de la Grougniat ne semble pas encore avoir repris le dessus ? Cela va t-il venir dans ce nouvel épisode de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...
Retrouvez la totalité du roman en cliquant sur le lient suivant : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/wild%20of%20grougniat
Chapitre 23 : L'ESPRIT DES QUATRE
Dédé fut le premier à ouvrir la fermeture éclair de la tente de la Bourronne et de Diane. Il s’engouffra muni d’une bougie qu’il avait récupéré dans la dernière tente visitée. Elles l’accueillirent d’un chaleureux sourire qui redoubla quand elles aperçurent la bougie.
On entendit Diane prononcer avec un peu d’humour : « Ces bougies se trouvent à moins de 3 € ! »
Dédé ne releva pas, mais retrouvant à ces paroles un peu de la normalité des choses, il l’alluma avec un peu plus de légèreté et de réconfort.
Bientôt Cingllette vint se mêler à l’assistance. Ils se retrouvèrent quatre, serrés les uns les autres, si démunis d’apparence et, pourtant, déjà prêts à formuler les bases de leur résistance !
Dédé commença par dessiner la situation du campement : « La tempête est semble t il en train de changer. Je dirait que la partie la plus violente est derrière nous. Ce qui ne l’empêche pas de conserver une virulence rare. En tout cas, plus que largement suffisante pour nous tenir isolé du monde ! Elle a déjà fais de nombreux ravages, et nous sommes de moins en moins nombreux dans les tentes. J’ai sorti nombre de morts. Cingllette ? »
« Ce que j’ai fais aussi. En nombre. Une chose incroyable de constater que certains sont encore chauds et prêts à en découdre pendant que d’autres sont totalement crucifiés par le froid et si raides qu’on les dirait morts depuis plusieurs jours… Je suis pour le reste d’accord avec Dédé ! Nous avons traversé le plus intense, mais il reste le plus long ! »
La Bouronne prit la suite sans attendre. « Messieurs, Diane et moi avons réfléchi et, puisque vous n’y faites pas allusion, nous pensons aussi pouvoir vous informer d’une terrible nouvelle. »
Dédé et Cingllette échangèrent un regard. Cingllette ne put s’empêcher de repenser à la pensée morbide qu’il avait eu plus tôt, et cette vision du visage de GC ou de Rémy, embrassé par la mort.
Dédé, de son côté, ne réprimait plus son envie d’évaluer les chances de nouveaux prétendants.
Diane compléta l’annonce de la Bourrone : « Nous ne pouvons pas être catégoriques bien sûr, ni précises. Mais de GC et de Rémy, l’un des deux repose désormais dans les tourbillons de cette tempête, et pour la nuit des temps. »
Dédé, de son côté, ne réprimait plus son envie d’évaluer les chances de nouveaux prétendants.
Cingllette baissa la tête, et offrit son silence. Dédé regardait Diane dans les yeux, croyant y lire moins de peine que de courage. Il mit une main sur l’épaule de Cingllette et se tournant vers la Bourronne, comme pour l’impressionner : « Soit. L’un comme l’autre ont toujours été les auteurs du Panache. Celui qui nous aura quitté ne quittera pas notre mémoire. Et nous saurons l’honorer comme il se doit. Il faut donc vivre ! »
Une trace filante traversa l’iris de la Bourronne. Dédé n’y fut pas insensible, mais se garda d’interpréter, quoiqu’il ressentit dans son ventre les effets de la fierté, puisqu’il avait impressionné la Bourronne. Elle, sans rien dire, sentit revivre dans ces mots ceux là même que, quelques heures plus tôt, elle avait prononcé à Diane. Cela renforça d’autant plus cet élan de vie en elle. Et elle s’étonna à ressentir quelques tendresses admiratives à l’encontre de Dédé ! Dédé, ce Grand Maître dont le jeu la faisait sourire. Elle se reprit bien vite. « Dédé parle ainsi que je pense. Ainsi que nous devons croire, tous les quatre. Croire et Agir ! »
Cingllette qui, un instant plus tôt, était encore dans ses pensées, reprit vite ses esprits, comme il lui semblait que le pouvoir se jouait là, entre eux, à ce moment précis. Il fallait prendre la parole, et ne pas suivre sans apporter sa pierre à l’édifice : « La Bourronne fait là sur moi une forte impression. Se rallier de manière si criante à Dédé est le signe même de notre force ! Certes, nous sommes affaiblis et esseulés ! Mais dans cette session face aux dangers de la Nature, nous ne sommes pas les uns contre les autres, mais tous ensemble ! »
Dédé doubla de fierté que de telles choses fussent prononcées à la suite de sa phrase première. Il attendit les paroles de Diane, qui vinrent vite.
« J’ai grandi, vous le savez, dans des endroits comme ceux ci, où règnent d’abord les lois de la nature et où l’homme qui vit est l’homme qui connaît et respecte ses lois mais aussi, celui qui sait les dépasser, être plus fort, ne pas se contenter de subir, celui anticipe et qui, malin, esquive. L’esquive, voilà qui fait de moi la Grande Chasseresse. Une fille des Vents et des Froids. Dans vos mots à tous les trois, je retrouve l’esprit guerrier de mon Peuple. Et le sang qui le guidait dans la survie et la conquête. Allons ainsi ! »







